Mad Asylum
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Enfin, pas vraiment : vrai phénix, il s'est dépêtré de ses cendres et a fini par renaître quelque part, faisant peau neuve, URL neuve.

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 La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose

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Ivan V. Mayakovsky
Humain † L'Oscar Wilde Soviétique
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MessageSujet: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mar 23 Mar 2010 - 21:37

Le livre était ouvert sur ses genoux, le titre « Пиковая дама » (La Dame de Pique) en petites lettres dorées étaient inscrites sur la tranche, luisant grâce à l’unique bougie qui brillait dans l’immense bibliothèque.
C’était le beau milieu de la nuit car Ivan avait été incapable de trouver le sommeil. Dès les premières heures où l’obscurité avait noyé le ciel dans une couleur d’encre de chine, le jeune homme n’avait cessé de tourner dans ses draps, contemplant d’un regard aveuglé les alentours de la chambre. Chambre qu’il ne connaissait que très peu et l’inconnu lui causait des insomnies épouvantables !

La porte de sa chambre n’était pas fermée et il se risqua à s’aventurer dans le couloir après avoir endossé un costume habituel, n’ayant pas d’autres moyens pour occuper sa nuit. À mesure qu’il s’était avancé, personne ne l’avait surpris. Il s’était senti comme un enfant en train d’accomplir un caprice qu’il savait déraisonnable. Mais l’adrénaline qu’il savourait en commettant cette petite faute -si ils ’agissait d’une faute dans cet étrange asile- et la promenade parfumée de liberté l’égayaient un peu plus que son morne ennui de l’heure précédente.
Seules les lumières nocturnes l’avaient guidé et avec tant bien que mal, il avait trouvé la bibliothèque. Une véritable chance si on pouvait dire puisque petit, il se réveillait souvent aussi en pleine nuit et feuilletait un livre pour finalement sentir ses paupières se fermer d’elles-mêmes. Et ce remède était resté infaillible après toutes ces années.

Et à croire que la nuit était de son côté car en parcourant les larges étagères à la recherche d’un ouvrage intéressant, Ivan avait reconnu les lettres cyrilliques de l’histoire la plus connue d’Alexandre Pouchkine. Sans plus attendre, il l’avait extirpé de ses confrères pour relire cette petite nouvelle, courte mais tellement passionnante.

Ironie du sort, le héros à la fin du roman se retrouvait précisément enfermé dans un asile. Son comportement, malgré tout, ne faisait pas douter de l’état de choc dans lequel il se trouvait. Depuis qu’il était arrivé, Ivan avait vu quelques personnes semblables au pauvre Hermann du conte.
Bien sûr, la question persistait pour son cas personnel : était-il réellement fou lui aussi ? Ou n’étaient-ce que les délires causées par la honte de ses proches qui l‘avaient mené jusqu‘ici ?

Le russe glissa au fond du fauteuil. Cela faisait déjà une bonne heure qu’il était là et le sommeil pointait à peine le bout de son museau. L’inquiétant endroit n’était pas vraiment qualifié pour inviter Morphée et les plus grands auteurs, eux-mêmes, n’y pouvaient rien.
Arrivant à la dernière page de l’ouvrage, Ivan récita les paroles finales comme une ode qu’il connaissait par cœur.

    Hermann est devenu fou. Il est à l'hôpital d'Oboukhof au n°17. Il ne répond à aucune question et marmotte à une vitesse extraordinaire…


-…. Тройка, семёрка, туз ! Тройка, семёрка, дама...

Spoiler:
 

Acheva le lecteur dans un murmure paisible, reflétant le timbre de voix de l’homme qui est fatigué. Il se laissa glisser sur l’un des accoudoirs du siège confortable, posant sa tête sur le tissu parsemé de motifs complexes. Le livre chuta de sa jambe mais il n’en prit pas conscience. Puis, bercé par l’obscurité, il tenta de trouver le sommeil en fermant les yeux.
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mer 24 Mar 2010 - 16:20

    En cette sombre nuit glacial, Apolyon déambulait dans les couloirs, cherchant une quelconque distraction. D'une composition autre que celle des hommes, et même différente de celle des autres démons, le Prince avait passé toute la journée à dormir, se reposant dans ses draps de soies fine tandis que le commun des mortels grouillait. Et, bien après que l'astre dorée ait rendu l'âme, Apolyon s'était éveillé, ses longs cheveux flamboyant de part et d'autre de son corps. Il s'était alors étiré se demandant vaguement quelle heure il était. Son regard s'était alors perdu vers sa fenêtre qui demeurait toujours ouverte et il avait pu constater la profonde noirceur du ciel.
    Mais il était le Prince du Martyr et du Sommeil, la nuit était noir en diable, et alors ! Ce n'était pas cela qui allait l'arrêter, et il n'avait pas encore fini d'explorer le manoir Middleton, et il était certain que la demeure lui réservait encore d'autres secrets tout aussi intéressant que ses habitants.

    Ses yeux avaient la couleur d'un topaze et Apolyon cacha leur scintillant reflet derrière une paire de lunettes : il n'en avait pas besoin mais c'était juste une autre de ses fantaisies. Il enfila ensuite un pantalon noir ainsi qu'une chemise à jabot blanche, le tout surmonté de bretelles également noires. Le Prince hésita un instant à chausser ses bottes ... Et puis zut ! Ses pieds aussi étaient princiers alors pourquoi ne pas les montrer !

    Le voilà donc ainsi vêtu à arpenter les couloirs, pieds nus, ne sachant dans quelle pièce entrer. Le Prince s'amusa à descendre les escaliers à cloche-pied (les petits plaisirs de la vie simple ... que voulez vous !). Il décida alors d'aller à la bibliothèque. Apolyon avait commencé un livre particulièrement excellent la nuit dernière, et il voulait à tout prix le finir. Le Prince était un lecteur difficile, la prose l'ennuyait facilement, il n'aimait pas les métaphores foisonnantes et détestait les fins heureuses : pour lui Homère n'était qu'un vile scribouillard et Stendhal un amateur chanceux. Mais l'esprit plus que critique d'Apolyon était tombé en extase devant un livre écrit par un auteur russe. Le style était plus qu'excellent, et l'intrigue décrivait l'amour interdit entre une créature immortel et un humain, mais avant tout, l'histoire entre deux hommes. Et c'était tellement rare de nos jours ! Le Prince trouvait les humains affreusement hypocrites. Depuis la nuit des temps, des hommes aimaient et couchaient avec d'autres hommes, mais dans cette époque si catholique et si puritaine, l'homosexualité était vu comme un un mâle affreux qui ne devait pas proliférer. Le Prince eut une grimace : le catholicisme ... L'une des plus grandes erreurs de l'humanité. Comme quoi, Marx avait raison en disant que c'était l'opium du peuple. Et voilà : Apolyon venait encore de prouver par un raisonnement plus que tordu que les Russes étaient les meilleurs.

    Le Prince ouvrit donc la porte de la bibliothèque, a.k.a, son sanctuaire, et au même moment, un murmure parvint à ses oreilles.

    -…. Тройка, семёрка, туз ! Тройка, семёрка, дама...

    Mais c'était du russe ?! Apolyon eut un grand sourire. Il y avait des amateurs de vodka au manoir Middleton à présent ? Le Prince appréciait de plus en plus l'asile ces temps-ci.
    Apolyon pénétra dans la bibliothèque à pas de loup pour pouvoir dignement surprendre l'autre personne qui s'y trouvait. Et le Prince ne fut pas déçu. En effet, assis confortablement dans un fauteuil se tenait un jeune homme élégamment habillé et presque aussi grand que le Prince : il avait le teint presque aussi pâle que celui du Prince et des cheveux si blond qu'ils semblaient presque être blanc. Apolyon le fixait, toujours avec grand sourire sur les lèvres, sans plus aucun doute sur la nationalité du jeune homme. Il y avait un livre à ses pieds, le Prince s'agenouilla pour le ramasser : Пиковая дама. Du Alexandre Pouchkine ... Excellent choix.
    Le livre dans les mains, et à présent plus près du jeune homme, Apolyon pouvait l'observer à sa guise. Il conta un bref instant le nombre de ses respirations, avant de s'attarder sur la façon dont ses vêtements épousait ses muscles, laissait sous entendre une imposante carrure.
    Et, bien décidé à le réveiller et à tester ses connaissances en russe, le Prince fit courir un de ses ongles sur la joue du jeune en murmurant :

    - Даже если ты делаешь красивые мечты, надо встать теперь...
    Spoiler:
     

    Le Prince avait hâte qu'il ouvre les yeux : il avait trouvé une nouvelle distraction.


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Ivan V. Mayakovsky
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Jeu 25 Mar 2010 - 10:20

Le sommeil s’obstinait à s’enfuir, refusant d’arracher Ivan de ce monde pour ne serait-ce que quelques heures. L’asile le retenait comme une solide chaîne autour de la cheville pour que le rêveur ne gambade pas vers son pays des songes. Son wonderland était couvert de neige, trône de l’Hiver, et entre les arbres noirs, on entendait des chants slaves, s’entrechoquant, qui invitaient les dames blanches à danser, accompagnées de vampires, démons et autres monstres. Monstres, mais créatures si aguichantes qu’Ivan se plaisait à mettre en scène dans ses contes pour adultes.
Un tel attachement venait sûrement du fait que l’écrivain les voyait comme des êtres libres comme l’air. Ces petits diables qui pouvaient vivre comme bon leur semblait.

