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 Claudia Duffaïs [UC]

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MessageSujet: Claudia Duffaïs [UC]   Lun 24 Mai 2010 - 23:53



    Nom & Prénom ; Duffaïs Claudia
    Sexe ; Féminin.
    Âge ; 22 ans.
    Date de naissance et Lieu, si possible... ; le 02 Mai, une si belle journée de printemps... dans une maison de campagne à quelques milles de Paris.
    Raison de l'admission ; La phobie semble être la seule raison de son internement... La réalité est bien autre, peut-être un excès de provocation...





[list]Physique ;
Un minimum de 13 lignes/250 mots.

Caractère ;
Un minimum de 13 lignes/250 mots.


Dernière édition par Claudia Duffaïs le Mar 25 Mai 2010 - 0:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Claudia Duffaïs [UC]   Lun 24 Mai 2010 - 23:54




- Qu'est-ce ?
- C'est un phonographe, miss. (Claudia grimaça à la mention de son titre anglais) Une des merveilles de la technologie moderne...
- Et... à quoi cela va-t-il servir ?
- Vous allez parler devant et ça va enregistrer tout ce que vous dîtes.
- Vraiment ? Pourquoi faire ?
- C'est pour envoyer l'enregistrement à... à, vous savez...
- Oh, oui, je vois... Donc, que dois-je dire devant... euhm, devant cette boîte ?
- Essayez de raconter votre vie...
- Ça ne va pas être très aisé, mais je vais essayer... Je peux parler en français ?
- Je ne pense pas que ça les gênera... Allez-y.

Claudia posa ses mains sur ses genoux et eut une petite moue. L'homme austère en face d'elle attendait patiemment. Elle se lança enfin.

" Je suis née un certain jour de Mai à la campagne, près de Paris. Vous savez, les femmes à Paris n'aiment pas qu'on les voient enceintes. Surtout les personnes aussi coquettes que ma mère. (Elle rit un peu) Elle s'est donc rendue à la campagne où son mari, mon père, oui, je le précise car vous savez, on est jamais sûrs, possédait un très beau château. D'ailleurs je ne sais pas pourquoi j'utilise le passé, il le possède toujours. (Claudia remit une mèche de cheveux derrière ses oreilles, un peu nerveuse) Elle accoucha sans difficultés bien que je fusse son premier enfant.
Mon père aurait préféré un garçon, cela est sûr. Mais il ne m'en tint pas rancune. Je pense même que ma mère m'en fit plus cas, elle désirait ardemment un garçon, mais pas vraiment pour les mêmes raisons que mon père. Elle voulait un être qui fut libre. Pas une fille condamnée à attendre dans un couvent l'heure de son mariage.
Je n'ai pas beaucoup de souvenirs des premières années de ma vie. Qui en a vraiment d'ailleurs ? Mes parents ne m'ont pas raconté mon enfance. Je n'ai de véritables souvenirs clairs et précis que depuis mon arrivée au couvent. C'est une pratique courante en France, de mettre les filles au couvent pour les éduquer. (Sa voix se fit plus mélancolique) Ces lieux fermés, clos, sombres au plafond bas où on vous emmaillote dans de longs vêtements noirs. En réalité... c'est plutôt étonnant... (elle eut un petit rire). J'y ai appris toutes les choses qu'on doit vous taire là-bas. Bien sûr, on nous faisait prier et jeûner, on nous disait que nous étions toutes des Eves ou des Liliths, la cause de la misérable condition de l'homme. Mais une fois le soir tombé... les pensionnaires les plus anciennes nous donnaient des Romans. Ils étaient très épais ou très fins et on nous disait de bien les cacher car quiconque serait pris avec l'un d'eux serait sévèrement puni ! C'étaient bien sûr des Romans d'amour dont les jeunes filles raffolent. J'en lisais des dizaines. J'étais... intriguée par ce sentiment, cette tourmente que les auteurs nomment "amour", cette passion, ce feu dévorant et si souvent interdit ! Ce... pouvoir qu'il pouvait avoir. Est-ce que je dois vraiment tout dire ? demanda Claudia, inquiète. L'homme hocha la tête et lui sourit en signe d'encouragement.
Mes deux camarades de chambre étaient en proie à ce sentiment. L'"amour". Oui, deux filles. Ce n'était pas si étrange que ça, au début, juste, les livres n'en parlaient jamais. Je les aimais bien, mes deux camarades de chambre. Elles étaient très jolies et très sympathiques. Elles étaient un peu plus âgées que moi et elles aimaient coiffer mes cheveux. J'étais leur poupée. (un vague sourire s'étendit sur ses lèvres) Oh, je sais à quoi vous pensez. Non, elles ne me forcèrent jamais à faire quoique ce soit avec elles. Mais c'est elles qui m'ont insufflé cette idée que cet amour-là n'était pas mal...
Ma mère mourut trois ans après mon arrivée au couvent. Je sais que les convenances voudraient que je disent que sa mort m'a affectée. Mais ce n'est pas le cas. Je n'avais eu d'elle que très peu de souvenirs et ils n'avaient pas été ceux d'une mère aimante et affectée. Ce fut mon père qui m'envoya une courte lettre remplie de clichés et de convenances. Mais mon état de pensionnaire ne me permettait pas d'assister aux funérailles. D'ailleurs, un objet bien plus intéressant occupait mes pensées cette année-là. Cet objet avait pour nom Cécilia. Cécilia, un doux nom pour une véritable femme aux moeurs... qui pouvaient laisser à désirer. Elle avait été mise au couvent car, enceinte d'un amant, elle n'avait pas put épouser l'homme qu'on lui promettait. Je la trouvais... passionnante. Cette femme d'amour qui faisait subir ses charmes aux hommes qu'elle choisissait, cette femme qui se donnait entièrement et qui connaissait si bien le monde.
Oui, fit Claudia songeuse, on peut dire que le couvent fut la période de ma vie où je pus apprendre le plus de choses quant à la société. D'un côté, il y avait ces femmes austères vieilles ou laides qui nous disaient que nous étions la cause du malheur des hommes et que, pour réparer ces fautes que nous n'avions pas commises, il fallait se soumettre à eux et à Dieu. De l'autre, il avait toutes ces femmes, ces Cécilia et ces compagnes de chambres qui, profitant de l'absence des hommes, parlent avec une liberté que j'ai rarement pu entendre depuis. Ce fut Cécilia qui m'apprit tout ce qu'il y avait à savoir sur le monde, la façon dont on s'y tenait, ce qu'on disait et surtout ce qu'on taisait. L'"amour" semblait y être la chose, la valeur la plus forte qui pouvait tout détruire sur son passage : amitiés, morales, bon sens, raison...

