Mad Asylum
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Enfin, pas vraiment : vrai phénix, il s'est dépêtré de ses cendres et a fini par renaître quelque part, faisant peau neuve, URL neuve.

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 Fiche Joachim Klaus-Jürgen

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MessageSujet: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Lun 6 Juil 2009 - 15:08

I.Identité


Nom & Prénom ;Klaus-Jürgen Joachim

Sexe ; Masculin

Âge ; 19 ans

Date de naissance et Lieu, si possible... ;

Autriche 1870.

Raison de l'admission ;

Schizophrénie / Cécité


II.Moi-même.


Physique ;

¤ Un enfant de l'Hiver ¤



Un vent souffle sur la plaine désolée d'où s'élève en son centre un immense château qui n'est aujourd'hui plus que ruines. Néanmoins, elles restent le témoin d'une gloire passée et digne. Entourée de grilles rongées par les ans, ce lieu ne semble plus porter âmes qui vivent. Et pourtant. Les portes de l'édifice s'ouvrent dans un étrange grincement laissant s'échapper une jeune créature protègée d'un drap immaculé. Ses pieds nus courent dans la neige aux reflets bleutés. Un sourire enfantin orne son visage. Semblant s'envoler il avance dans ce parc laissé à l'abandon des âges. Derrière, au loin, on aperçoit la cime des montagnes. Il avance, s'arrête, respire l'air frais que l'Hiver gagne, puis repart dans sa course folle. Bientôt le lac se découpe dans la brume matinale. Il ne craint pas le froid, aucune douleur ne le transperse lorsque que ses pieds foulent la glace qui recouvre l'eau clair. Non, ses appuits couleur d'albâtre le mènent dans une danse endiablée. Il danse, et une bourrasque retire le tissu qui le protège de nos yeux. L'objet prend son envole comme un cygne majestueux. L'enfant s'offre aux spectateurs invisibles que nous sommes, amoureux. 



Ses mains s'élèvent dans un geste gracieux. Le soleil de l'Hiver se reflète sur sa peau couleur de neige. L'irréelle beauté de son apparence est comme une scuplture inachevée, comme un rêve. Car une chose lui manque. La vie, dans ses iris charmantes. Le vent fait voleter quelques mèches blondes qui s'écartent sur ses paupières closes cerclées de cils blancs et rehaussés de sourcils clairs. Derrière, on aperçoit la fugitive lueur de l'émeraude. Ce tout petit détail qui fait de lui un être à part. Ce mince filet de cécité qui voile son regard. Il ne voit pas et pourtant c'est tout comme. L'enfant a apprit à vivre sans jamais admirer autre homme. Sans jamais contempler couleurs, animaux ou paysages. Il sent de ses doigts blancs les détails. Ses mains fragiles sont devenues ses yeux. Dansant sous la neige, il admire l'incroyable douceur des flocons qui viennent s'échouer sur sa peau presque bleue. Ses lèvres aussi rouges que la rose s'étirent en un sourire enfantin, découvrant des dents d'un blancs ivoirins. Son visage un peu anguleux laisse imaginer qu'il ne mange pas chaque jour comme il le souhaite. Mais avec les années il apprend à faire de ses journées une fête.



Le vent de l'Hiver souffle une nouvelle fois. Dans les transparences de son vêtement blanc, on aperçoit, sa minceur de poupée. L'albâtre de sa beauté. Dieu, le plus fin des sculpteurs, à fait là l'une de ces merveilles qui n'ont leur pareille pour enchanter nos coeurs. Sa poitrine blanche se soulève régulièrement, taillée dans le plus pur des marbres d'antan. Il beau c'est indéniable. Et sa mystérieuse expression calme, le fait ressembler à l'un de ces Seraphins habitants un paradis qu'il n'aurait jamais du quitter. Car la douceur enveloppe son coeur fragile. Insoupçonné semble son crime.



Un oiseau soudain se pose sur sa main. L'enfant ose à peine l'effleurer pour ne pas effrayer l'animal égaré. S'agenouillant sur la glace, il le contemple de ses yeux aveugles. Mais le petit être prend peur et se défend d'un coup de bec sur son doigts fragiles. S'envolant, il laisse derrière lui une trâce vermeille qui s'écoule lentement sur la neige immaculée. La douleur bien évidemment l'atteint, mais pas de la même manière, comme tout un chacun. Une larme glisse de son visage et s'écrase sur le sol froid. Il porte la blessure à ses lèvres et la guérit d'un coup de langue. Son sourire lui revient. Il se dresse de toute sa petite hauteur et reprend sa danse folle jusqu'à ce que son coeur l'en dissuade. Essoufflé, il s'appuit sur ses genoux légèrement tourné vers l'intérieur. La neige redouble, il est temps de se mettre à l'abrit. Alors tout en jouant, il étend ses bras devant lui et suis un chemin invisible jusqu'à sa demeure. Silencieusement il monte les marches de ce qui fut autrefois un lieu où s'exposait faste et vertu. Il pousse les lourds battants de bois grincheux, et entre pour ne plus sortir. Invisible aux yeux de tous, il n'est plus que le fantôme d'un temps révolu. 


¤ Un ange, mais ce n'est plus certain ¤

Caractère ;

¤ La douceur d'une rose, le piquant de son amertume. Ce n'est là qu'une touche glacée de son existence hivernale. ¤




Douceur et gentillesse. Voilà ce qui de prime abord caractérise Joachim. Ce qu'il a été de son vivant et ce qu'il est aujourd'hui en tant qu'Ombre n'est guère différent. Ô bien sûr il ne fait pas preuve d'altruisme car ce n'est pas dans sa nature, mais jamais il ne se montrera violent au moqueur. Il est juste d'une neutralité absolue. Il n'aime pas se mêler aux autres, d'ailleurs l'approcher relève parfois du défi. Il mène une vie très solitaire, enfermé dans son monde ou rien de ce qui peut se voir n'existe. Et même en proie au goût de la solitude, il ne peut nier aimer le contact, car pour lui sentir est sa seule manière de voir. Il est fasciné par le toucher, par les images qui se dessinent sur ses iris aveugles. Toucher un visage est quelque chose qui lui semble extraordinaire. Car dans son moindre détail il pourrait décrire celui qui lui fait face. 



D'ailleurs il est difficile de savoir qu'il est aveugle de part son attitude générale. En effet, il ne semble pas avoir de difficultés pour se déplacer. Lorsqu'on lui adresse la parole il est capable de fixer un point bien précis. Cependant lorsqu'un élément étranger vient se rajouter physiquement au lieu Joachim a un mal fou à s'y adapater et c'est comme si il perdait tous ses moyens d'orientation. Heureusement peu de choses nouvelles arrivent à l'asile mis à part les nouveaux pensionnaires. Ce qui est loin de le gêner. 