Quelque chose glissait sur sa joue, puis, la trace de chaleur sur sa peau s’accompagna d’une voix masculine, à la fois très mélodieuse et à la fois grave.

And someday you'll know
That nature is so
The same rain that draws you near me
Falls on rivers and land
On forests and sand
Makes the beautiful world that you'll see
In the morning
~Lullaby for a Stormy Night | Vienna Teng


En ouvrant doucement ses paupières, Ivan songea que les bras de Morphée l’avait finalement peut-être attrapé ? Car un homme, aux traits longs et effilés, se présenta à son réveil, beau comme un amant. Une chevelure de feu -à moins qu’il ne s’agisse du jeu de lumière de la chandelle qui brûlait toujours ?- pendait sur son dos et ses épaules. Et sur ses lèvres rosées, dans ses yeux bordés de cils courbés s’inscrivait une félinité typique aux femmes malicieuses.
Durant un court instant, Ivan se prit à envier ce visage aux allures sybarites. Tellement délicat comparé à lui. Certes, il n’avait pas des traits agressifs ni grossiers, mais il était bien trop masculin pour pouvoir se prétendre comme dandy. D’où le costume noir qui était une brève fantaisie qu’il se permettait de temps à autre.

Mais ce sentiment jaloux s’estompa très vite, laissant place au charme créé par l’illusion. Le russe leva sa main d’un mouvement un peu lent, illustrant une forme d’hésitation.

-Je ne rêvais pas, mais il est probable que ce soit le cas maintenant.

Souffla-t-il en étirant un faible sourire. Le russe du roux résonnait avec des intentions britanniques tandis que l’anglais du soviétique gardait des consonances encore très nordiques. Les russes et les anglais étaient plutôt à froid en ce moment à cause de l’Inde où les affaires étaient très instables et Ivan redoutait souvent des regards accusateurs infondés. Mais que son interlocuteur emploie une si douce phrase en russe le rassura.
Il effleura le menton de l’homme roux en remontant jusqu’à sa mâchoire avant de comprendre qu’il se heurtait bien à la réalité. Il abaissa alors son bras et se redressa pour s’asseoir de façon plus convenable. Ivan jeta un œil à la fenêtre, pensant que le soleil s’était peut-être levé mais non, Dame Lune était encore installée sur son trône d’argent, se parant de divers nuages brumeux.

Ivan reporta son attention sur le Prince qui venait de le réveiller. Ses vêtements étaient si distingués qu’un tsar n’aurait pu paraître plus élégant. Il tenait dans sa main le livre qu’avait relu le jeune homme pour une énième fois. Il se justifia alors ;

-Je souffre d’insomnie dans les endroits que je ne connais pas encore et la lecture me berce. Est-ce aussi votre cas ?

Avait-il affaire à un employé ou un patient ? Les allures entre les sociétés se mêlaient si facilement qu’il était difficile de faire la distinction. Pour mettre fin au jeu des devinettes, Ivan prit l’initiative de se présenter en tendant prestement sa main vers l’inconnu ;

-Je me présente ; Ivan Mayakovsky, interné depuis quelques semaines dans cet asile.

Il se garda cependant de dire les raisons qui l’avaient traîné jusqu’ici. Lui-même doutait parfois des causes qu’il ne jugeait pas comme un crime. La prison était réservé aux tueurs, aux voleurs, aux malhonnêtes, aux violeurs… Or, aucune de ces erreurs accaparait la conscience de l’écrivain et pourtant, il avait frôlé la cage aux criminels. Ironiquement, le monstre qui tâchait de perversité les pages de son roman l’avait sauvé d’une fin bien plus horrible. Du moins, c’est-ce qu’il pensait encore…

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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Jeu 25 Mar 2010 - 21:17

    Le Prince fixait le mystérieux invité de son regard topaze, le regardant peu à peu s'éveiller. Apolyon remarqua ses yeux d'une couleur bien singulière, il était effectivement rare de trouver des humains avec des yeux d'une telle vivacité. Et ses yeux-là se posèrent avec une certaine surprise sur le Prince. Il accorda un sourire au jeune homme et le laissa le détailler à sa guise. Après tout, qui ne rêvait pas secrètement d'Apolyon ? Une fois que vous l'aviez vu, il était tout simplement impossible de l'oublier et il venait nourrir tous vos fantasmes.
    Le blond se releva lentement, comme si il éprouvait encore les effluves, et leva la main vers Apolyon.

    -Je ne rêvais pas, mais il est probable que ce soit le cas maintenant.

    Le sourire du Prince s'agrandit. Il ne pouvait pas avoir autant d'imagination que cela ...
    Mais ce qu'Apolyon remarqua le plus, c'était le léger accent russe perceptible dans son anglais, et notamment la façon dont il roulait les « r ». Comment dire ? C'était affreusement sexy. Et ainsi, les dires du Prince étaient confirmés : son imposante stature, la pâleur de son teint, ses cheveux blond, son accent. Il était russe des chez russe, plus aucun doute possible. Maintenant la grande question c'était : que faisait-il ici, au manoir Middleton, si loin de sa patrie ? Préférait-il la plus folle et folklorique Angleterre à la très blanche Russie ? Encore un autre mystère que le Docteur Ravenclose se chargerait de découvrir.
    Encore, une fois, le Prince s'égarait mais il fut ramené à la tangible réalité lorsque le jeune homme effleura son menton. Le contact enchanta Apolyon mais son interlocuteur semblait soudainement prendre conscience de toute l'authenticité du Prince, qu'il représentait une dimension bien réelle et à part entière. Et non ce n'était pas un beau rêve ...
    Non, sinon l'un d'entre eux aurait été nu et attaché à des barreaux, et pas besoin d'être un génie pour deviner qui ...


    -Je souffre d’insomnie dans les endroits que je ne connais pas encore et la lecture me berce. Est-ce aussi votre cas ?Je me présente ; Ivan Mayakovsky, interné depuis quelques semaines dans cet asile.

    Ivan lui tendit une main que le Prince s'empressa de ravir. Les convenances voulaient que deux gentlemen se serrent poliment la main et en reste là, mais il était Apolyon Ravenclose alors pourquoi se plier aux convenances et autres futilités ? Non ... Tout ceci n'était pas pour lui. Aussi, il déposa un baiser sur cette main, ses lèvres rosées jurant affreusement avec la peau d'Ivan. Et tout en caressant la paume de son homologue, et ce sans aucune gêne (mais on parlait tout de même du genre de type qui aimait porter des corsets pour le plaisir), tout en déclarant.

    - Apolyon Ravenclose, simple docteur dans cet asile, pour vous servir.

    Le Prince déposa le livre qu'il avait dans la main sur les genoux d'Ivan, sans pour autant lâcher son autre main. Bizarre ... Apolyon ne le connaissait que depuis quelques secondes et on aurait dit qu'il se montrait déjà possessif ? Notre cher soviétique allait devoir surveiller ses arrières ! (Expression à prendre au propre comme au figuré.)

    - Un très bon ouvrage que vous avez choisi, mon cher. Mais si vous avez tant peur du manoir Middleton, je serais ravi de vous faire découvrir tous ses secrets.

    Oui, Apolyon lui faisait du charme mais ce n'était plus vraiment faire du charme lorsqu'on était aussi doué que lui. C'était ... naturel, presque aussi juste et droit que respirer.

    - Pour ma part je suis en train de lire un roman excellent : Bloody Cherry, vous connaissez ?

    Apolyon n'avait pas retenu le nom de l'auteur, mais les mortels qui retenaient son attention étaient si peu nombreux alors ... A quoi bon retenir leur nom ?


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Ivan V. Mayakovsky
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Ven 26 Mar 2010 - 18:53


    Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour,
    c'est que c'est un crime où l'on ne peut pas se passer d'un complice.

    [ Charles Baudelaire ]




Ivan écarquilla les yeux au moment où l’homme porta sa main à ses lèvres. Geste empli de messages et propre à l’invitation. Lui-même l’avait fait une centaine de fois et il ne le cachait pas, pourtant, il était rare qu’un gentleman fasse preuve de tant de sensualité à une première approche. Puis, il se présenta, plus courtois que jamais.

Était-ce réellement possible que le patient soit face un des médecins de l’asile ? Il redoutait des remontrances à propos des balades nocturnes et de la santé fragile des internés, comme tout bon médecin l’aurait fait, mais Apolyon ne fît aucune allusion.
Le bâtiment était aussi étrange que ses employés, eux-mêmes aussi incongrus que leurs malades.

Le jeune écrivain, à l’esprit évasif, crut percevoir un sous-entendu qui se dissimulait sous les « secrets » dont Apolyon parlait. Il était de plus en plus convaincu qu’un romanesque jeu de séduction était en train de se construire. Encore fragile, comme les plantes qui repoussent timidement sous la neige après le passage destructeur de l’Hiver. Fragile et discret, mais bien présent.
À croire qu’au lieu de le guérir de ses maux, on l’encourageait à les pratiquer. Cette idée le fît doucement sourire. Ne l’avait-on pas envoyé dans un monde plus fou que lui ?