Et puis... et puis enfin vint l'heure de ma sortie du couvent. J'avais seize ans. L'âge où tout le monde veut nous faire croire que nous sommes encore de jeunes filles innocentes mais on sait déjà, à cet âge-là quelle véritable pouvoir les femmes ont sur les hommes. Si on ne le sait pas à seize ans, je me demande bien quand on l'apprend. Ce jour-là fut... riche en émotions diverses. Quelque chose de si simple : prendre des habits normaux et sortir de l'enceinte de ce bâtiment qui en fait, était chargé en symboles. Ce fut mon père lui-même qui vint me chercher. Toutes mes compagnes étaient agglutinées autour de moi ! Elles étaient penchées à la fenêtre avec moi pour savoir à quoi ressemblait mon père et je dois dire que... qu'il était encore très beau, fit Claudia de sa voix un peu rêveuse. Puis, elle ajouta amèrement. Il était encore libre et fier.
Ce fut lui qui apporta aux mères supérieures l'habit avec lequel il voulait me voir sortir. Ce fut la première fois que j'étouffais dans un corset. Mais la sensation de devenir enfin belle m'excitais tellement que je me fichais de mes poumons comprimés. Je fis mes adieux à mes compagnes de couvent. Cécilia, les deux jeunes femmes de ma chambre... Je leur écrivis souvent par la suite. J'espère qu'elles ne s'alarmeront pas trop de mon silence si soudain. Mais j'étais libre. Enfin libre.
C'est avec une magnifique robe blanche ornée de fleurs en tissu de la même couleur que je descendis vers mon père. Il était grand, bien bâti, une vraie armoire à glace, mais avec la classe que son rang de Marquis exigeait de lui. Il n'a jamais été très bavard, du moins avec moi. Il se contenta de me faire le baise-main et de m'aider à monter dans la voiture (ndla : non, je ne fais pas d'anachronisme, c'est juste comme ça qu'on appelait les calèches à l'époque ^^"). J'étais très intimidée par cet homme et j'avais tellement de mal à croire que c'était mon père !