Concernant ceux-ci, Joachim préfère les éviter. Il n'aime pas spécialement se retrouver face à eux de peur d'être prit à défaut. Mais loin de réagir comme un enfant en s'échappant dans les couloirs, il se montrera simplement distant, un peu froid, mais sans jamais montrer le moindre signe d'irrespect. Loin d'être craintif, il aime seulement sa solitude. Ô bien sûr si quelqu'un sollicite son aide il le fera de bon coeur, mais ça reste quelque chose d'exceptionnel. On ne peut cependant pas dire qu'il est égoïste. Loin de là. Il semble simplement appartenir à un monde qui n'est celui de personne à part le sien. En total décalage avec ce qui l'entoure, il en a toujours été ainsi.



Au delà de la douceur, ce qui frappe chez l'adolescent est sa relative étrangeté. Il est evident qu'il n'a jamais été quelqu'un de tout à fait "normal". Il est trop calme, trop pur, trop doux. Quelque chose se cache derrière ce regard vert. Mais on ignore quoi. Quelque chose que personne n'a jamais dit de peur d'envoyer cette âme aux enfers. On ne peut que pardonner à ce doux visage. Mais non, décidément quelque chose cloche. Il arrive parfois que dans l'ombre, un sourire étrange dévoile cette autre part de lui-même. Joachim en a tout à fait conscience, c'est son vrai lui. Celui qu'il dissimule si jalousement aux yeux des autres. Son petit monde, sa petite...folie.



Joachim à une fascination pour tout ce qui est glacé. C'est un enfant de l'Hiver. Il aime le froid, la neige. Tout ce qui est blanc et qui rappel cette période de l'année à sa mémoire d'éternel. Il n'a jamais craint la morsure du froid. Mais c'est si loin de lui désormais. Il est lié à l'Hiver, mariée à la glace. Elle lui a été fatale, simplement, dans son esprit, il l'a seulement rejoint. Ainsi il ne connait pratiquement rien des sentiments amoureux. Peut-être un certain attachement avec l'un des pensionnaires de l'établissement, mais rien de bien transcendant. Il est mort intérieurement alors à quoi bon, c'est ce qu'il se répète. Il n'est pas comme les autres, et il sait pertinemment qu'il n'admettra que difficilement un "vivant" dans son univers de glace. 



Très en avance et mature il joue son rôle comme au théâtre pour ne pas se trahir. Voilà plusieurs années qu'il est prisonnier de cet asile. Alors il a su grandir et s'adapter, sans jamais perdre de vu l'être qu'il était. Joachim a su rester humain malgré sa folie, c'est indéniable. Mais la froideur de sa peau laisse entendre qu'il ne fait déjà plus parti de ce monde. Mis à part ce détail rien ne laisse soupçonner sa véritable nature. Il ne le veut pas bien entendu. Très discret, jamais il ne viendra s'en plaindre. Il était un être lisse si bien qu'il était parfois difficile de comprendre pourquoi il fut envoyé ici. Il suffit simplement de l'observer pour comprendre que le lapin blanc n'est si innocent que ça.


¤ La rose prisonnière des glaces n'a jamais éclos ¤
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MessageSujet: Re: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Lun 6 Juil 2009 - 15:14

III.Mon Passé.



¤Les glaces de l'éternelle jeunesse ¤



Quelque part en Autriche, près du massif du Hohe Tauern se dresse une magnifique demeure fleuron de l'aristocratie autrichienne. Elle fut belle autrefois avec ses hautes grilles de bronze, sa pierre provenant des mêmes carrières que celles du château Neuschwanstein. Ses hautes tours surmontées d'un toit d'ardoise, ses milliers de fenêtres tournées vers l'horizon, admirant la beauté glaciale du massif des Alpes. Cet édifice surplombant le vide. Si belle, et aujourd'hui déchue. Son temps de gloire est révolu, mais le temps semble comme avoir suspendu son envol ici. La pierre ni ne fane ni ne vieillit. Elle reste la même malgré les ans. Et lorsque l'on pousse les lourdes portes de bois grincheuses s'ouvre alors un paradis d'art et de sculptures. Les murs couverts de fresque en tous genres s'élèvent jusqu'à un plafond de près de six mètres de hauteur. Là, face à nous, se dresse un gracieux escalier ou le tapis vieillit par les pas de ses occupants trône encore, comme le témoin d'un faste passé. Les lustres de cristal demeurent en place bien qu'ils soient régulièrement malmenés par le vent qui passe parfois au travers des fenêtres brisées. Les quelques lits à baldaquins qui ont survécu au pillage sont délabrés, les rideaux déchirés. C'est devenu le domaine d'araignées et autres chauves-souris. Quelques tables, quelques tableaux. L'argenterie et les objets de valeurs emmené au loin. Et bien que vidé de ses meubles, la demeure n'en garde pas moins son âme. 



¤ La naissance d'un bouton de rose ¤




C'est ainsi qu'un jour une famille autrichienne traverse la forêt enneigée et tombe sur ce château depuis longtemps oublié. Les deux amoureux se regardent, et se sourient l'un à l'autre. C'est la providence qui leur envoie ce logis. Des jours qu'ils fuyaient les autorités du pays à la recherche d'un refuge quelconque. Friedrich regarde amoureusement le ventre de sa femme qui parfois bouge à cause des coups de pied de son enfant. Le moment sera bientôt venu pour elle, et face à la rigueur de cette Hiver, ils ne peuvent se permettre de se retrouver sans un abris à peu près confortable. Ils s'avancent tous deux jusqu'à la lourde grille de bronze. L'homme la pousse une première fois sans grand succès. Après quelques minutes d'efforts, elle cède enfin non sans pousser quelques gémissements de protestation. Voilà trente ans que personne n'est entré ici. 



Refermant soigneusement la grille, ils pénètrent dans le domaine et marchent jusqu'à la lourde porte de bois. Une fois entré, le couple s'extasie de la beauté d'un tel endroit. Ils se disent qu'ils ont de la chance d'être tombé sur un paradis glacé tel que celui-ci. Personne n'aura jamais l'idée de les chercher aussi loin dans la forêt. Et la tempête qui s'annonce éffacera leurs trâces. Friedrich sort donc une nouvelle fois pour aller chercher du bois, laissant sa femme se reposer un instant. Il est de retour après quelques minutes et monte en compagnie de son épouse dans l'une des nombreuses chambres du château. Là, il allume un feu et se réchauffe, savourant ce paisible instant. L'homme s'avance vers la fenêtre et regarde la neige s'abattre au dehors. Le vent qui s'engouffre par les jours de ces vieilles fenêtres soulève sa chevelure d'or. Un vent glacial. Nous sommes le 18 Decembre 1870. 



