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Enfin, pas vraiment : vrai phénix, il s'est dépêtré de ses cendres et a fini par renaître quelque part, faisant peau neuve, URL neuve.

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 N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]

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Dylan Lockhart
Vampire † Croque-Mort Cynique
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MessageSujet: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Mar 7 Sep 2010 - 20:49


La vie est tout de même une chose bien curieuse...
pour qui sait observer entre minuit et trois heures du matin...




    Quatre semaines.
    Voilà quatre semaines que la bouche de Dylan ne s’était pas agrippée à un cou pour s’abreuver de sang. Un vampire ne meurt pas si il s’abstient dans un régime effroyable et sec, à part si sa soif, traînant sur des mois douloureux, ne lui fasse perdre la tête. En revanche, se priver de la liqueur vitale n’est pas sans conséquences sur l’apparence des êtres nocturnes ; leur peau s’assèche comme du parchemin délicat, leur humeur, pour les plus sanguins, est aussi vulnérable que le miroir face aux chocs et leur apparence peut aller jusqu’à dépérir, révélant leur âge véritable et la noirceur de leur nature.
    Si Dylan n’échappait pas aux changements physiques (c’était difficile à imaginer, mais il semblait plus maigre, plus livide et plus âgé), sa raideur de caractère survivait mieux, entraînée par ses nombreux jeûnes. Par fierté, pour son pari, Dylan ne laissait jamais sa nature bestiale le dominer, le pousser à se jeter sur un corps ensanglanté, une marchandise palpitante ou une fiole de sang encore chaud. Ainsi, il restait plusieurs jours et semaines à dresser sa faim, son estomac mort s’était changé en tigre dans sa conscience ; son propre organe était semblable à un ennemi. Le croque-mort connaissait néanmoins ses limites et un mois entier était déjà plus que suffisant ! La chasse s’imposait.

    Les humains s’imagineraient chanceux si ils connaissaient la résistance d’acier de Dylan. Mais non, ce n’était pas une qualité, car Dylan n’agissait pas pour le bien de l’humanité ou par sensibilité. La preuve étant qu’il voyait les mortels comme de la nourriture pure et simple. Oh, bien sûr, il n’ignorait pas qu’un jour, il y a bien longtemps, lui aussi avait un cœur palpitant, lui aussi avait des poumons se vidant et se remplissant d’air. Qu’il y a bien longtemps, lui aussi vivait.
    Était-ce alors de la jalousie que de voir ces êtres s’articuler naturellement et non déambuler comme des cadavres ? Non, Dylan voulait juste les ignorer. L’homme se demande-t-il si l’animal vivra demain un jour magnifique alors que lui-même, mammifère doué d’intelligence, descendait du singe ?
    Le fait est qu’ils étaient tous des bêtes, autant les vampires que les hommes que les chiens. Des bêtes qui devaient cohabiter tout en respectant la chaîne alimentaire dominée par les plus implacables.

    Ce soir, le chasseur serait doté de canines.
    Il n’y avait aucune parade ; ni charme, ni séduction, ni promesse. Aucun avenir, aucun passé. Dylan frappait une seule fois, assez fort pour s’abreuver le plus rapidement possible.
    Il n’était pas un homme que l’on pouvait qualifier de beau ; sa froideur se retranscrivant sur son visage cachectique et l’absence constante d’expression n’attirait pas les jeunes filles à marier, ni les gigolos appâtés par l’élégance masculine. Il n’était pas le charmeur, il était la vérité ; la face dévoilée du monstre. Car si ses victimes le suivaient dans un recoin pour y découvrir la Mort, une bonne totalité savait pertinemment que leur hôte était un suceur de sang ! Ces pauvres fous n’étaient que des suicidaires, envoûtés par le danger évidents !