La vie au château était bien plus reculée et solitaire que ma vie au couvent. Ironique n'est-ce pas ? On s'attends à ces fastueuses fêtes, ces réceptions, ces bals chatoyants... et on ne trouve qu'un épais château de pierre froid et vide. Le Marquis de Duffaïs aimait la lecture, le vin et la chasse. Ces plaisirs qui ont en commun le fait qu'on peut très facilement les apprécier seuls. J'avais beau être renseignée sur tous les types d'hommes que je pouvais rencontrer dans le monde... Mon père restait mon père et j'avais avec lui une certaine timidité. Je lui faisais la lecture quelques fois, mais alors que mon coeur de jeune fille penchait pour les Romans, son coeur d'homme endurci et célibataire préférait les moralistes et les théologues. Ma qualité de jeune fille m'interdisait également le vin et la chasse. Dans quel ennui étais-je donc plongée, seule dans ce château vide. J'écrivais à mes amies au couvent et parcourrait sans fin les jardins, le château, la bibliothèque. J'étendis le champs de mes lectures finalement. J'ouvrais les critiques d'oeuvres d'art, les biographies de grands hommes, les traités sur la littérature, le théâtre, la morale, Dieu. Je lisais avec la même vive émotion les tragédies classiques et la poésie de mon temps. Le "mal du siècle" devint mien.
Le Marquis, je l'appelais ainsi comme tout le monde au château prenait seulement le dîner avec moi et restais quelques fois plusieurs minutes à m'observer ou à parler de choses et d'autres avec moi. Toujours des choses affreusement banales. Quand il avait des invités, il me faisait soigneusement enfermer dans ma chambre. Il avait peur que je connusse les malheurs qu'une jeune fille puisse rencontrer dans le monde. Mais un soir, comme vous pouvez l'imaginer, tout dut changer.
Mon père recevait du monde. Il en recevait rarement et toujours avant la saison de la chasse. Aujourd'hui, il en recevait et, avec chaque heure qui passait, le nombre de voitures semblait augmenter. Mais je m'en inquiétais peu, les affaires de mon père n'étant pas les miennes. Jusqu'à... jusqu'à ce qu'il me fasse appeler. Parfaitement. Il recevait des invités et, après m'avoir enfermée, il me demandait expressément de descendre.
J'obéis après m'être préparée et descendis dans une innocente robe d'un bleu pâle. La salle était remplie, les murs étaient brûlants et les rires emplissaient la salle. Cette atmosphère m'était complètement étrangère. Mais je le masquais et entrais. Mon père me présenta à quelques hommes dont je n'aimais pas les regards qu'ils me portaient. Ces yeux vitreux qui ont cette étincelle malsaine tandis qu'ils se posent non pas sur votre visage mais sur votre corsage. J'avais dix huit ans et aucune véritable expérience de la proximité d'un homme. Mais ce ne sont pas eux qu'il faut craindre. La personne qu'il me fallait craindre fut celle que j'accueillais avec soulagement : la seule femme présente dans la salle.
Comment... ? Comment vous faire passer ce qu'elle avait... ce qui faisait qu'elle était elle et pas une autre ? Une certaine classe. Une classe indicible, magnifique, sinistre, morbide. Son sourire, ses lèvres d'un rouge vulgaire, toute sa poudre, sa longue robe de taffetas noire. Mélissa. Elle s'appelait Mélissa. Un nom aussi doux que les flammes de l'Enfer qui devaient me consumer. Elle me parla, elle me prit à part, elle me servit du vin. Elle était très douce, patiente et maniérée, empressée. Elle caressait avec un certain dévouement mes cheveux dorés. Elle me buvait entièrement. Mais son charme n'était encore rien sur moi. Je n'étais pas encore son but. Non, son but c'était le Marquis. C'était mon père. Je me demande si toutes les femmes font comme cela ou si Mélissa est vraiment unique. Elle brisa mon père. Mon père, cet homme fier, secret et arrogant. Claudia pouffa un peu. Brisé. Comme un petit pantin entre ses doigts fins. Elle dormit avec lui cette nuit-là. Et l'autre. Et l'autre encore.
Pendant cette semaine-là, je la détestais tout bonnement. Je la haïssais de faire cela à mon père. Elle lui lisais des poèmes sapphiques et des romans épistolaires d'un autre temps. Je la jalousais en quelques sortes : elle réussissait si simplement à faire tout ce que j'avais échoué ! Et elle était si.. diablement belle. Elle tua mon père. Elle le poussa à bout. Je vous l'assure ! C'est elle qui, en restant à ses côtés, nuit après nuit, l'affaiblit, le vida de son sang, de son énergie, de toute sa puissance. Et ses fausses larmes, et sa fausse détresse quand elle vint pleurer dans mes bras après avoir "retrouvé" mon père mort dans les draps comme par miracle, vidé de tout son sang alors qu'il n'y en avait pas une goutte sur le lit. Oh oui, je la haïssais ! Je la haïssais comme je l'aimais.