Voilà dix jours que le petit couple vit dans cette immense château. Ô bien sûr ils n'utilisent qu'une seule pièce pour conserver un tant soit peu de chaleur. Friedrich part souvent chasser les lapins et en ramène pour le dîner. Ce n'est pas grand chose mais c'est mieux que rien. Il semble qu'il soit six heures au soleil et Katarina s'occupe de préparer leur maigre dîner. Quand soudain, sa main se met à trembler et elle lache la cuillère en bois avant de se courber en deux. Elle se mord la lèvre pour s'empêcher de crier. Mais le travail est en marche et elle ne peut rien y faire. Son ventre lui semble s'ouvrir en deux et elle ne peut que plier devant tant de douleur. C'est à cet instant que Friedrich entre et se précipite à son chevet. Il l'allonge, prépare des linges humides. Il attend des heures et des heures sans jamais cesser d'encourager sa femme. L'homme sait qu'elle n'a pas beaucoup de chances de survivre mais il veut quand même y croire. Les heures passent et bientôt un cri de bébé transperce le silence. 



Joachim est né, et sa mère toujours en vie. " C'est un miracle " se dit Friedrich qui serre le petit être tout gigotant au creux de ses bras. Les jours passent et Katarina se remet lentement. La vie est paisible, mais quelque chose dérange l'homme qui n'a de cesse de se pencher sur le berceau de fortune de son enfant. Il ne semble pas le voir. Ses yeux restent désespérément vides, et le bébé est alerte au moindre bruit. Une lueur de tristesse glisse dans ses yeux amandes. Il sait. Son fils ne verra jamais. Mais tant pis, c'est son enfant, et il l'aimera malgré son handicap. 



¤ Où es-tu lapin blanc ? ¤



Les années passent, et la petite famille s'est organisée une vie plutôt confortable dans ce vieux château. Joachim, malgré sa cécité, est un enfant joyeux et un peu trop bavard. Son père et sa mère le regarde attendris alors que l'enfant leur parle de ce qu'il a sentit avec ses doigts aujourd'hui. Il n'a plus aucune difficultés pour se déplacer dans l'enceinte du domaine. Il cour, il joue tandis que sa mère brode un petit mouchoir sur lequel est inscrit le nom de son enfant. Friedrich part régulièrement à la chasse. D'autant que Noël approche. Il sait qu'il doit faire au plus vite des provisions pour l'Hiver, sans quoi ils mourront tous de froid et de faim.



Joachim sort de temps en temps pour jouer dans la neige. Il adore ça et ne semble pas craindre le froid au plus grand bonheur de son père qui se joint parfois à ses jeux d'enfant. La petite famille est complètement coupée du monde, mais jamais la vie ne leur a semblé aussi douce que maintenant. Pas d'informations, pas de lois, pas de gouvernement. De toute façon pour savoir quoi ? Que le monde va mal, que le peuple est sans cesse opressé par le roi qu'ils ont fuit ce jour du 18 Decembre ? Non, Friedrich ne veut plus revenir à ça. Il est très heureux avec sa femme et son fils, et il compte bien faire durer ce bonheur encore des années. 



Son enfant vient d'avoir dix ans, et Katarina est de nouveau enceinte d'un peu plus de cinq mois. Le petit garçon repose parfois sa tête sur le ventre de sa mère et écoute les bruits de sa futur soeur. Car il est convaincu que c'est une fille. Et son insistance ne fait qu'amuser ses parents. Alors le petit croise les bras et cour bouder, avant de venir se jeter quelques minutes plus tard dans les bras de son père. C'est le jour du réveillon qu'ils s'apprêtent à fêter. Joachim est dehors en train de jouer dans la neige, et Katarina la retourne dans l'espoir de trouver quelques herbes. Tous deux chantent des chansons jusqu'à ce que le petit garçon soit distrait par un lapin venant glisser son doux pelage entre ses doigts. Il se lève et se met à le suivre en écoutant ses pas dans la neige. Sa mère se retourne et constate avec horreur que son enfant se dirige tout droit vers le lac gelé. Délaissant sa tâche elle le poursuit. 


La neige commence à tomber et Joachim danse entre ses flocons tout en suivant d'un air joyeux les bruits de son ami le lapin. Il n'entend pas sa mère l'appeler au loin. Et soudain ses petits pieds foulent une matière qu'il ne connait pas. Il s'agenouille et touche de ses doigts la glace qui gèle le lac. C'est glissant et terriblement froid, mais il aime ça. Et puis il entend son ami qui semble l'appeler. Le lac emet un gémissement ignoble et Joachim s'arrête tétanisé par ce bruit annonciateur de malheur. Son coeur s'emballe. Il veut revenir vers le bord, mais il en est incapable. Des larmes glissent le long de visage, "Maman" appelle t-il désespérément.



Soudain la glace cède et son corps se retrouve plongé dans l'eau glacée. L'enfant se débat, mais il est incapable de nager, incapable d'empêcher l'eau de rentrer dans sa bouche et son nez. Il étouffe, il est perdu. Et puis soudain des mains le saisissent, des bras s'enroulent autour de son corps frêle. Il reconnait la rondeur du ventre de sa mère dans lequel dort sa petite soeur. Sa tête se retrouve hors de l'eau et d'autres bras le prennent encore. Friedrich est venu le secourir lui aussi. "Maman" appelle t-il. " Oui maman est là, ne t'inquiète pas. " Mais Joachim sent bien que quelque chose ne va pas. La voix de sa mère est faible. Des larmes brûlantes s'écrasent sur sa peau gelée. Son père bouge et s'éloigne. "Maman !" hurle l'enfant qui ne comprend plus rien. Mais Katarina n'est plus. Le lac s'est chargé de sa vie ainsi que celle de sa petite soeur. Elle a plongé pour sauver son fils, et y a laissé la vie. Friedrich n'a pas eu d'autre choix que de la laisser mourir, comme elle le lui avait demandé. Joachim pleure. Il n'est pas idiot, il a comprit que plus jamais il ne reverrait sa maman, et tout ça par sa faute.



Une fois au château, son père sanglotant sèche le corps gelé de son enfant. Le petit garçon n'a de cesse de demander pardon. C'est sa faute, si seulement il n'avait pas suivit ce lapin. Si seulement. Il avait tué sa soeur, et étrangement il entend un cri de bébé qui résonne tout contre son oreille. Il en fait part à son père qui lui répond qu'il n'entend rien. L'homme serre son fils glacé et s'enroule avec lui dans une épaisse couverture miteuse. Le sommeil et la tristesse les fauchent tous les deux. Le petit garçon tient étroitement serré dans ses doigts le mouchoir que sa maman avait brodé pour lui.