Néanmoins, quand le docteur mentionna le titre de son roman, Ivan rougit bien malgré lui. Il avait pris un plaisir certain à rédiger ce rêve totalement absurde, Lewis Carroll avait lui-même été victime de cette folie, mais le sort du russe avait été moins glorieux puisque Bloody Cherry lui avait attiré bien des malheurs. Ses frères le voyaient comme un monstre, l’éclat de fierté dans le regard de ses parents s’était définitivement éteint, ses amants, pour leur sécurité, l’avaient fui comme si son corps portait la syphilis et le juge s’était montré vide du moindre sentiment en l’envoyant au Middleton Asylum. De ce fait, un compliment était aussi rare que un diamant étincelant dans une marre de boue qui recouvrait de son manteau nauséabond des cadavres. Ivan ne pouvait s’empêcher alors de songer qu’il s’agissait d’une remarque pleine d’ironie et de méprise à l’égard de ce bête roman.

Le voile de chaleur qui recouvrait son visage l’empêcha de parler. Jamais il n’avait pu causer de son unique roman à part pour se défendre face à un tribunal cruellement stricte. Ô combien il était gêné à présent. Il avait accompli ce que tants d’autres hommes refusaient de braver et pourtant, une simple allusion élogieuse à un travail tant rejeté le perturbait.

-… En réalité, je suis moi-même l’auteur de ce livre.

Il retira sa main de l’étreinte d’Apolyon, redoutant n’importe quelle réaction, avant de laisser dévier son regard améthyste sur les autres livres. Tant de honte n’était pas habituel chez Ivan qui ne connaissait que rarement la pudeur.
Puis, affichant un sourire cordial, il enchaîna ;

-Je vous remercie, Принц Равенклос*, personne jusqu’à maintenant ne m’avait partagé un avis aussi laudatif sur mon roman. Pourtant, c’est-ce même ouvrage qui m’a enfermé ici : ma famille l’a jugé immoral tout en répétant qu’il ne reconnaissait pas là leur Vanya et les juges ne ménageaient pas l’écœurement qu’ils ressentaient vis-à-vis de moi.

Aussi rare soit l’expression de l’amertume sur le visage du russe, elle était bien là à ce moment présent. Si ses bourreaux ressentaient tant de dédain pour Ivan, ce dernier ne leur accordait pas plus de sympathie. On avait été jusqu’à la traiter de Diable tout de même ! Et le manque de respect ne se payait que par la même monnaie.
Ivan lui avait donné ce titre en rapport aux yeux vermeilles de la créature -monstre qu’il ne définissait pas clairement dans son roman- et aux gouttes d’élixir de vie qui perlait dans le recoin de sa bouche si désirable. Personnage créé de toutes pièces, né de la frayeur, de la fascination et du désir. Apparemment, les mauvais lecteurs n’y avaient vu que la perversité et la crainte…

Ivan avait nommé le médecin « prince » de façon si spontané que l’idée de lui expliquer la raisons du pourquoi et du comment ne vient pas lui effleurer l’esprit. Apolyon était apparu de façon si théâtrale, comme un vrai Prince qui vient réveiller sa belle, et il dégageait une fierté propre aux membres des familles royales. Cela semblait donc pour lui une évidence.

-Où avez-vous eu ce roman ? J’ai vraiment du mal à croire qu’il repose sur les étagères de cette bibliothèque bien qu’elle soit très vaste.

Il détourna son regard vers les autres tranches de roman qui étaient, pour une bonne totalité, invisibles pour ses yeux. La chandelle n’était pas assez vive pour désigner clairement un livre, et encore moins les titres ou les auteurs.

Abandonnant cette futile recherche, Ivan reporta son attention sur le médecin. Une question brûlant sa langue ;

-Si j’ai bien compris, vous ne l’avez pas encore fini… Mais, j’aimerais savoir ce que vous aimez pour le qualifier « d’excellent ». Je vous le répète, vous êtes le premier lecteur à ne pas le voir comme une histoire répugnante, révoltante, honteuse ou je ne sais quoi encore… Dire que c’était le pire roman de l’histoire était déjà suffisamment décourageant pour entendre les autres avis.

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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mar 13 Avr 2010 - 21:02

    En entendant le nom de l'ouvrage, le jeune homme s'était empourpré, tous les soupçons du Prince furent alors balayés : il avait bel et bien entendu parler du livre et il l'avait même lu. Sinon alors ... Comment expliquer cette magnifique rougeur sur ses candides joues ? C'était un tableau encore plus saisissant que des gouttes de sang qui seraient naïvement tomber dans de la neige. Apolyon dut se retenir pour ne pas faire courir son ongle sur une de ses timides et tendres joues, pour la déchirer et de révéler tout ce sang rougeâtre et impur à la face du monde. Oui, le Prince était convaincu qu'Ivan pouvait lui offrir un spectacle digne de ce nom.

    -… En réalité, je suis moi-même l’auteur de ce livre. révéla alors le garçon.

    Apolyon faillit lui rire au nez et lui murmurer que c'était impossible. Car, pour le Prince, l'auteur de Bloody Cherry était un de ses mortels tels que la nature n'en produisait plus : retors, tordu, torturé à souhait, vilain, débile (dans le sens premier du terme). Le genre d'être qui passait ses nuits à se nourrir de corps et d'alcool, vivant dans un monde de déraison le plus total.
    Cependant, le Prince se mit véritablement à s'interroger face au désarroi que semblait ressentir le garçon.

    La preuve, son pauvre petit cœur battait la chamade dans sa trop maigre poitrine, et il s'était empressé de retirer sa main du celle du Prince, comme si il craignait une quelconque punition. Il était vrai que le mot punition était le deuxième prénom d'Apolyon -il s'en vantait lui-même-, mais ... Si Ivan disait la vérité, Apolyon n'allait tout de même pas le punir pour son génie, non ? (A moins que ce soit une quelconque ruse pour mettre une fessée à quelqu'un ? Mais non ...Ce n'était absolument pas le genre de la maison ... )

    -Je vous remercie, Принц Равенклос*, personne jusqu’à maintenant ne m’avait partagé un avis aussi laudatif sur mon roman. Pourtant, c’est-ce même ouvrage qui m’a enfermé ici : ma famille l’a jugé immoral tout en répétant qu’il ne reconnaissait pas là leur Vanya et les juges ne ménageaient pas l’écœurement qu’ils ressentaient vis-à-vis de moi.

    Apolyon eut un sourire entendant de quelle manière Ivan s'adressait à lui. Et voilà, son objectif était atteint, il n'avait même plus besoin de faire milles simagrées pour que les gens utilisent son titre royal. Et puis ... Dit en Russe, c'était tellement plus excitant ! A présent, il n'y avait plus aucun doutes qu'Ivan était bel et bien l'auteur de l'ouvrage, et, d'après ce qu'Apolyon avait pu comprendre son roman lui avait causé bien des soucis.
    Lorsque l'on y pensait, c'était toujours ainsi : pour le commun des mortels, génie rimait forcément avec folie alors que la limite était beaucoup plus subtile , beaucoup plus ... palpable, dirons nous. Et, puis il y avait bien entendu une autre catégorie : ceux qui étaient fous et géniaux en même temps ! Il est inutile de préciser que le Prince fait bien évidemment parti de cette dernière case.

    Mais Ivan lui semblait sain d'esprit, juste victime de la bêtise et de l'hypocrisie qui semblait régner à cette époque-ci. Mon Dieu ce qu'Apolyon avait hâte de changer de millénaire ! (Non ... Oubliez Dieu et remplacez par Apolyon dans la phrase suivante.) Et à présent, la pauvre jeune homme se retrouvait coincé loin de chez lui au Manoir Middleton. Le Prince aurait été ravi de lui offrir une épaule réconfortante, pas qu'une épaule d'ailleurs ... (Mais ... Chut !)

    – Mon cher ami vous avez tout simplement été victime d'une justice qui se veut représentative de la morale et qui en réalité ne l'est pas ! Je pense que ce qui vous a surtout manqué dans cette affaire, c'était assez de livres pour vous payer un bon avocat car je doute que votre place soit vraiment ici, vous n'êtes pas plus fou que moi, je présume ?

    Mais puisque vous êtes là, profitons en, se garda bien d'ajouter la Prince. D'ailleurs, il fixait toujours Ivan de cette manière si particulière qui consistait à déshabiller les gens du regard. La plupart succombait au premier assaut, mais qu'en était-il du Russe ?

    -Où avez-vous eu ce roman ? J’ai vraiment du mal à croire qu’il repose sur les étagères de cette bibliothèque bien qu’elle soit très vaste. lâcha enfin Ivan en détournant le regard

    Apolyon eut un simple sourire avant de déclarer.

    - Vous vous trompez encore une fois, votre ouvrage repose bien dans cette précieuse bibliothèque.

    Et, comme si il ne pouvait s'en empêcher (comme tous les autres d'ailleurs), il reporta son attention sur le Prince et déclara.