Ce fut cet amour honteux et coupable envers l'amante de mon père qui me poussa seul à accepter qu'elle reste tout de même au château alors que mon défunt père était enseveli par des monceaux de terre. Mais je l'évitai. J'avais lu toute la bibliothèque, alors je classai les livres, je tenais un journal, je repris mes correspondances, je tenais la maison. J'avais toujours à faire. Je me débattais comme une petite mouche dans sa toile et elle, veuve noire, me regardait en souriant.
C'était... La voix de Claudia redevint rêveuse. C'était une belle journée de printemps. MOn dix-neuvième anniversaire approchait. Je me promenais, dans une belle robe blanche très féminine dans le jardin, pieds nus parmi les fleurs. Le soleil caressait doucement ma peau et toute ma haine et la froideur du château semblait s'être envolée de mes épaules. Je m'allongeais sur l'herbe entre les fleurs blanches, pensant au merveilleux tableau que cela devait donner.
Elle me regardait. Grande et puissante dans l'ombre d'un arbre tout proche. Elle était assise et faisait semblant de lire dans l'ombre paisible du chêne qui me m'atteignait pas. Je lui souriais. Un sourire narquois, froid, plein de malice et de provocation. Je lui disais, viens dans ma lumière si tu l'oses. Et elle ne faisait rien, elle m'observait. Je finis par détourner le regard de lassitude. A ce moment-là, elle s'assit à mes côtés. Pile à la limite entre l'ombre du chêne et la lumière du soleil.
- Sais-tu ce qu'il se passe quand la pâle lumière de l'aurore lance un défi à la plus sombre des nuits ? Elle finit par se faire engloutir.
Déjà, ses paroles me firent frémir. A présent... elle me font trembler.
Ce fut notre premier baiser. Un défi. Elle m'aimait, je le savais. Elle me regardait tout le temps, elle me convoitait et écartait tous ceux qui osaient s'approcher de moi. J'étais... comme son petit rayon de lumière, le seul qui pouvait réchauffer sa peau glaciale. Elle n'attendait que cela de moi : que je puisse la réchauffer. Contre moi, son corps imposant de femme était pâle, flasque, froid. Moi j'étais la lumière, ce petit corps palpitant sous sa puissance.
Mais j'avais des prétendants. A présent, mon père n'était plus là pour les refuser à ma place. Ils venaient sans cesse : des jeunes hommes, des garçons, des vieillards, des veufs, des bellâtres. Tous venaient frapper à ma porte, ils se mettaient à mes genoux et prétendaient m'aimer alors qu'ils n'étaient que des misérables chatons qui miaulent après ma rente... Oh, je m'amusais à les voir ainsi, à les voir à mes pieds, eux, ces hommes si fiers et si supérieurs parce que j'avais une bonne rente. Une très bonne rente. Mélissa m'aidait à me débarrasser des plus inopportuns. Elle ne voulait pas me partager, oh ça non. Mais j'étais une jeune fille si naïve encore à l'époque.
Il s'appelait Georges. C'était un jeune homme affreusement beau et il avait cela de très rare chez les hommes qu'il était sympathique. En fait, je voyais bien qu'il voulait ma rente mais il savait mieux se débrouiller que les autres : au lieu de venir me supplier à genoux comme tant d'autres ont pu le faire, il venait juste me rendre visite sous prétexte de m'apporter un panier de fruits du jardin de sa mère. Néanmoins, je l'amais bien. On marchait quelques fois dans le jardin sous la douce lumière du soleil. J'étais à son bras et on parlait de choses et d'autres : de livres et de poésie surtout. Georges adorait lire en anglais, surtout pour la poésie victorienne. Il m'apprit quelques bases : il était très patient et il me faisait rire. Je l'aimais bien, oui... Hélas, il fut victime de l'épidémie qui ravagea la campagne où je me trouvais. Il mourut fort vite, dans les premiers mêmes. Je regrette encore nos promenades dans le jardins. Si j'avais donné ma main à quelqu'un, ç'aurait été à lui. Mais Mélissa ne l'entendait pas comme cela.