¤ Au pays des glaces ¤




Miraculeusement l'enfant ne tombe pas malade. Mais son père n'a pas la même chance. L'homme tousse de plus en plus souvent. Joachim est triste, et n'ose plus sortir de la petite pièce où le feu crépite dans la cheminée. Il ne cesse de penser à ces derniers jours. Aux chansons qu'il chantait avec sa maman. Le petit garçon s'en veut énormément pour ce qu'il a fait. C'est sa faute, entièrement sa faute. Il mérite d'être puni pour avoir tué sa mère et sa petite soeur. D'ailleurs dans son sommeil il entend toujours les pleurs d'un bébé. Son père revient enfin de la chasse. Joachim ne peut le voir, mais son visage est maigre et creusé. Son teint cireux. Sa santé s'éffrite avec les jours qui passent. Alors pour consoler sa peine, il prend son fils dans ses bras et le berce amoureusement, en embrassant ses cheveux au parfum de soleil.



Bien sûr il ne blâme pas son fils pour la mort de sa femme. Il ne l'a pas fait exprès. Et puis comment aurait-il pu savoir que le lac s'ouvrirait sous ses pieds. Il est aveugle. A présent il ne lui reste plus que lui, et son espoir de vivre une existence pleine de joie et de rires d'enfants s'évanouit en même temps que sa santé. Les semaines passent, et son état s'aggrave. Friedrich ne peut plus se lever à présent. Il sait qu'il va mourir et abandonner son fils à une mort douloureuse. L'homme ne le souhaite pas, mais personne ne connait cet endroit et son petit garçon ne peut pas quitter la demeure sous peine de se faire dévorer par les habitans sauvages de la forêt. 



Un jour, alors que son fils se repose contre lui. Friedrich le réveille et prend son visage entre ses mains. "Joachim" dit-il d'un ton grave. "Joachim....mon enfant. Je vais bientôt mourir....et je ne veux pas que tu me rejoigne. Lorsque mon corps sera aussi froid que la glace, tu le mangeras. Tu entends. Nous n'avons plus de provisions. C'est le seul moyen pour toi de survivre. Et une dernière chose. Dans l'une des tours de l'aile ouest il y a une cloche. Chaque jour tu y monteras, et tu la sonneras. Quelqu'un viendra alors pour toi. Tu as compris Joachim...fait le pour moi, pour ta mère, et pour ta soeur. "



L'enfant écarquille les yeux et se met à sangloter horrifié par la demande de son père. Cependant il ne peut refuser et acquièce. Le lendemain, alors qu'il frotte ses yeux de ses petits poings d'enfant de dix ans, il s'aperçoit que le corps sous lui est immobile. "Papa" interroge t-il inquiet. Mais pas de réponse. " Papa ? " Mais là encore aucun mot. " Papa...papa..papa !" Joachim pleure à chaudes larmes en constatant que Friedrich ne se réveillera plus jamais. Il touche une dernière fois son visage. Et fige pour toujours dans sa mémoire son expression douce et reposée. 



Les jours passent alors et il suit les recommandations de son père. Chaque jour il se rend à la tour Ouest, chaque jour il fait sonner la cloque. Et chaque jour une partie du corps de l'homme vient rejoindre le sien. Le petit garçon est écoeuré de ce qu'il fait, mais il n'a pas le choix pour survivre, il le sait. Un mois se passe et toujours rien. Il ne reste guère grand chose du corps de Friedrich. Les bras sont devenus os, les jambes également. Et puis les rats et quelques autres mammifères se sont chargés de le dévorer, si bien qu'une puanteur atroce s'échappe de la petit chambre. Joachim n'est plus que l'ombre de lui même. Amaigrit, et psychologiquement ébranlé il erre hagard dans les couloirs du château. 



Une nouvelle fois il vient dormir près du corps décomposé de son père. Et un matin, un grincement atroce le réveille. Son petit coeur s'ébranle dans sa poitrine alors qu'il entend des pas se précipiter dans le hall. Cependant il ne bouge pas et attend simplement qu'on le trouve. Il sent la porte s'ouvrir. Il sent des yeux se poser sur son corps faible. "Quel horreur" entend t-il murmurer. Des bras viennent le prendre. Joachim se débat, mais trop faible il perd le combat. On l'emporte loin de sa demeure, loin de son papa, loin de sa mère et de sa petite soeur qui dorment paisiblement au fond de lac. L'odeur du lieu et de la neige s'imprime une dernière fois dans son esprit. Il sait que plus jamais il ne reviendra ici. 

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MessageSujet: Re: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Lun 6 Juil 2009 - 15:15

¤ Ô seigneur tout puissant, accordez le pardon à cet enfant de l'Hiver ¤




Nous sommes au Printemps. Les villageois alertés par les bruits de cloches c'étaient soudain souvenus de l'existence du château perché près de la montagne. Là ils avaient trouvés un petit garçon allongé près d'un cadavre. Ils l'avaient très certainement sauvé d'une mort atroce. Mais au lieu de le recueillir, ils l'envoyèrent dans un couvent voisin. 



Voilà un mois que Joachim est dans l'enceinte du couvent. Il n'a pas dit un mot depuis son arrivée et seul son mouchoir renseigne les bonnes soeurs sur son identité. L'enfant passe son temps à fixer le vide. Soeur Marie-Thérèse, la cadette s'occupe de lui. Elle l'aime bien, c'est un enfant calme fasciné de toucher son visage. Elle sait bien qu'il est aveugle, et ne lui fait faire que des tâches peu éreintantes. Le petit garçon s'exécute sans rien dire. Parfois elle l'entend pleurer la nuit et vient le consoler. " J'ai tué petite soeur et mangé papa" répète t-il. La soeur le contemple sans vraiment rien y comprendre. Elle n'en touche mot à la doyenne. Soeur Marie-Thérèse ne veut pas qu'on lui retire cet enfant de la providence.



Mais plus les années passent et plus Joachim devient étrange. L'Hiver venu il sort pieds nus dans la neige et reste des heures dans la cour à fixer le sol, comme attendant quelque chose. Bien sûr il tombe malade. La doyenne décide de ne plus le laisser sortir l'Hiver, car le petit agit bien trop étrangement. Il lui semble comme possedé parfois. Et puis un jour le couvent s'éveille sur un cri provenant de l'extérieur. Soeur Marie-Thérèse se précipite et voit avec horreur son petit protégé agenouillé dans la neige en train de dévorer un lapin blanc. Le sang est répandu tout autour de lui, et une lueur mauvaise brille dans son regard vert.



"C'est le Diable ! " S'écrit l'une des soeurs présente. 




L'affaire du lapin fait grand bruit dans le couvent et la doyenne décide d'envoyer loin le petit garçon. Une chance que l'un de ses confrères anglais soit en voyage dans la région. Un matin, il se présente au couvent et elle le lui confit dans l'espoir de chasser le démon qui se trouve en lui. Soeur Marie-Thérèse pleure beaucoup le départ du garçon âgé alors de treize ans. "Il n'est pas mauvais" dit-elle désespérée. Mais personne ne la croit car toutes les bonnes soeurs ont ancré en elles l'image du petit garçon dévorant cru un lapin blanc.