    -Si j’ai bien compris, vous ne l’avez pas encore fini… Mais, j’aimerais savoir ce que vous aimez pour le qualifier « d’excellent ». Je vous le répète, vous êtes le premier lecteur à ne pas le voir comme une histoire répugnante, révoltante, honteuse ou je ne sais quoi encore… Dire que c’était le pire roman de l’histoire était déjà suffisamment décourageant pour entendre les autres avis.

    Ivan était un véritable artiste : toujours à penser le plus grand mal de son travail. Apolyon eut un sourire et se pencha vers lui, les deux mains sur les cuisses du jeune homme : il était temps que quelqu'un l'apprécie à sa juste valeur et lui montre à quel point il était doué. Et, le Prince ne s'arrêta pas là, non ...Il se rapprocha, tel le plus vicieux dès serpent, aussi mortel qu'un poison : il savait exactement où, quand et comment frapper. A présent, Apolyon était agenouillé entre les cuisses du jeune homme, ses yeux topaze ancrés dans ceux si révélateurs d'Ivan. Le souffle du Prince léchant les joues du russe, tout était calculé pour le faire chavirer. Il murmura alors :

    - En fait, ce n'est pas temps l'intrigue ou même les personnages ... Mais ce sont plutôt les mots que vous utilisez. De quelle façon froide et cruelle vous décrivez la pluie, et avec quel recul flagrant vous évoquez un acte aussi intime que la masturbation et ne parlons pas de l'acte en lui même ... C'est cru, c'est poétique, c'est vomitif à un point tel que cela en devient réel et qu'on a l'impression de voir les corps ce mouvoir devant nos yeux ... A point tel qu'on en vient à se demander ...

    Apolyon se rapprocha encore, enfin si c'était possible, et lui susurra le reste de sa phrase dans l'oreille :

    - Si l'auteur lui même ne s'est pas laissé aller à de telles passions et si oui ... Alors est-ce sa propre histoire qu'il nous délivre ou alors un pauvre récit qui, comme tant d'autres, sort de son esprit fatigué. Эта история вы lвышли из вашей требухи N ' это не?
    Spoiler:
     


    Car le Prince devait savoir si Ivan avait franchi la limite entre la folie et le génie, entre la raison et l'absurde. Pourquoi ? De cette manière, il saurait s'il méritait sa place ici et si, effectivement, il était un damné parmi d'autres damnés ...
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Ivan V. Mayakovsky
Humain † L'Oscar Wilde Soviétique
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mer 21 Avr 2010 - 18:37






L’ironie en était presque touchante. Ivan aurait été heureux d’entendre quelques critiques positives sur son récit lorsque des chaînes imaginaires ne strangulaient pas encore ses bras et ses jambes. Mais Bloody Cherry l’avait déjà traîné sur le trajet vers la corde, comment aurait-il pu publier un autre livre ? Un livre pour enfants pour pouvait raconter une des aventures terrifiantes de Baba Yaga, mais sûrement que l’ouvrage l’aurait amener sur le chemin de l’infortune, mêlant la page blanche et l’inspiration tourmentée…

Finalement, le destin d’écrivain était peut-être le plus maudit de tous les mortels. On disait que le poète se situait au-dessus des autres hommes car il voyait de façon différente le monde, mais ne valait-il pas mieux être aveugle et ignorant ?

Si il était fou, Ivan n’en savait rien… Peut-être qu’il perdrait ce qui lui restait de raison dans les prochains jours à venir. Peut-être qu’il tentera de se pendre, de se jeter d’une fenêtre ou de se trancher la gorge dans un accès pitoyable de folie en prenant conscience qu’il était piégé, qu’il n’avait aucune issue ?

Reparler de ce qui l’avait châtié des autres le réconforta d’une façon paradoxale. Demain, il partirait en quête, parmi les étagères gigantesques, pour retrouver son ouvrage. Et comme un adolescent qui se réfugie dans ses dessins d’enfant et ses jouets d’autrefois, Ivan replongerait dans son livre. Il comptait trier des souvenirs, bons et réjouissants pour la plupart. Comme un diaporama sépia d’une mémoire fleurie et innocente, Ivan tournerait les pages pour ressentir le parfum de son appartement, de ses amants et de sa liberté passée. Surtout de sa liberté passée.

Le goût de la mélancolie s’estompa très rapidement quand Apolyon répondit à sa dernière question, la plus importante. L’homme parlait avec une telle poésie que le russe en était submergé, captivé par un langage si romanesque destiné à charmer le public, attirer l’attention pour la transformer en estime et attiser la sympathie.

C’était un bond que venait de faire le cœur d’Ivan, comme une surprise lorsque l’on retrouve un ami perdu. Comme un visage oublié qui resurgit d’une surface de glace, comme un parent que l’on retrouve après la mort des espoirs. Le russe avait l’impression de trouver un complice, quelqu’un qui ne s’arrêtait pas aux lignes, aux mots, mais une personne capable de voir au-delà, de donner vie à un récit écrit avec le sang d’un errant. Une personne, aussi rare soit-elle, qui pouvait le comprendre.

Des mots dans sa langue maternelle se perdirent près de son oreille, se mêlant dans une sensualité palpable. Ivan en savoura chaque syllabes, fermant les yeux pou ne se fier qu’aux sons. La parade du roux ne le laissait pas totalement insensible et il se demandait si il ne s’était pas réellement assoupi dans cette bibliothèque, l’œuvre d’Alexandre Pouchkine sur les genoux.
Il répondit néanmoins d’un signe de tête.

-J’avoue, mes t[i]raits mentent, je ne suis pas aussi pur qu’on pourrait le croire. J’ai eu autant d’amants que me le dictait mon envie, mais jamais je n’ai été infidèle et ils ont toujours été ravi. Alors je ne sais pas où se situe mon erreur. Quel est le motif du crime que j’ai accompli qui, en fait, n’en est pas un ?

Demanda le russe, rouvrant les yeux. Il aurait souhaité se réveiller face à un miroir pour reposer cette question face à lui-même. Tout comme il aurait aimé se voir, d’un point de vue extérieur, sa délicate situation dans la cour de justice. Tout comme il aurait voulu être normal, comme ses deux frères qui vivaient entre les bras laiteux d’une tendre épouse anglaise, écoutant attentivement les premiers signes de vie qui poussait, comme une minuscule graine, entre les entrailles de leur aimée. C’était à parié que bientôt, Ivan serait oncle sans le savoir. Un oncle exilé de la famille à qui l’existence, sans aucun doute, resterait muette comme un fantôme oublié pour ses neveux et ses nièces. Honte des Mayakovsky que l’on enterre sous le chagrin, trésor maudit que l’on cache comme une marque indésirable.

Le regard d’Ivan glissa vers Apolyon. Un sourire se dessina enfin sur son visage. Il se pencha vers le Prince, repoussant en arrière les mèches tissées par le crépuscule pour mieux contempler le visage qu’ils gardaient jalousement.

-Mais le mensonge ne fait pas parti de mes crimes, Принц Равенклос, ce livre n’est qu’un partage, une confession de ma part que j’offre à qui veut l’entendre. Aux vagabonds, aux curieux, aux maudits…

Ceux qui attiraient la compassion de l’écrivain. Ceux qu’il arrivait à aimer à leurs justes valeurs. Ivan n’avait partagé son lit qu’avec des garçons perdus, incertains, qui avaient soif d’illusion, de rêves et de bonheur. Il n’était pas de ceux qui parcourent Whitechapel pour apaiser leurs pulsions sexuelles et rassasier leur appétit charnelle. Non, il était celui qui voulait découvrir, la curiosité mal placée mais pas dangereuse. Celui qui voulait partager, celui qui avait peur de la solitude, peur de l’incompréhension.

-Une attention que tout le monde m’a refusée, sauf vous peut-être.

Sur ces mots, Ivan sourit de plus belle. C’était pour lui une découverte. Pour une fois, serait-il celui qui serait recueilli dans les bras d’un autre ?
Le russe marqua une pause avant de reprendre ;

-Le seul élément qui sort de mon imagination tourmenté est la créature qui incite aux milles vices, celle qui n’est pas humaine. Aussi cruelle soit-elle, elle est mon sauveur, sans elle, je serai toujours en train de me débattre au bout d’une des cordes de la justice.

Jamais il n’aurait cru que la bête nocturne la plus perverse qu’il n’ait imaginé serait le semblable de son ange gardien. Oh, il n’aimait pas imaginer la créature avec des ailes blanches ou serviable volontairement. Mais c’était une ironie si amusante, qu’elle en devenait presque triste.
Au fur et à mesure que ses pensées filaient, Ivan se pencha sur Apolyon. Il entrouvrit légèrement ses lèvres, effleurant celles d’Apolyon à plusieurs reprises, rappelant un jeu lascif, une agréable valse languissante. Le baiser vint aussi naturellement que les pas d’une danse qui se suivaient. Les doigts d’Ivan se resserrèrent lorsqu’ils descendirent sur la nuque d’Apolyon. Cela depuis si longtemps qu’il profita de ce contact qu’on avait jugé mal avant son emprisonnement.
Il finit par rompre l’échange, restant toujours près de son complice. Dans un nouvel élan de charme, il retraça de sa langue la courbe de sa lèvre inférieure, goûtant de nouveau à sa peau. Avant d’observer avec une certaine admiration le regard topaze d’Apolyon.