Elle était très très possessive. Je ne pouvais plus respirer sans qu'elle ne le sache, elle surveillait les livres que je lisais et à quelle heure j'allais me coucher. Une vraie mère supérieure mais en mille fois pire. Car elle était menaçante ! Elle me disait : "Tu n'as pas encore compris, petit bouton de rose, que tu es mienne. A moi pour jamais et que personne d'autre ne posera les mains sur toi sans ma permission. Mets-toi cela dans la tête très vite, chérie." Elle me faisait peur. Le château me faisait peur. La froideur des pierres, le poids des murs épais, le silence lugubre déchiré par sa voix douceureuse. Depuis que Georges n'était plus là, j'avais peur. J'avais tout le temps peur, mon coeur battait sans cesse comme un tambour dans ma poitrine et je regardais à chaque seconde par-dessus mon épaule pour voir si elle n'était pas là. Ah, le long égrainement des secondes que la peur rallonge jusqu'à les transformer en un siècle. J'avais peur le jour, la nuit, pendant les repas, pendant que je lisais. Ma vie était infernale. Et elle, elle me regardait calmement, petit oiseau affolé, me débattre. Elle détachait mes cheveux et les caressait, les coiffait. Elle tirait dessus pour que je penche la tête en arrière et embrassait ma peau nue des milliers de fois. Chaque baiser me faisait mal comme des piqûres qu'on infligeait sur chaque parcelle de ma peau. Elle disait que c'était comme ça que la nuit aimait l'aurore : dans la douleur. Elle aussi, avait mal. Elle me désirait, elle m'aimait, elle me voulait. Mais pas de la façon qu'elle avait de m'imposer. Elle aurait voulu que je m'abandonne dans ses bras. Le problème n'était pas qu'elle fusse une femme. Le problème était qu'elle me faisait atrocement peur : sa peau était si pâle, ses lèvres si rouges et son sourire si tristes alors que ses yeux ne montraient pas la moindre émotion. Oh, j'aurais voulu fuir ! Prendre mes valises et partir à Paris m'acheter une belle maison et aller dans le monde, trouver un mari peut-être.
C'est alors que l'épidémie me toucha. J'étais si faible ! Je ne pouvais pas me lever pendant des jours entiers. J'étais terriblement pâle et sans force, comme dépourvue de volonté. Mélissa me souriait sans cesse et s'occupait de moi comme d'une poupée. Quelques fois, je pouvais me relever et marcher un peu dans le château avec son aide. D'autres, je pouvais à peine bouger. Elle jouait avec moi. Oui ! Elle... elle buvait mon sang ! Elle avait deux canines très aiguisées et elle me vidait progressivement de mon sang pour que je ne puisse pas m'enfuir ! Je vous l'assure ! J'avais peur, oh, si peur ! Je finis par appeler mon médecin contre son avis. Je lui montrais mes blessures et lui confiais mes peurs. C'était un brave homme, ce docteur Edenless. Il voulait m'aider, mais c'était encore un jeune médecin qui n'avait jamais eu à traiter de pareils cas. Il dut partir chercher son supérieur et me laisser là. J'essayais de le supplier de rester, de ne pas me laisser avec elle, mais il voulait comprendre ma maladie. Il partit. Mélissa en profita.
Elle a du voir qu'elle était en danger et que jamais elle ne pourrait m'avoir. Jamais l'aurore ne se laisserait avaler de plein grès par la nuit. Alors elle me traîna ici. Je pouvais à peine marcher, j'étais si faible et elle était si forte. Elle me poussa à l'intérieur et me dit rageusement avant de me quitter : "La nuit t'engloutira, même si ce n'est pas la mienne..." Voilà, maintenant, je suis ici et je raconte toute ma vie, toutes ces choses que personne ne croira... devant une boîte.