"C'est un enfant du Diable ! " Est la dernière chose que Joachim entend avant de quitter à jamais son pays. 



¤ L'enfant du Diable n'est qu'une rose gelée ¤




L'Angleterre. Joachim apprend lentement la signification de cette langue étrangère. Il ne l'a maîtrise pas bien mais c'est suffisant pour accomplir les tâches qu'on lui demande de faire au couvent. L'aveugle ne dit toujours pas un mot. Il n'en a plus envie. La vie est bien trop triste depuis qu'il a détruit sa famille. Il entend toujours les pleurs de sa petite soeur, et il ne peut supporter l'idée d'avoir mangé son propre père. Et puis dans ce couvent il est moins bien traité qu'avant. Il doit, comme ils disent, expier ses fautes. Chaque soir il est fouetté avec des branches de rosiers. C'est pour chasser le mal lui dit-on. Et Joachim pleure sans cesse. Ses yeux sont rougis par la tristesse. Sa vie n'a plus aucun sens. Et bientôt il cesse même de s'orienter dans la bâtisse. Il trébuche, se cogne, renverse les autels. 



On le gronde pour ça, et le soir revienne les coups de fouet.



Un jour, alors qu'il est dans sa chambre, l'enfant devenu adolescent tente de mettre fin à ses jours. Mais lorsqu'il ouvre les yeux, la vie est toujours en lui. Et le châtiment pour un tel affront envers Dieu est sans précédent. On le bat jusqu'à le forcer à dire qu'il est possedé, qu'il est le Diable incarné et qu'il doit expier pour ses fautes. L'enfant craque et hurle ce qu'on lui force de répèter. Brisé, il ne se remettra pas de cette journée. Ses traits s'amaigrissent, il refuse de manger et de boire. Il veut partir. Car il n'est pas le Diable, il n'a rien fait. Et pourtant, une petite voix sournoise lui répète qu'il n'est pas si innocent que ça. En proie à de terribles cauchemars il pousse plaintivement des cris durant la nuit. 



Tout le couvent en a bientôt assez et veut se débarasser du garçon possedé. Le prêtre malgré tout "soucieux" de son bien être décide de l'envoyer dans un hôpital psychiatrique ayant fait de nombreuses fois ses preuves, même si quelques rumeurs viennent ternir la réputation de l'établissement. Middleton Asylum devient le nouveau lieu de providence pour Joachim. 



¤ Dernière demeure ¤




Un matin de Janvier, il rejoint sa résidence définitive. L'adolescent âgé de dix-sept ans, appuit sa tête contre la vitre de l'antique voiture, tirée par deux chevaux sombres. Il attend qu'on le conduise dans un nouveau lieu de torture. Car c'est comme ça qu'il voit les choses. Diable chez les un, il sera le fou chez les autres. Le blond ne se fait pas d'illusions. Il ne retrouvera jamais sa vie d'avant. Tout est fini. Il n'est plus qu'un corps vide. Voilà tout. 



Quelqu'un le presse de sortir de la voiture et Joachim le suit silencieux. Il ne cherche même pas à s'orienter. Il n'en a plus envie. Une porte grince et on l'assoit sur un lit avant de l'abandonner là, sans un mot. L'adolescent attend. Quelqu'un l'observe. Il le sent. Mais lui ne tente rien pour faire connaissance. Il n'en a pas envie. L'inconnu s'approche de lui et touche son visage d'albâtre. Le blond ne recule même pas. Mais ce contact doux lui semble étrange. Lui qui à été tant habitué à la raideur du fouet. Il ne savait plus ce qu'était la douceur du contact avec un autre. 



Les mois passent, et Joachim retrouve peu à peu la vie. Son ami s'appelle James. Juste James. Il se love dans ses bras et attend que les journées passent. Mais rien de plus n'arrive entre eux. L'Hiver s'annonce et l'adolescent en redécouvre les joies. Il danse avec son ami et tourne jusqu'à tomber dans la neige d'épuisement. Ils se courent après, rigolent. Sa cécité n'est plus un handicap. De toute manière il connait le visage de James par coeur. Il adore le toucher jusqu'à s'endormir tout contre lui. La vie est de nouveau heureuse même si le passé perdure. Une année supplémentaire s'écoule.



Et un nouvel Hiver nait. 


Mais, puisque dans cette histoire il y a toujours un mais, James doit partir. Il est guérit et n'a plus besoin de soins. Joachim se souvient l'avoir attendu dans la neige sans que celui-ci ne daigne venir. Le hennissement des chevaux, et plus rien. Juste le silence. Des larmes naissent dans son doux regard. Il est de nouveau seul. Plus personne ne l'attend. Plus personne n'a besoin de lui. Le blond retire alors ses chaussures et marche jusqu'au lac non loin de l'asile, qu'il sait en cette saison gelé. La neige tombe, comme autrefois. Un sourire orne son visage. Juste partir, il ne sentira rien, et il rejoinda à jamais sa famille dans les limbes. Alors il danse et s'avance gracieusement jusqu'au milieu du lac. Il respire une dernière fois et la glace cède sous son maigre poids. Joachim ne fait rien pour se débattre et se laisse couler jusqu'à ce que l'eau sombre le dévore. Ses yeux se ferment, son souffle s'éteint. Bientôt plus d'air, et c'est l'obscurité, à jamais.....


Mais avant que l'hiver est fait son oeuvre, des bras le saisissent et le remontent. A son réveil il rencontra l'albâtre du plafond, des chaînes le retenant à son lit. L'enfant hurla à plein poumons en proie à une terrible douleur, mais personne ne vint. Il se débattit jusqu'à se faire saigner, mais personne ne vint. Et enfin, son esprit se brisa, avant de disparaître dans les limbes, et là encore, personne ne vint. 



¤ Amen ¤


Autre chose à ajouter ;

Euh non rien ^^
Juste que j'aime bien l'ambiance de ce forum.

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Sammael Ruthven
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MessageSujet: Re: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Lun 6 Juil 2009 - 15:55

Une fiche excellente, je ne pense pas que je dois vérifier le nombre de lignes, le compte y est à vu d'oeil ! Une histoire magnifique avec un style très poétique, bravo ! cheers

Et comme on s'en doute...

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MessageSujet: Re: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Mer 29 Juil 2009 - 14:13

Alister, la chute d'un ange.








Le destin...