    Le vampire quitta, non sans regret, sa crypte et son cimetière. Le cab trotta sur les routes sinueuses du Londres nocturne. Alors que certaines parties de la ville s’endormaient en même temps que le soleil, d’autres nerfs de ce cœur urbain s’activaient grâce aux becs de gaz et l’agitation de la population des oiseaux de Nuit. Les plus courageux s’aventuraient près de la Tamise ; le terrain préféré de Dylan. Le fog légendaire n’était pas agréable, voir étouffant (si on carburait à l’oxygène, tout du moins…), mais il apportait une aide précieuse aux prédateurs noctambules. L’épais brouillard se condensait au-dessus des eaux sales londoniennes qui se déversaient dans cette fosse et ce n’était pas pour déplaire à un maniaque tel que Dylan.

    Il descendit du fiacre en payant le cocher pour arpenter les alentours. Il marcha d’un pas furtifs durant dix bonnes minutes, sondant le brouillard qui couvrait des formes lointaines aux mouvements brumeux. Percevant la présence d’un gentleman, Dylan lui donna volontairement un coup d’épaule pour attirer son attention. Pour continuer de capter sa future proie, le croque-mort s’excusa d’une faible voix. Les rencontres commencent par bien des façons et la plus banale n’est pas forcément la moins sûre.
    La conversation débuta par une question digne d’un bon altruiste.

    -Tout va bien monsieur ? Votre voix semble un peu enrouée, il n’est pas bon de se promener quand le temps est si sale.

    La tuberculose, l’un des nombreux maux de ce siècle qui suscitait le dégoût compatissant. Dylan simula une silencieuse quinte de toux pour renforcer son aspect. Il répondit toutefois sur un ton badin ; la proie semblait être bonne. Il ne fallait pas croire qu’un vampire pouvait attraper dans ses filets n’importe quel enfant perdu, n’importe quelle femme ou homme dotée d’une exquise beauté. Ce n’était qu’une vision du mythe, du souvenir falsifié des humains. Comme un jaguar, la première prise n’était pas toujours prometteuse. Pourtant, ce soir, dans ce lourd brouillard obscur, la chance semblait sourire à Dylan qui ne supporterait pas l’idée d’une défaite. Car la défaite retarderait son repas.
    Jouons gros tant que la chance étire la grimace de la victoire ; le vampire chancela volontairement en s’emmitouflant dans son manteau, relevant son col.

    -Voulez-vous que je vous accompagne ? S’évanouir si près de la tamise serait très dangereux !

    Avec un léger froncement de sourcil agacé, Dylan accepta le bras de l’homme qui prit le sien. Non, le contact n’était pas son fort, c’était même le domaine où il s’y connaissait le moins. Mais la traque d’une victime n’est pas fleurie uniquement de bons côtés, Dylan y voyait bien plus de points négatifs de son côté. Se serrait-il attaqué à un homme qui semblait si bon par nature durant son vivant ? Jamais il se serait autorisé un tel acte.
    Les deux hommes s’écartèrent de l’eau et du brouillard à une démarche de malade simulée. Le jeu d’acteur faisait parti du métier vampirique, bien que les masques soient par moments étouffants comme une fumée brûlante.
    Le bec de gaz qui croisa leur route révéla les défauts du masques, gommant les ombres incertaines et exposant un morceau de vérité bien fraîche devant la curiosité affamée de l’homme.

    -Mon Dieu… Je n'avais pas vu que vous étiez si… Pâle ! C'est un médecin qu'il vous faut !

    Les pupilles alarmées de l’homme trahissaient l’émotion d’un chercheur en pleine découverte révolutionnaire, la soif d’orgueil, d’importance aux yeux de la société. Si Dylan méprisait au début ses victimes qui se nourrissaient d’espoirs vains, il y accordait de moins en moins d’importance. Ils remarqueraient, sans l’aide du vampire, combien leur avenir prometteur était illusoire. Le croque-mort le laisserait se réveiller doucement avant de fermer ses paupières pour toujours…

    Dylan traîna un peu la patte, impatient de s’écarter de la lumière dorée pour consommer son repas dans la noirceur la plus totale. L’homme le suivi, élargissant la distance qui les séparait dans la mesure où la politesse ne cédait pas à l’impolitesse. Il pressentait le danger, ça y est ; l’instinct soudain, irrationnel mais pas menteur. Bien malgré lui, le vampire resserra l’étreinte de sa main sur le coude ; si prêt du but, la ficelle ne pouvait se briser maintenant pour rendre l’espoir au poisson aveugle. Le vampire avait conscience d’exercé une certain fascination sur l’homme, mais cela ne suffisait pas, le somnambule pouvait se réveiller à tout moment et s’échapper.