-Est-ce que je trompe si je dis que vous avez également goûter à ce genre de plaisir ?

Il ne doutait pas, à en juger par la façon d’Apolyon d’agir depuis qu’il l’avait accueilli à son réveil.

-Mais avez-vous des limites ?

Aucun ton de défi ne venait teinte sa voix. Il cherchait à savoir jusqu’à quel point Apolyon pouvait le comprendre. N’était-il qu’un gentleman compatissant qui l’écoutait en approuvant machinalement. Où étai-il honnête dans ses paroles ?
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Lun 28 Juin 2010 - 13:54

    Apolyon s'était vilement penché vers l'oreille d'Ivan. Il le charmait, rendant son apparence encore plus divine, les mots semblant glisser sur sa langue tels des baisers qu'il allait déposer directement sur l'âme de son homologue russe. Pourquoi une telle parade ? Mais parce qu'il voulait s'immiscer dans l'esprit du bellâtre russe. Connaître tous ses secrets ... Savoir s'il était capable de commettre une atrocité telle que Bloody Cherry. Car il n'y avait pas d'autres mots pour décrire ce roman : c'était une abomination telle qu'Apolyon les aimait.

    -J’avoue, mes traits mentent, je ne suis pas aussi pur qu’on pourrait le croire. J’ai eu autant d’amants que me le dictait mon envie, mais jamais je n’ai été infidèle et ils ont toujours été ravi. Alors je ne sais pas où se situe mon erreur. Quel est le motif du crime que j’ai accompli qui, en fait, n’en est pas un ?

    C'était exactement les mots qu'Apolyon voulait entendre, et il ne put que sourire. Ivan et lui avait commis les mêmes actes, les mêmes monstruosités, les mêmes pêchés comme le dirait si bien la société. Mais le docteur Ravenclose était du même avis que le russe : était-ce donc un crime d'apprécier la chair d'un autre être ? Pourquoi se concentrait-on uniquement sur le genre de la personne ? Cela n'avait aucune importance. Aux yeux d'Apolyon en tout cas ... Pour lui, un être humain, restait un être humain. La seule différence qui apparaissait c'était au moment de leur mort. Sinon l'être humain demeurait le même, tel qu'un quelconque géniteur l'avait conçu, c'est à dire un paquet de chair et de sang, livré avec un sacrè petit diamant que l'on nommait l'âme.

    Le regard d'Ivan dériva vers Apolyon. Le prince continua de le fixer de cette manière si indécente et si particulière. Il venait de trouver un autre diamant à ajouter à sa collection. Sauf que, contrairement à Castiel, cette petit graine là avait déjà un un caractère, elle avait déjà trouvé ses propres racines. Il ne suffisait que de l'arroser et de s'armer d'un peu de patience ... Apolyon avait déjà hâte de goûter à ce met qui allait sûrement s'avérer être très délicieux.

    -Mais le mensonge ne fait pas parti de mes crimes, Принц Равенклос, ce livre n’est qu’un partage, une confession de ma part que j’offre à qui veut l’entendre. Aux vagabonds, aux curieux, aux maudits…

    – Je peux affirmer sans me tromper que je fais parti de la troisième catégorie. répondit le Prince avec sourire

    Sauf qu'à la différence des autres lecteurs, le Prince se complaisait dans son propre statut. Il aurait détesté naître en tant qu'être humain. C'était un cadeau empoisonné : enfermé dans un corps, être contraint à la morale et à la religion alors que nos propres convictions personnelles étaient en totale contradiction avec tout ce que l'on nous avait appris. Alors qu'Apolyon n'avait pas à se mentir à lui-même et pouvait se jouer avec des autres. Lui seul riait vraiment caché derrière son éventail, tandis que les autres se demandaient comment échapper à cette réalité.

    -Une attention que tout le monde m’a refusée, sauf vous peut-être. ... Le seul élément qui sort de mon imagination tourmenté est la créature qui incite aux milles vices, celle qui n’est pas humaine. Aussi cruelle soit-elle, elle est mon sauveur, sans elle, je serai toujours en train de me débattre au bout d’une des cordes de la justice.

    A ces mots,le Prince ria légèrement. Ivan pensait avoir une imagination débordante, certes il était doué, mais la créature qu'il avait imaginé, celle qui était la responsable de tous ses pêchés, était tout à fait concevable dans la réalité d'Apolyon. Maintenant le tout était de savoir si l'écrivain avait l'esprit assez ouvert pour y basculer ou s'il allait reculer par peur. Mais ne vous inquiétez pas ... Apolyon allait tout faire pour l'écarter du danger et faire en sorte que son expérience soit délectable. Qui avait dit que cela n'allait pas être dangereux ? Non ... le danger allait venir plus tard.
    Les doigts d'Ivan se perdirent dans la chevelure flamboyante du Prince, ce dernier sourit à ce contact : il sombrait lentement. Puis, ce fut les lèvres du russe qui effleurèrent celles du Prince. Le baiser vint très naturellement, tellement naturellement qu'on aurait pu y voir une forme de symbiose parfaite. Il était aussi doux qu'une caresse mais avait la dureté singulière de quelque chose de nouveau. Et cette langue qui vint de nouveau se perdre contre la lèvre inférieure du Prince, c'était tout simplement très appétissant. Ivan était véritablement en train de l'appâter, ses lèvres sur sa peau c'était comme s'il agitait un morceau de chaire fraîche devant Apolyon. Il y avait de quoi saliver et lui arracher ses cheveux, ses vêtements, sa peau, un à un pour voir s'il était vraiment bon. Ou bien si c'était juste une fantaisie de son apparence.

    -Est-ce que je trompe si je dis que vous avez également goûter à ce genre de plaisir ? Mais avez-vous des limites ?

    La question venait de tomber claire et précise : Ivan voulait la vérité. Il voulait savoir s'il se trouvait en face d'un vil imposteur ou bien un camarade d'infortune. Le sourire d'Apolyon s'agrandit. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait ... Il ne savait pas qu'il se trouvait en face d'une abomination tel que son livre, un vice et un pêché vivant qui se nourrissait d'autres vices et d'autres pêchés : on ne l'appelait pas le Prince du Martyr et du Sommeil pour rien. Mais le Prince pouvait concevoir qu'Ivan en doute, après tout, son apparence ne laissait rien transparaître. Aussi, se penchant de nouveau vers les lèvres de son nouvel écrivain préféré, il murmura :

    -Croyez vous que je sois un imposteur mon cher Ivan ? Je ne suis pas un imposteur, je ne me contente pas de vous charmer pour le plaisir. Je ne suis pas un voleur de rêves, je suis dans vos cauchemars ...

    C'était la vérité et rien d'autre qu'il méritait de savoir. Cruelle, peut être, répugnante, très certainement, mais c'était la vérité et rien d'autre. Apolyon s'empara du visage d'Ivan : son visage à l'apparence si candide était désormais enfermé dans une prison d'ongles violet. Le Prince s'empara alors de nouveau de ses lèvres devenues désormais si précieuses. Ce baiser était aussi langoureux que le précédent, Apolyon prenant son temps, sa langue râpant agréablement celle de l'autre,envahissant peu à peu chaque partie de sa bouche. Il lui transmettait un peu de lui-même, un peu de son poison. Il voulait l'intoxiquer pour qu'il soit prêt à accepter ce qu'il allait lui révéler. Les lèvres du Prince dérivèrent vers son cou, marquant cette peau aussi blanche que la sienne. Apolyon s'était légèrement redressé, poussant Ivan dans son fauteuil. Il lui lécha avidement la clavicule, sa main droite dérivant vers l'intérieur de ses cuisses.

    – Vous voulez savoir ce que je suis ? Si j'ai des limites ? Je n'en ai aucune. Je suis libre. Personne ne me contrôle. Tous vos actes les plus inavouables, je les ai déjà commis par le passé. Et tous vos fantasmes les plus immoraux, je suis sur le point de les réaliser. Vous savez qui je suis, vous m'avez créé de toutes pièces. C'est là seule raison qui fait que je me trouve agenouillé devant vous, c'est pour ça que vous m'avez tout de suite reconnu. Arrêtez de vous voiler la face et regardez moi vraiment.

    Chacun de ses mots étaient susurrés, ressemblant à la plus tentante des gourmandises. Chacune de ses phrases étaient élaborées dans le but de provoquer un frisson incontrôlé, tout ça pour qu'il succombe lentement. Les yeux d'Apolyon ne quittait pas ceux d'Ivan, ses lèvres déclamant les pires vérités contre sa joue droite, tandis que ses mains ... L'une d'elle s'était perdue sous la chemise d'Ivan, ses ongles lui rappant délicieusement le torse, l'autre effectuant des cercles dans le creux d'une de ses cuisses.

    – Le monstre de votre roman était-il le fruit même de votre imagination ? Pouvez vous concevoir qu'un tel être puisse exister ? Si oui ... Est-ce que vous laisseriez tenter comme votre héros ? Êtes-vous l'homme maudit que vous décrivez, Ivan ?