Je hais cette notion grotesque. Je l'ai toujours haït depuis ma création. Pourtant un sentiment tel que celui-là n'aurait jamais dû exister en moi. Pourquoi alors que mes ailes s'offraient au royaume des cieux, pourquoi avais-je la sordide impression de demeurer imparfait ? Dieu m'avait-il abandonné ? Comme une créature inachevée ? Je ne m'étais jamais fait à cette idée, je m'étais même persuadé du contraire. Le père créait à sa guise, mais jamais au grand jamais il ne se serait avisé de faire une telle chose. J'étais bien sûr de moi à l'époque. Dans ce monde à l'équilibre précaire demeure toujours une part d'obscurité en chaque être vivant, comme la reine prête à dévorer le roi sur l'échiquier. C'est une vérité que j'ai acquis au prix de mon existence angélique.

Fatalité,
Destinée,
Destin,
Fatum !

Humpty Dumpty, est tombé du mur, Humpy Dumpty s'est cassé la figure.


J'ai donc été crée de toute pièce par une main divine. Je n'ai ni père ni mère et mes yeux se sont ouverts sur un corps adulte et immortel. Avant ça, je ne me souviens de rien. Juste la vague impression de flotter dans un univers ballotté par le chaos. Un monde absurde où les portes ne mènent nulle part, et où la détresse et l'abandon sont omniprésentes, comme une main mystérieuse venue pour vous achever avant que vous ne veniez au monde. Et un jour cette porte s'est ouverte, me purifiant, me donnant ailes et grâce, immortalité et beauté. J'étais un ange. Une créature divine lavée de toute souillure. Autour de moi les yeux de mes frères me scrutaient, m'éblouissaient par leurs traits divins, et je ne réalisais pas moi-même à quel point je leur ressemblais. Je me souviens avoir contemplé mes mains et le fleuve immortel qui s'y déversait.

Néanmoins ma vie ne fut guère palpitante. J'observais les hommes du haut de ma tour d'ivoire, sans jamais pouvoir descendre pour mieux les contempler. Ca nous était interdit. La règle du jeu était simple, car quelque part le créateur craignait que nous ne soyons souillé, nous, ses plus belles poupées. Les hommes étaient pour lui de basses créatures, tout juste bonnes à accomplir quelques taches sur cette terre aride. Moi, ils me fascinaient. Mais je craignais d'en parler car ces paroles auraient semblé blasphème aux yeux de Dieu. Paradoxalement, il les protégeait du démons en leur accordant un pardon miséricordieux. Cette hypocrisie me faisait doucement sourire, et plus les siècles passaient, plus mon coeur s'ennuyait de ne connaître autre chose.

Je les ai rencontré avant ce que les humains appellent " la chute des anges". J'ai longuement conversé avec Lucifer et Azael de ceux qui vivaient sous nos pieds. J'exposais mes doutes et mes attentes. Peu enclin au bavardage, leurs réponses ne se contentaient que sourire, mais nous nous comprenions. Plus que n'importe qui dans ce semblant de paradis nous nous comprenions. Nos chaînes étaient d'or, mais elles nous entravaient douloureusement. Alors un jour je suis descendu, bravant l'interdit à l'insu de tous. J'ai revêtu une forme humaine et me baladais dans les rues de cette ville que je contemplais pour la première fois de mes yeux admiratifs. La première chose qui me frappa fut cette atroce puanteur d'excréments et de charogne. J'ignorais ce qu'était la mort, et cette odeur ne me donna pas plus d'indice. J'ignorais ce que les hommes vivaient, ce pour quoi ils se battaient. Cette vie à laquelle il tenait si fermement. Alors que moi je me pétrissais d'ennui au fil des siècles dans cette affreuse tour d'ivoire. Je scrutais le visage des gens, une expression d'enfant étonné et fasciné passant dans mes prunelles grises. Je fixais les vieillards et leur innombrables rides, les mendiants, les riches et les bien portant. Tout ça était nouveau et grisant. Je découvrais une ville qui fourmillait de vie, affreuse et belle, figée et changeante. J'observais le cycle de vie auquel jamais je n'aurais droit, car au dessus des lois terrestres.

Sur le marché, je gouttais un bout de viande. La texture pâteuse dans ma bouche n'évoqua en moi rien de connu. Je jubilais de sentir le sang animal glisser dans ma gorge laiteuse. C'était enivrant, et le goût si prononcé de la mort me donna quelques fiévreux instants d'extases. Ainsi j'errais toute la journée dans cette ville. Le soir venu, je découvris et compris toute la cruauté des créations de Dieu. Et si les hommes étaient fait à son image comme il semblait le croire, alors la part d'obscurité dans son coeur était plus intense que je ne le pensais. Tournant dans une ruelle sombre, je vis deux silhouettes s'enfuir en riant. Mon regard encore vierge se posa sur le corps d'un jeune enfant, laissé là à même le sol. Je m'approchais, et en le retournant je vis sa gorge coupée d'un trait rouge. Du sang s'écoulait de sa gorge laiteuse, son regard innocent dirigé vers les cieux. Ce sang. Je n'oublierai jamais son odeur, car il annonça ma perte. Je ne comprenais pas encore ce que signifiait la mort, mais ce regard me fit comprendre qu'il ne restait rien dans cette carcasse vide. La comparaison avec le morceau de viande du marché me sauta au yeux. Alors je me penchais, lentement, très lentement, et bientôt mes lèvres touchèrent la gorge abîmée. Bientôt elle s'ouvrir et laissèrent glisser ma langue qui se délecta du sang vierge, puis bientôt de la chair. Je n'avais à l'époque, aucune idée de la portée d'un tel acte.

C'est ainsi que je rentrais en toute innocence. Ignorant ce que le "destin" me réservait. On vint me chercher quelques jours plus tard, on me traîna férocement jusqu'au cercle des anges. Là je regardais tour à tour mes compagnons sans rien y comprendre. Etait-ce si mal d'être descendu sur terre ? Mais la vérité était pire. Conscient qu'il n'y aurait aucun retour possible, je ne me privais pas de soutenir le regard de Dieu, une lueur dangereuse agitant mes iris grises. Je l'avais toujours détesté, depuis que j'avais discerné au delà de son visage tendre la noirceur qui lui rongeait le coeur. Je fus puni, sévèrement torturé, et condamné à être banni sur terre et à y errer jusqu'à la fin des temps. Je découvris ce qu'était l'épuisement et la douleur, et avant que mon corps ne franchisse une dernière fois la porte du royaume céleste, Lucifer et Azael vinrent me voir. Je me souviens encore de la caresse sur ma joue, et de ces quelques mots susurrés à mon oreille : " Bientôt je te rejoindrai. "

A cet instant je lui avais souri, conscient que la terre ne serait pas pire qu'ici. Quelques jours passèrent encore, et je chu de cette tour d'ivoire. Mes ailes souillées et ma chevelure immaculée devinrent noirs, preuve incontestable de mon péché. Mais je n'y accordais que peut d'importance, me laissant glisser vers ce monde que je connaissais si peu.

J'étais le premier, le premier avant la chute des anges.