    Enfin.
    Enfin ses crocs se plantèrent dans la cou de l’homme, remplaçant les doigts qui ralentissait la respiration de la victime. Il y avait un juste milieu à choisir, une balance équilibré entre la Mort (le sang de mort étant empoisonné) et la Vie (le sang était sous une pression trop fort, sous le joug de la peur, rendant le travail très sale, et Dylan supportait de moins en moins les éclaboussures sur lui). Le pouls devint aussi doux que la mélopée d’une averse, le vin métallisé, tout en gardant sa chaleur, se déversa avec douceur dans la gorge du vampire. Se déversant pour lui offrir une apparence plus jeune, plus charismatique.
    Il ne fallait pas abuser des bonnes choses et sans pour autant adorer tuer, le sang procurait un effet de bien-être. C’était si bon, cet odeur perçante, ce goût âcre et tenace, cette chaleur qui animait son cadavre mobile… C’était si… Stop ! Dylan devait arrêter de penser, il devait taire immédiatement la bête qui se réveillait en lui. Chut… Ce genre de sensation exaltante était toujours suivie d’une profonde envie de vomir. Les bras de Dylan s’écartèrent, la masse de chair s’écroula sur le sol. Dylan bloqua sa paume contre sa bouche, réprimant un haut-le-cœur. Ce n’était pas la vue du corps, c’était sa propre faim apaisée qui pouvait ronronnait de digestion.

    Ses mains se détendirent, s’ouvrant comme des lis devant son regard ; la peau se détendait, ses doigts retrouvèrent une forme plus robuste, quittant leur apparence de morceaux de bois blanc. Elles plongèrent sur la carcasse du philanthrope, agrippant ses épaules comme les serres d’un rapace sur le corps du ragondin, pour le soulever sans effort et le placer sur l’une de ses épaules. Dylan ne pouvait plus rappeler de fiacre, et il était risqué de se promener avec un mort à Londres, même en pleine nuit. Mais le vampire se devait de traîner l’homme dans sa dernière demeure ; sa tombe.
    Le directeur de l’asile avait accepté, avec tout de même une pointe de surprise dédaigneuse, de donner l’autorisation au croque-mort d’enterrer ses victimes dans le cimetière où il travaillait.

    La langue en fer de la pelle se planta dans la terre meuble. Combien de fois avait-il répété ce geste depuis son arrivée ?… Oh… Une centaine et une centaine de fois ! Mais il ne s’en plaignait jamais. Il avait laissé le corps choir à ses pieds, ne lui accordant pas l’attention habituelle. Pourtant, bientôt, Dylan nettoierait le corps de l’homme qui se desséchera, puis, dans un ou deux ans, ce sont ses os qu’il astiquerait, leur redonnant un peu de blancheur, dépoussiérant ses articulations et cartilages de pierre blanche.

    Pauvre carcasse… Ta mort sera bien active…

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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Lun 25 Oct 2010 - 20:38

– Et moi, elle est où ma tombe ?

Cette phrase lui était venue alors que Sophia se reposait, un livre entre les mains. Premièrement, la jeune femme crue l’avoir lu dans les lignes du roman, mais cela résonna encore à nouveau. Une question sans voix, sans corps. Etait-ce la fatigue ? Il y avait un cimetière ici, mais jamais l’Autrichienne ne s’y était rendu. Elle ne voyait pas d’intérêt à se balader parmi des choses plus sordides et macabres les unes que les autres. Cela n’entrait ni dans son état d’esprit, ni dans les mœurs que la bonne société de son pays lui avait inculqué.