    Le Prince espérait que la réponse soit positive et qu'il pourrait assister à un élan de folie de la part de son homologue. Il espérait vraiment.

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Ivan V. Mayakovsky
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mer 7 Juil 2010 - 16:02


You lie silent there before me
You tears mean nothing to me now
The wind owling at the window
The love you never gave
I give to you

Really don't deserve it
But now there's nothing you can do
So sleep in your only memory of me
My dearest mother




Oh non, jamais Ivan n’aurait eu l’audace de voir une telle créature comme un charlatan, ces menteurs effrayés qui, après avoir paradé comme de vrais paons, rejetaient leur nouvel amant. Les pires noms sortaient de leur gorge et des menaces auréolaient leurs poings. C’étaient eux les vrais cauchemars ; ceux qui venaient, plein de curiosité, promettre des plaisirs simples et doux, avant de se braquer violemment, revêtant le manteau de la victime exploitée. Idiotie. C’étaient eux, les vils chasseurs. Mais Apolyon, lui, était différent. On le ressentait, dans ses manières, dans sa voix ; son regard luisait d’expérience. Il n’y avait aucune trace de peur, de maladresse, c’était évident !

Les paroles d’Apolyon le laissaient dans un rêve, une allégorie chimérique de son conte damné. Il n’avait cependant pas décrit la créature de ses fantasmes comme ressemblant à celle qui se tenait perchée au-dessus de lui. L’homme, l’animal qu’il avait imaginé était blond, tantôt doré, tantôt pâle. La peau aussi blanche que la neige et les yeux effilés, habités par une sphère grise qui prenait des teintes bleutés. Deux perles perdues dans un océan paisible. Sur le papier, Ivan avait peint avec sa plume un être chétif, un peu plus petit que la moyenne ; une figure si délicate, expressive et belle que Houdon lui-même n’aurait pu créer son portrait. Chétif, mais qui dissimulait bien sa force de caractère, sa force physique ; une multitude de mystères dissimulée sous cette chair fraîche. Le russe lui avait offert plusieurs noms, car le menteur doit savoir user de plusieurs masques, mais le plus récurrent, que son amant prononçait le plus souvent, était Wilhelm.
Apolyon revêtait pourtant son rôle : le serpent qui dévoilait ses crocs tout en sifflant de douces tentations. Il entamait déjà une approche rapide et lascif. Ivan n’hésita donc pas à poser ses mains sur les hanches d’Apolyon. Qu’elles étaient fines comparées à aux siennes, son corps ne pouvait être qualifié d’androgyne, il était bien trop masculin pour ressemblait aux traits éclatants d’une beauté féline et gracieuse. Quelle dommage, car les androgynes étaient les êtres les plus complexes, ils invitaient la fascination et les questions à la fois, jouant entre deux rôles, défiant la nature qui cherchait à délimiter les deux sexes.

Cette dernière question était très intéressante. Les pages étaient un miroir, une surface cristallisée qui accueillait le reflet de Ivan. Ivan Mayakovsky, n’était-ce pas là le vrai nom de cet homme perdu mais audacieux ?

-Je pense que chaque auteur souhaite réécrire sa vie. Après tout, la vie est une pièce de théâtre avec des rôles mal distribués, n’est-ce-pas ?

Dire cela à un Prince était plutôt ironique, à moins qu’il ne s’agisse que d’un Jeune Roi sans fortune, entouré de richesses fades et rongé par l’ennui. Ivan n’avait pas les mains couvertes d’or, mais son inspiration était son seul bien, une valeur qu’on ne pouvait lui voler, qu’on ne pouvait lui arracher. Il emporterait ses muses et ses rêves dans sa tombe, et si un beau jour, il venait à être libre de nouveau, il continuerait d’écrire, pour lui, pour ses amants, mais jamais, au grand jamais, il scellerait ses plumes et son papier. Et il était prêt à le démontrer à ses bourreaux, à ceux qui l’observaient comme spectateur dans cet asile cruel et inquiétant qui, paradoxalement, était un vrai royaume des songes.
Ladies and Gentlemen, vous avez là une victime bien têtue qui ne se rabaissera pas face à vos insultes ou vos coups.

Mais à présent, maintenant que les lettres avaient pris vie, que les pensées étaient devenues événements ; que sa vie se fondait dans son roman, que son roman s’appropriait sa vie, allait-il céder ? Bien sûr, Apolyon était très beau, et si il était né de l’imagination de Ivan, tel le Chapelier Fou ou la Reine de Cœur derrière les paupières de la Alice endormie, sûrement que le russe aurai cédé. Il avait cette sensation de demie-conscience, un somnambule qui voit et ressent ses fantasmes comme un drogué avec de l’acide coincé dans une mie de pain près du palais. Substance qui gifle notre âme, nous envoie vers un pays extraordinaire, nous rendant idiot pour mieux savourer le moment. Un imbécile heureux. Mais la descente était fatale, on se brisait la nuque sur la réalité et la déception. Et là, on était dépendant, dépendant aux mensonges, se liant à nos chimères cruelles qui souriaient de façon grossière, mais est-ce que tout allait vraiment bien ?

Quand ce n’était pas Ivan qui décidait de sa voie, il reculait. Et ce, même si les gestes du Prince semblait si doux, cette façon traduisait une habitude, pas les intentions bonnes ou mauvaises. Il réunissait dans sa seule enveloppe charnelle les plus beaux amants que l’homme avait eu, ces jeunes garçons-de-joie qui lui manquaient tant, ces amis intimes avec qui partager les plus folles idées. Le mensonge n’existait pas à Cleveland Street, la joie pétillante, les folies douces et l’amour insouciant triomphaient avec succès. L’amour qui n’ose pas dire son nom avait un royaume, un vrai, qui fut détruit par la presse et le regard des autres. Les bâtiments et les couples criblés par leurs yeux, les fusillant, eux les pauvres victimes. Roméo et Juliette eux-mêmes étaient mieux compris.
Mais ici ? Ce monde inconnu qu’Ivan ne pouvait comprendre, il devait, depuis son arrivée, se contenter d’interpréter. Et il avait rencontré mensonge et mystère. Une folie brûlante, aussi intimidante qu’une tornade.

-N’y voyez là rien de vaniteux, Принц Равенклос, mais lorsque ce n’est pas moi qui dirige l’histoire, lorsque le destin m’échappe des mains, j’avoue que l’avenir m’effraie. Je savais que l’homme qui porte mon fardeau avec moi allait se suicider à l’arsenic aux dernières pages de mon roman. Mais moi ? Est-ce que j’aspergerais aussi ma langue avec divers poisons si je laissais mes désirs glisser vers vous ?

Le russe lui sourit de la façon la plus courtoise possible. Il ne cherchait pas à contrarier le Prince, la chasse aux ennemis n’était pas dans ses hobbies. Pour éviter de froisser l’homme roux, Ivan se justifia en posant ses mains sur les épaules d’Apolyon.

-Au détour d’une rue, au fond d’un café, dans un rang reculé au théâtre, je ne cache pas que je vous aurais certainement invité, j’aurais prit un grand plaisir à admirer votre côté dandy, à vous embrasser. Mais nous sommes dans la bibliothèque d’un asile, je suis un patient perdu entre quatre murs qui passe son temps à nourrir des rêves et à regretter son passé. Je ne me suis pas assez familiarisé avec ce monde pour accepter les surprises qu’il m’apporte, aussi agréables soient-elles.

Ivan n’avait jamais connu d’endroit si étrange, même dans le creux de son cerveau il ne se cachait pas de bâtiment plus sombre et plus terne. Une grotte de glace serait plus chaleureuse et pourtant, Ivan se souvenait de l’hiver de ses neuf ans où il avait cru être destiné à mourir dans un cercueil de glace. Il s’était aventuré, un après-midi enneigé dans un terrain de coton rigide. La Mer de Glace de Caspar David Friedrich était vivante devant ses yeux, l’émerveillant, l’effrayant… C’était réellement idiot, mais il voulait prouver à ses deux grands frères combien il pouvait être débrouillard et valeureux sans eux ; traversant la neige comme un lapin terrifié. Quand l’un de ses pas l’avait vautré dans un trou de glace, un cocon de neige assez profond. Il était resté près de deux heures, deux heures qui devenaient alors des journées entières pour lui. Coincé dans ce berceau glacial, il s’était imaginé le visage de sa famille devant son cadavre congelé, la rigidité de son corps immobile, la pâleur des morts sur ses traits, l’éclat de ses yeux volé par la Faucheuse.
Cette impression, il la ressentait à nouveau ici : perdu dans l’oubli froid et inconnu, ne sachant combien de temps il pourrait tenir, combien de temps allait-il vivre dans cette situation. On pouvait croire que la peur, une fois adulte, s’estompait, mais au contraire ; car Ivan était toujours certain qu’aucune main ne se tendrait vers lui. Bloqué dans sa prison d’argent, il n’incitait la pitié pour personne. Et puis après tout, c’était sa propre famille qui l’avait jeté dans ce monde.