Claudia se tut et baissa les yeux. L'homme arrêta le phonographe et aida la jeune femme à se relever et à quitter la pièce.

- La voiture devrait arriver d'ici peu pour vous emmener, lui dit-il.




L'homme qui l'avait interrogée la conduisit dans le couloir. Claudia s'assit sur un des bancs en bois dans le couloir. Elle était la seule femme ici. La jeune femme posa ses mains sur ses genoux et regarda tout autour d'elle. Les hommes en costume noir passaient devant elle sans même la regarder. Ils étaient tous pressés d'aller vers un but inconnu. Le soleil commençait à se coucher et les ombres s'allongeaient dans le couloir. Claudia se tordit les mains nerveusement. Soudain, un homme l'interpella :

- Miss Claudia Duffaïs.

C'était l'homme qui l'avait interrogée. Elle releva la tête et, tremblante, elle se leva. Elle ne se sentait plus très assurée sur ses jambes et elle avait horreur de cela. Claudia avança le long de ce couloir sans fin. Toutes ses perceptions étaient modifiées par la peur. Le couloir lui semblait tantôt long tantôt court. Elle avait très très froid et sentait tous les regards inquisiteurs posés sur elle comme des aiguilles à travers sa peau. Elle n'entendait plus rien et c'était à peine si elle était consciente de ce qui se passait autour d'elle. La jeune femme était comme entourée d'un brouillard épais qui la coupait du monde. Elle garda la tête haute et adressa un léger signe de tête aux hommes en noir qui l'attendaient.

- Le moment est venu, miss, montez, fit un homme en lui tendant la main.

La jeune française eut à peine le temps de réaliser qu'elle était montée dans la voiture quand la porte se referma sur elle avec un bruit sourd. Claudia sursauta et sembla reprendre contact avec la réalité peu à peu.
Elle était bien amère cette réalité ! Elle était assise dans une voiture très peu confortable entre deux hommes très musclés, chauves et austères. Ils portaient un uniforme d'un bleu très foncé qu'elle trouva immédiatement de mauvais goût. Un autre homme lui demanda de tendre les bras. Incrédule, Claudia obéit, pour se retrouver menottée ! La jeune femme, dans un accès de panique s'écria :

- Mais qu'est-ce que vous faîtes ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi !

Elle commença à se débattre mais cela eut pour seul effet que les deux hommes la tinrent solidement par les bras. Dans sa grande détresse, elle sentait son coeur battre à toute allure et l'adrénaline due à sa terreur précédente déferler dans ses veines. Personne ne semblait vouloir lui expliquer pourquoi elle était traitée ainsi... Quand soudain, l'homme qui l'avait interrogée avec le phonographe passa sa tête dans la calèche. Il lui sourit doucement : Claudia comprit qu'elle devait se calmer.

- Ne vous agitez pas trop, miss, sinon on devra vous passer la camisole de force, dit-il d'une voix tendre.

La jeune fille blêmit et ne dit pas un mot.

- C'est juste pour s'assurer que vous ne fassiez de mal à personne, vous n'êtes pas une criminelle, ne vous en faîtes pas, le voyage se passera bien et on vous les retirera à votre arrivée.

Il lui parlait comme à un enfant égaré. Comme à la folle qu'elle devait être. La jeune femme baissa les yeux tristement et hocha la tête. Il lui tapota gentiment la joue : geste horriblement vulgaire qu'elle accueillit avec une moue. Puis, il descendit du calèche et ferma à nouveau la porte. Maintenant, elle se sentait condamnée.

[540 mots]
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    Autre chose à ajouter ; J'ai un léger problème avec mon avatar donc il n'apparaîtra pas tout de suite, mais il sera là d'ici peu ! (dès que j'ai récupéré photoshop =))

    Le personnage de votre avatar C'est une création de Devil Devil, tout ce que je peux vous dire dessus...

    Code de Validation ;]Vu par le Croque-Mitaine \o/]
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Sammael Ruthven
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MessageSujet: Re: Claudia Duffaïs [UC]   Ven 4 Juin 2010 - 17:38

Bonsoir et bienvenue~

La fiche est-elle toujours en cours ?
Encore une semaine pour la finir !
(N'hésitez pas à poster dans les absences en cas de problème)

Limite 11 Juin.

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MessageSujet: Re: Claudia Duffaïs [UC]   

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Claudia Duffaïs [UC]

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