Les mois, les années s'écoulèrent ainsi, mais ce ne fut seulement au bout d'un siècle que je compris toute la cruauté du châtiment qui m'avait été infligé. Mon corps lentement se mit à pourrir. Les fleurs se flétrissaient à mon passage et les arbres mourraient. Mes traits se détérioraient jour après jour, et la folie me gagna. Je fus alors persuadé que pour retrouver mon corps d'antan il me fallait me nourrir de cette charogne dont je semblais fait. Alors au gré de mes errances je dévorais les cadavres que je trouvais, retrouvant à ce moment le souvenir de ces premiers pas sur terre. Malgré la déchéance de mon corps et l'effritement de mon esprit je réussis à garder forme humaine, et à préserver quelques uns de mes magnifiques traits. Mes cheveux restèrent identiques au premier jour bien qu'à présent fait d'ébène. Je ne pu cependant pas empêcher mon bras droit de devenir un simple cadavre. J'en étais dépité, et terrifié. J'errais en gémissant à travers les bois. C'est alors que je le vis.

Mes yeux se posèrent sur la stature imposante d'une vieille bâtisse. J'eus la soudaine envie de m'y glisser pour y tomber dans l'oubli. Ce lieu perdu demeurait presque inaccessible des hommes, et de toute manière mes ailes ne me porteraient plus bien loin. Je me sentais faible, à la merci du temps. Alors j'entrais dans la demeure et une odeur insupportable me pénétra soudain. L'air vicié mêlé à une terrible puanteur de charogne. Je reconnaissais cette odeur humaine. Alors j'avançais, parcourant les couloirs jusqu'à trouver la pièce ou se trouvait la dépouille. Mais ce que j'y vis me stupéfia. Là, allongé sur le sol, une silhouette diaphane et tremblante, secouée par la fièvre de l'hiver. Les sourcils clairs qui surmontaient ses yeux clos tremblotaient parfois. Il rêvait, ou plutôt délirait. Mon regard glissa sur le cadavre à moitié putréfié que le garçon avait sans doute dû manger pour survivre. A cette pensée mes yeux s'étaient écarquillés, et j'avais trouvé une frappante ressemblance entre cet humain et moi-même. Un semblable péché car tout comme moi, il avait dévoré la chair d'un homme.
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MessageSujet: Re: Fiche Joachim Klaus-Jürgen   Mer 29 Juil 2009 - 14:13

Alors que je m'approchais de l'enfant une indicible tristesse envahit mon regard. Il n'y aurait pas de rédemption pour cet être innocent. Je levais le regard au ciel, maudissant l'instigateur et le spectateur de ce théâtre macabre. Je le pris hésitant au creux de mes bras morts, craignant de le casser en deux. Mais une autre peur me tiraillait. Je ne voulais pas l'effrayer, je ne voulais pas lire du dégoût dans son regard. Je fus alors prit de l'irrésistible envie de fuir, mais mes jambes refusèrent de bouger, mes ailes ne se déplièrent pas. Résigné, je secouais le petit inconnu dans l'espoir de l'éveiller, mais la fièvre semblait tenace. J'entendais dans son souffle qu'il était à l'article de la mort. Je me maudissais intérieurement de ne pas être comme mes frères. Pourtant il gémit. Ses yeux s'ouvrirent et je découvris pour la première fois ce regard émeraude particulièrement troublant. Il ne me fallut pas plus de quelques secondes pour comprendre qu'il était aveugle. Non content de d'avoir joué ainsi avec lui, il avait fait en sorte qu'il ne puisse jamais contempler le monde. Je fulminais de rage, mais un murmure me sortit de ce terrible état. Je contemplais ce doux visage dont les iris étaient bordés de cernes noires. Ma main s'égara dans sa chevelure dorée et il tendit un bras en direction de mon visage. Par réflexe je reculais, mais devant son insistance je cédais. Mes yeux disparurent derrière mes longs cils noirs. J'attendais le dégoût, j'attendais les cris, les pleurs. Mais rien ne se passa. Lorsque mon regard se posa à nouveau sur le visage de l'enfant j'y lu de la joie, de l'admiration. Surprit, je finis par lui rendre son sourire.

Il me demanda un nom de sa voix flûté, et je lui répondis Alister. En retour il prononça Joachim.

C'est ainsi que quelques jours s'écoulèrent dans la morosité la plus absolue. Je gardais désespérément le corps du garçon dans mes bras en espérant lui communiquer un peu de chaleur. Mais mon corps mort était aussi glacé que l'hiver. Alors je le protégeais tant bien que mal de mes ailes noires. Désespéré je le voyais dépérir lentement mais sûrement. Et je n'osais lui proposer ce terrible choix. Cet avenir que seul un fou aurait accepté tant il était jonché d'épines. Mais quelques part je savais que je ne voulais pas voir partir Joachim, car il m'étais semblable. J'étais égoïste, mais je n'avais plus à craindre le péché désormais. J'attendis quelques heures, et l'enfant s'éveilla entre mes bras. Durant ces quelques jours il m'avait murmuré son histoire entre ses moments d'éveil. J'avais été horrifié sur le moment, puis plus le récit avançait plus je me disais que la cruauté de mon créateur était sans égal. Il avait abandonné ces pauvres créatures terrestres. Je compris que l'enfant se sentait coupable, qu'il réclamait un châtiment juste pour ses crimes. Et en même temps je voyais qu'il se débattait contre ce destin inéluctable qui le menaçait. Cette énergie qu'il avait à survivre me convint que je devais faire quelques choses pour enrayer l'avenir.

Ma langue se délia, et je lui parlais d'un pacte, à passer entre lui et moi. Je le sauvais, mais en échange il me donnerait un corps jusqu'à ce que le mien soit rétablit. Joachim m'écouta patiemment, puis j'hésitais à lui dire la dernière close du contrat. Car à présent je tenais plus de l'entité démoniaque que du véritable archange. J'hésitais, puis ravalait mes paroles. Je ne pouvais pas lui faire ça. Les minutes s'égrainèrent ainsi dans le silence. Une main posée sur mon visage finit par me faire dire ce que je répugnais à révéler. Si je le sauvais, si j'habitais son corps, il devrait partager mon éternel châtiment jusqu'à ce que je le libère. Son corps ne grandirait pas, ou si peu, il ne vieillirait pas, et son âme serait prisonnière de mes propres chaînes. Il partagerait ma souffrance, et deviendrait un monstre comme celui que j'étais devenu. Mon regard se perdit au loin, sachant pertinemment que le petit garçon devait préférer la mort à cette non existence.