Il chassa cet atroce souvenir, ayant peur que ses mains redeviennent aussi froides en endolories que ce funeste jour blanc. Ivan reprit son sourire et observa Apolyon, porté sur un nouvel humour ;

-Je ne me voile pas la face, Принц Равенклос, mais j’ai l’impression que vous vous amusez à porter le masque de la créature que j’ai inventée. Vous ne ressemblez à aucune de mes anciennes connaissances, je le sais très bien, mais ôtez votre masque, j’ai le sentiment que votre personnalité est plus intéressante que le monstre de Bloody Cherry que vous essayez d’imiter.

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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Sam 2 Oct 2010 - 21:27

    Le Prince était un prédateur redoutable. Même une personne qui avait milles amants, s'était glissé, infatigable et insatiable, chaque nuit dans des draps différents, même si cette personne l'aurait trouvé désirable. La nature était tellement bien faite. La beauté physique était toujours largement accordée à ceux dont l'intérieur était complètement fêlé, complètement fissuré. Car Apolyon avait mené une vie de Dorian Gray. Buvant, jouant, aimant ou du moins aimant les formes et les corps ... A la différence près, que lui n'avait pas d'âme et qu'il demeurerait éternellement beau. Injuste, complètement et foncièrement injuste, mais une fois de plus, la nature avait très bien fait les choses.
    Alors évidemment, dans l'esprit très simpliste d'Apolyon, les choses n'auraient pas dû être différentes avec Ivan. Mis à part une certaine fascination pour ses talents d'écrivain, il serait très certainement comme les autres poupées du Prince. Du genre que l'on a tout le temps contre soi et qu'on étouffe tellement on est possessif. On les bourre et on les coiffe en pensant le faire du bien, ignorant cette petite voix sadique -oh conscience- qui nous susurre qu'on les fait délicieusement souffrir.

    Aussi, surprise des surprises lorsque l'écrivain aux origines éloignées exprima son refus. Ainsi c'était cela qu'il désirait d'Apolyon ? Une simple et lancinante conversation. Le Prince s'écarta poussa un soupir, ses yeux toujours fixés sur celui qu'il considérait il y a encore quelques secondes de cela sa proie. Hors de question de lui force la main, il devait accepter la défaite. La sentence ne marchait vraiment que si la victime implorait la plus pénible des sentences de son bureau. Même Apolyon ne pouvait piétiner le vœu du jeune homme et faire comme si de rien était.

    Il ne laissa rien paraître mais préféra battre en retraite et se laisser gracieusement retomber sur le sol, boudant avec bien plus de classe et d'élégance que n'importe quel Lady. Sa tête était posé sur l'accoudoir du fauteuil, ses cheveux se déversant en torrent de feu sur Ivan, son épaule droite était appuyée contre le fauteuil et il avait ramené une de ses longues jambes contre son torse, ses mains autour de cette dernière. Le Prince avait réussi à faire de cette position une pause très naturelle, seule sa grandeur laissant transparaître son originalité. Il leva les yeux vers Ivan avant de déclarer :

    Il semblerait que nous ayons plus d'un point commun mon cher ami. Nous aimons tous les deux avoir le contrôle, une seule différence, contrairement à vous je ne demande pas simplement la permission, je prends le contrôle.

    Ivan et Apolyon pouvaient sans peine se faire passer pour des anges déchus. Leur plastique superbe et la façon dont ils maniaient les mots ... Ils auraient pu faire croire aux autres mortels qu'ils s'étaient égarés en tentant de retrouver le chemin du Paradis. La seule différence, c'est qu'Apolyon était un véritable monstre. Et que contrairement au russe, il avait vu le Paradis et avait eu le plaisir de massacrer des Anges ...

    Je vous aurais croisé au détour d'un café, je vous aurais très certainement invité. Je vous aurais embrassé pour vous distraire tout en glissant un quelconque narcotique dans votre boisson. Hmmm ... Cela aurait été grandiose. Absolument grandiose ...

    Le Prince avait dit cela sur le ton de la conversation, reposant négligemment sa tête sur l'accoudoir. Il imaginait très bien la scène. Ivan serait ensuite tombé dans une douce inconscience et Apolyon, un sourire démoniaque aux lèvres, l'aurait emmené jusqu'à ses appartements. Il l'aurait attaché ses quatres membres au barreau du lit et aurait attendu qu'il se réveille. Pas question de profiter de lui sans sa parfaite attention, non ... Il aurait attendu qu'il revienne à lui en caressant sa douce chevelure et en plantant ses longues dans son crâne ... Apolyon en aurait certainement profité. Et puis l'écrivain méritait un traitement spéciale. Pas le fouet mais sans doute la cravache, il ne l'aurait pas bâillonné mais ce serait délecté de chacun de ses cris.
    Mais les paroles du jeunes hommes offusquèrent le Prince, Ivan semblait encore dubitatif. En un simple mouvement, Apolyon fut sur ses genoux, sa tête se retrouvant ainsi au niveau de celle du Russe.

    Vous pensez donc que je porte un masque ? C'est à la fois très flatteur et très insultant. Pour répondre à votre question, disons simplement que je porte un masque si parfait qu'il épouse parfaitement les courbes de mon visage et que mes défauts les plus retors passent au travers. Je serai capable de vous éplucher la peau et de vous dévorez le cœur avec une petite cuillère sans aucun scrupule, juste pour le plaisir. Un masque ? Je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas un imposteur, utilisez votre imagination.

    Comme Lucifer en personne, Apolyon n'avait pas besoin de mentir. La croyance populaire était fausse, la vérité seule suffisait. Ivan jouait le faux crédule, il ne voyait pas le Prince tel qu'il était. Au delà de sa cruauté et de sa malice, il était un être né d'une abominable union. Un être engendré lors de la première éclipse. Sa première vision n'avait été que du noir, puis du rouge et enfin la réalisation d'être creux et vide ... D'être différents. Il ne savait pas comment cela se déroulait pour les autres démons. Apolyon s'en moquait, Ivan devait juste croire en sa réalité. Aussi, se penchant vers l'autre, il lui mit une main devant les yeux, obscurcissant sa vision.

    N'ayez pas peur de sombrer pour découvrir la vérité, je peux que vous assurer que les ténèbres sont très accueillantes. Un seul soucis cependant, si vous tombez ... Je ne vous rattraperai pas.

    Oh cruelle vérité !

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Ivan V. Mayakovsky
Humain † L'Oscar Wilde Soviétique
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Lun 29 Nov 2010 - 0:17

Spoiler:
 






Tel un enfant seul, sans attache familiale et livré à lui-même et ses peurs, Ivan plaqua ses mains sur son visage et recouvra ses yeux d’une voile charnelle pour les plonger dans le noir. Si il y avait autant de ténèbres, autant d’ombre, alors qu’elles le noient. Qu’elles le noient. Qu’elles l’engloutissent. Jusqu’à ce qu’elles-mêmes ne puissent plus le voir. Mais évidemment, aucun océan sans fond, aucune mer d’ombres ne viendra répondre à ses attentes. Elles ne lui offriraient pas ce plaisir.

N'ayez pas peur de sombrer pour découvrir la vérité, je peux que vous assurer que les ténèbres sont très accueillantes. Un seul soucis cependant, si vous tombez ... Je ne vous rattraperai pas.

Ivan appuya un peu plus sur ses paumes. Mais ses oreilles entendaient toujours, son nez respirait encore, sa peau percevait les sensations. La noyade était loin. La bibliothèque était sèche, brûlante et le mettait face à la réalité. Le cauchemar ne prendrait pas fin.
Il réfléchissait comme un enfant ; lorsqu’il rêvait, perdu dans ses draps et son propre sommeil, que Baba Yaga l’attirait dans sa demeure perdue dans une sylve démoniaque pour enfin le dévorer, la sorcière slave ne savourait jamais complètement son repas. Le soleil, tôt au tard, venait frapper à sa fenêtre et le sortir de son lit, le rassurant en montrant sa chambre dans une lueur blanche. Sa chambre partagée avec ses deux frères, l’un se moquant de lui, l’autre pleurant parce que le cauchemar semblait si vrai qu’il venait lui aussi le tourmenter. Le russe se disait alors que la nuit ne serait pas éternelle, même ici et que l’Astre du jour, se hissant à temps dans le ciel, viendrait chasser la créature qui rappelle son propre fantasme morbide pour le mystère.
Du moins, il l’espérait.

Ses mains s’écartèrent. Il avait mal aux yeux désormais, mais il n’avait pas le choix. Apolyon était toujours pas, si près de lui à le terrifier. C’était une invitation forcée. Alors dans ce cas, qu’il rentre dans la valse.

-J’ai passé le point de non-retour, n’est-ce-pas ? Au moment où j’ai franchi la grille à l’entrée de l’asile… Non, au moment où le juge a prononcé mon transfert au Middleton Asylum, j’étais déjà condamné ?