" Je veux partager ton péché Alister. "

Cette simple phrase m'avait fait écarquiller les yeux. Ma bouche s'ouvrit pour lui répliquer quelque chose, mais aucun son ne sortit. Joachim me contemplais avec une tendresse infinie. Une larme unique et divine roula de ma joue. Je l'avais mit en garde contre ma folie, je lui avait répété un nombre incalculable de fois que j'étais un monstre assoiffé de chair et d'âme. Et pourtant ces mises en garde ne l'avait pas fait reculer. J'effleurais son visage par une douce caresse. Son souffle devint soudain rauque et l'enfant sanglota. Je le berçait tendrement. Je savais qu'il appréhendait, qu'il avait peur de passer ce pacte avec moi. Mais je lisais aussi de la détermination sur son visage. J'étais son dernier espoir, son seul ami aussi. Je savais qu'il ne voyait pas la nature démoniaque en moi, mais ce qu'il y avait au delà. J'attendis que la nuit tombe avant de sceller mon avenir avec Joachim.

Je l'avais posé sur le sol, et il fixait le plafond d'un air absent. Ma haute silhouette se pencha au dessus de lui. Je le contemplais avant de me fondre à jamais en lui. Je me penchais encore, mon souffle inutile fit voleter quelques mèches blondes. Je sentis dans sa cage d'os le coeur battre à tout rompre. Il avait peur, peur de ce qui allait arriver à son âme. Mais moi aussi, j'avais besoin de lui pour survivre, et cette idée me fit dépasser mes dernières appréhensions. Alors je posais mes lèvres sur sa gorge laiteuse. J' humais son odeur fleurie avant que celle-ci ne se teinte du parfum de mort que je dégageais. Ma langue glissa sur la peau d'ivoire, gouttant la chair qui allait bientôt m'appartenir. Un frisson d'excitation m'envahit, et l'aura démoniaque que je dégageais prit une ampleur soudaine et folle. Je sentis Joachim frémir sous moi, pourtant il ne chercha pas à se dégager. Il restait là, les poings serrés à attendre que les choses se passent. Je complimentais son attitude par une caresse fugace avant de reprendre ma macabre cérémonie. Mes ailes lentement se déployèrent, formant un cercle autour de nous, protégeant la scène de toute intervention divine. De toute façon nous avions déjà un pied dans l'abîme inquiétant de l'enfer. D'un ongle je vins rompre la chair du cou de l'enfant, traçant sur sa peau laiteuse le signe me caractérisant. Joachim gémit alors que des sanglots se précipitaient dans ses yeux aveugles. Son corps fut agité de soubresauts qu'il me fut douloureux de voir, mais il était déjà trop tard pour reculer. Lui présentant mon poignet mort je l'incitais à croquer dedans pour en arracher la chair. Je le vis, hésitant, le regard noyé de larmes approcher ses lèvres pales de mon bras. Je sentis dans un frisson d'excitation les petites dents percer ma chair morte et me l'arracher. Je le contemplais mâchouiller la charogne et l'avaler dans un hoquet de dégoût. Une dernière caresse, et je me penchais à son oreille, murmurant que ce qui allait suivre serait particulièrement douloureux pour lui. Un frisson le parcouru, pourtant il resta encore là.

" C'est bien Joachim. " Lui avais-je dis pour le rassurer.

Il m'avait répondu par un doux sourire qui s'estompa dans les secondes qui suivirent. Mes lèvres revinrent attaquer sa gorge, à l'emplacement de mon sceau. Ici, en cet instant, je scellais son avenir ainsi que le mien. Je ponctuais mes baisers horribles par quelques caressent sur son joli corps tendre. Mais je savais que je n'arriverais pas à le calmer avant la fin du pacte. Inspirant, je me décidais enfin à terminer ce que j'avais commencé. Mes lèvres se posèrent à l'endroit de la blessure sanglante, et j'inspirais une dernière fois avant de plonger mes dents dans la chair vivante. Un hurlement de douleur franchit les lèvres de Joachim mais je ne m'arrêtais pas. Je continuais à progresser, rompant le tissu, répandant une affreuse odeur de mort dans cet ancien château. L'enfant avait commencé à se débattre, ses petits doigts blancs griffaient désespérément mon corps mort. Son torse menu s'arquait en tout sens pour échapper à ma morsure, mais rien y fit, et il continua de hurler tandis que je dévorais sa chair crue. Bientôt arriva l'instant où il ne resta plus qu'un lambeau qui séparait la viande que j'avais en bouche et le corps de mon protéger. Je l'arrachais d'un coup de dents. Joachim ne gémissait plus que faiblement, son corps agité de convulsions que je retenais de mes mains puissantes. Je passais un coup de langue satisfait sur la plaie béante, contemplant presque amusé la gorge à vif et palpitante. Nous étions désormais liés.

Alors j'ai passé une main sur le visage de Joachim et je l'endormis, lui évitant ainsi plus de souffrances inutiles. Le lendemain la plaie avait disparue, et ne restait plus que sur la gorge de l'enfant une cicatrice blanche représentant le sceau de mon pouvoir, un cadrant d'horloge dénué d'aiguille et de chiffres. J'avais enfin trouvé un corps et Joachim un châtiment à sa mesure. C'était ainsi qu'ont voyait les choses à l'époque. J'ai ensuite revêtu ma forme d'ombre et pénétré dans celle du petit enfant. La première fois fut assez désagréable pour lui comme pour moi, mais le fait de partager ce même corps m'aidait à reprendre des forces et à préserver mon corps d'ange. Je ne lui apparu plus que de rares fois, préférant converser directement avec lui dans son esprit. Cependant je remarquais que ma présence l'affaiblissait plus que de raison. Je devinais que son corps d'enfant supportait mal ma puissance démoniaque mais nous ne pouvions plus reculer, nous étions liés par les cendres de nos âmes.

La suite vous la connaissez. Des hommes trouvèrent Joachim et l'emmenèrent dans un couvent. Cet endroit de disgrâce me répugnait plus que de raison. Je fis alors tout pour qu'on nous envoya loin. Mais là encore je retrouvais les quatre murs austère de ces églises. Je n'avais pas prévu qu'un prêtre serait assez fort pour déceler ma présence. Le jour de cette cérémonie bien inutile, je l'ai tué et dévoré. Mais Joachim ne m'en a pas voulu. Lui aussi était malheureux dans cet endroit. Et nous fûmes envoyés loin, à Maddleton, où j'y ai retrouvé un semblant de force. Car dès ma première approche, j'avais su qu'il n'était pas habité par ce qu'il semblait être.

Fatalité
Destinée
Destin
Fatum !

Je les ai dévoré, et recraché à mon image ...


Note : Après la chute des anges, Alister n'a jamais revu Lucifer ni Azael. Il ne les cherche pas particulièrement, mais leur compagnie lui était agréable.
Comme vous l'aurez compris, Alister est la raison de la schizophrénie de Joachim qui finalement n'en est pas vraiment une.
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Fiche Joachim Klaus-Jürgen

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