C’était une vérité terrible, mais il devait s’y plier. Se soumettre à l’idée que plus jamais il ne retrouverait sa ville natale, plus jamais il ne reverrait ses frères qui l’avaient trahi, ses parents qui l’avaient renié, ses amis et amants qui l’avaient oublié. Il fallait qu’il l’accepte, même si l’idée terrible qu’il mourrait ici, loin de ses songes, près de ses peurs, sans identité comme une âme en peine lui enserrait le cœur d’une étouffante et brutale étreinte. Sa respiration semblait se bloquer. Il s’excusa auprès du démon avant de s’en écarter et se diriger, d’un pas assez rapide qui trahissait son malaise, vers l’une des fenêtres. Ses mains moites débloquèrent la poignée et il accueillit l’air glacial de la nuit. Faisait-il froid ainsi dans tout Londres ou n’était-ce qu’aux alentours de ce manoir ? Il s’en savait rien. Mais Ivan qui avait grandi dans le froid et la neige ne retrouvait plus leur aspect qui était autrefois rassurant. Ses souvenirs d’enfance se diluaient dans les craintes et bientôt, déserteront sa mémoire. Là, il chutera. Sans rêve, sans goût, sans passion, il finira par chuter au fond.
Si la brise hivernale ne l’aidait pas à mieux respirer, au moins, elle picotait ses joues d’une gifle fraîche pour le réveiller : si il se montrait si faible, les démons ne prendraient que davantage plaisir à le tourmenter. Une proie facile. Autant répondre à leur attente et faire durer la danse. Pour son propre bien-être, il fallait qu’il s’accroche, même à des bribes de mémoire, à des joies déjà fanées… Il devait s’accrocher.

-En effet, elles me semblent bien accueillantes, Принц Равенклос, mais ne vous donnez pas la peine de guetter. Je ne tomberai pas.

Ses doigts pianotèrent distraitement sur le rebord en bois. La Lune avait passé le zénith et ne dominait plus le ciel, la Reine des Ombres passait déjà son chemin en s’éclipsant avec langueur vers l’horizon. Elle avançait lentement mais sûrement. L’aube approchait, mais il ne fallait pas qu’il s’impatiente trop : le temps était sale à Londres et il devrait se contenter d’un soleil timidement enveloppé de nuages.

-Je tomberai lorsque le sommeil me fera succomber. Car je ne prétends pas pouvoir tenir votre rythme infernal et je m’écroulerai bien un jour, mais ce sera pour ne plus jamais me relever.

Il finit par s’écarter de la fenêtre, la laissant grande ouverte comme pour surveiller correctement l’allure du ciel, pour se rassurer et que, effectivement, l’heure tournait, le temps passait. Le russe revient auprès du Prince, l’observant d’un air presque peiné avant d’hausser les épaules.

-Mais j’ai cru comprendre que vous appréciez aussi la compagnie des cadavres, sûrement que ma chute ne vous affectera pas.

Un dernier coup d’œil vers l’astre de la nuit. Si seulement elle pouvait se matérialiser en cette éclatante boule de feu et chasser les ombres du tableau et le réchauffer un peu.
Ivan se risqua à avancer sa main sur la chevelure sanguinolente du Prince. Apolyon Ravenclose, s’appelait-il, mais quel autre nom possédait-il ? Était-ce au moins le vrai ou un déguisement pour ne pas effrayer les hommes et leur laisser un avant-goût ?

-Démons… Vous êtes donc bien réels…

Murmura-t-il pensif.
Les autres créatures existaient-elles alors aussi ? Ivan déglutit difficilement ; les Banshees, les Lycanthropes, les Vampires… soudain, il se rendit compte : il pouvait cesser de surveiller la fenêtre, l’Astre du Jour ne le sauverait pas cette fois, car Baba Yaga existait, en chair et en os, elle était là. Et lorsque demain, il se réveillerait, il émergerait d’un sommeil dans une chambre qui n’est pas la sienne, seul et sans frère pour pleurer avec lui ou se moquer.
Il se risqua quand même une question ;

-Vous verrai-je encore lorsque le jour se lèvera ? Ou, comme toutes les légendes le disent, les créatures de l’ombre ont peur du soleil ?
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MessageSujet: Re: La Dame de Pique | PV. Apolyon Ravenclose   Mar 28 Déc 2010 - 19:14

    Apolyon n'allait plus répondre à ses questions, du moins pas pendant les quelques minutes qui allaient suivre. Il devait le laisser, comme n'importe quel pèlerin égaré dans une montagne, trouver le chemin du retour. Et quel chemin … Peut importait sa condition physique, seul ceux qu'il s'apprêtait à rencontrer avait de l'importance. Car oui, Ivan était condamné, doublement condamné même : de par sa folie tout d'abord, mais le Prince le savait qu'elle lui avait été délivrée par une muse bien cruelle, et ensuit pas sa présence au manoir Middleton. Oui, ce juge ne savait pas qu'il aurait dû prononcer une sentence de mort : cela aurait été moins fatal pour le rêveur qu'il était. Car y avait t-il quelque chose de plus horrible, de plus profond et de plus creux que de savoir qu'on n'allait pas mourir ? Le maître des lieux ne le permettra pas, non, ils étaient tous des marionnettes, à la solde de leur propre plaisir. Macabres horreurs, sombres désirs, qui allait les sauver ?
    Plus personne n'allait venir les délivrer, lui le Prince rendait-il service en annonçant la vérité au nouveau fou de sa cours ? Le Prince n'en avait que faire, il ne se devait pas de mentir à ceux qui allaient demeurer à ses côtés, de vulgaires attitudes n'étaient bonnes que pour ceux qu'il allait dévorer. Non, Ivan n'était qu'au début du voyage, à quelques pas d'un monde plus dur et bien plus cruel que sa réalité, un monde de brutes, de chairs et de sang dont il se contentait pour l'instant d'effleurer le rideau. Le geste était similaire à sa caresse dans les sanglants cheveux d'Apolyon.

    Ce dernier ne disait rien, fixant l'artiste dans un silence quasiment solennel. Il ne pouvait et ne voulait altérer son jugement, il fallait que la réalisation le frappe et le pénètre aussi subtilement que le fait de respirer. Alors le Prince demeurait silencieux, lui qui d'ordinaire était un frappant tableau de vitalité, il fixait le russe. Mais un sourire réussit à percer son maigre masque lorsqu'il lui demanda s'il comptait disparaitre en même temps que la nuit qui s'étirait face à lui… Oh si seulement, mais Ivan était encore à moitié endormi s'il pensait toujours cela …

    "Je ne suis pas une chimère, je suis bien réel. La chevelure que vous êtes en train de caresser ne redeviendra pas poussière à l'aube. Je suis aussi concret que toutes les beautés que vous contemplez à votre fenêtre … Je vieillis juste beaucoup plus lentement."

    Toutes les choses n'étaient pas immuables, en fait, seule la Mort l'était. Même Apolyon finirait par s'éteindre un jour, il en était certain. On pouvait penser que les autres démons n'allaient pas mourir, mais il n'était pas comme les autres. Il s'était extirpé avec force d'un corps comme le plus commun des hommes, alors il était logique que tout comme ce dernier, Apolyon finisse par mourir un jour, non ? Quand ? C'était une vraie question. Il ne le savait pas, il ne le savait pas lui même, mais un matin son faux coeur cesserait de battre et il se consumerait de lui-même, sans l'aide de personne. Ce serait une métamorphose des plus belles et des plus subtiles qu'il faudrait coucher sur du papier, non plutôt une apothéose … Car Apolyon n'était au final que ce vieux chêne décharné dont les branches continuaient de pousser plus par habitude que pour vivre, les veines violacées sur ses avant bras en était la preuve la plus flagrante, et la meilleure façon de se débarrasser de lui était le feu. Il allait donc mourir comme la plus brillante des étoiles et il trouverait enfin le vrai et véritable sommeil.

    "Et pour répondre vraiment à votre question … Je ne sais guère ce qu'il advient des autres créatures lorsque survient le jour mais moi … Il m'agace particulièrement. car voyez vous … je suis né en pleine lumière. Il y a les autres … Et il y a moi."

    Ses yeux finirent par quitter ceux de l'autre pour retomber dans le vide et même par légèrement pâlir. S'ils étaient le reflet de son humeur, mais à quoi donc pensait le Prince ? Qu'est-ce qui occupait cette silhouette décharnée et plus massive que la normale ? Ivan l'avait poussé à réfléchir, l'écrivain était doué et doté d'une innocence toute nouvelle qui se tournait vers le monde. Apolyon priait secrètement pour qu'il ne se fasse pas dévorer par quelqu'un d'autre que lui.

    "Je m'attendais à une réaction plus vive de votre part : je vous annonce que votre monde imaginaire est tout à fait réel et vous ne paniquez pas. Etes vous si las de la vie que plus rien ne peut vous surprendre ou bien est-ce que vous songez déjà à votre prochaine nouvelle ?"

    Apolyon avait parlé sur un ton un peu plus haut que le murmure, comme s'il ne voulait pas déranger la nuit en personne, et il s'installait avec plus d'aise sur le fauteuil où son dos résidait. Il croisa négligemment ses jambes sur le sol et lia ses mains. De simples gestes qui étaient en quelque sorte sa manière de s'étirer, l'animal qu'il était ne voulait guère s'endormir maintenant. Non, il était certain qu'Ivan allait lui raconter une autre histoire.

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