La question ne la laissait pas tranquille, Sophia ne se sentait même pas capable de dire si elle était formulée en allemand ou bien en anglais. Elle se leva, le livre glissa de ses genoux et tomba à terre dans un bruit étouffé. La jeune femme croisa les bras contre elle, comme pour se protéger d’une quelconque menace extérieure. De menace, il n’y en avait pas évidemment. Et par la fenêtre, on pouvait voir le soleil commencer à se coucher. Déjà, les lumières déclinaient et les ombres s’allongeaient…

Il commençait à faire froid, malgré le châle sur ses épaules. Les yeux mi clos, la respiration affolée, Sophia essayait de retrouver son calme. Déjà ses psychoses et hallucinations la reprenaient. Dans son esprit malade, la pièce semblait se recouvrir d’une mince pellicule de givre. Un paysage hivernal pour envelopper mobiliers, murs et plancher. Aussitôt, la jeune femme franchit la porte dans une série de pas précipités. Une nausée manqua lui retourner gorge et estomac, est-ce qu’elle vomit ? Elle n’en sut rien. Un flash blanc pour lui voler quelques secondes ou minutes de mémoire.

A présent, l’Autrichienne était dehors, le vent fouettait son visage et son châle commençait à descendre de ses épaules. Bientôt il girait à terre sans qu’elle ne pense à le ramasser. Comment Sophia était-elle arrivée ici ? Impossible de s’en souvenir, à vrai dire elle ne cherchait même pas…parce qu’Il était là, derrière à la suivre. La question, c’était lui qui la posait….

Le petit garçon…

Elle marcha, des petits pas rapides, des petits pas de souris. Et puis elle courut…les herbes, les pierres, les branches, les arbres, le ciel, les nuages, l’obscurité… tout semblait se jeter sur elle pour la retenir. Derrière, le petit courrait aussi, elle ne voulait pas qu’il la touche, surtout pas ! Il lui avait agrippé la main une fois, elle avait hurlé comme jamais… Que cela ne recommence plus !

–Où est ma tombe….où est ma tombe….où est ma tombe….où est ma tombe…où est ma tombe…où est ma tombe ?

– Je ne sais pas !

Les mots résonnèrent dans le silence. Alors elle porta les mains à sa tête comme pour en extirper toutes les visions pour la hanter, mais ne réussit à saisir que quelques mèches brunes de son chignon. Adieu la coiffure de petite fille bien sage, bonjour les traces de griffures sur les joues pâles et les cheveux arrachés.

Il n’y avait qu’une chose à faire : fuir.

Une de ses bottines glissa dans la boue et c’est clopin-clopant qu’elle continua sa course. De longs gémissements terrorisés lui déchiraient la gorge. Son pied buta contre une pierre, elle tomba.

Alors ne resta que le silence. Sophia comprit que le petit garçon était parti. Avec peine, elle se redressa : elle était devant le cimetière. Evidemment… Un pied nu l’autre chaussé, elle s’avança entre les tombes. Le bébé de sa sœur n’était pas enterré ici, elle le savait. Où était-il, oh où était-il ce petit corps qu’elle avait serré contre elle tandis qu’il se refroidissait de plus en plus ? De plus en plus…

A nouveau, la jeune femme tomba à genoux. Ses doigts gourds s’enfoncèrent dans la terre pour creuser. Elle ne trouverait pas de corps évidemment, mais c’était ce que le petit garçon voulait : qu’elle cherche où il était.
Où il était sur Terre et non pas en Enfer…

– On a rien creuse pour toi, rien du tout… pas même un tout petit trou, un tout petit trou pour un tout petit bébé… Et puis on aurait pas su quel nom mettre dessus, ta Maman ne t’a pas nommé… C’est pas de ma faute tu sais ? Pas de ma faute…

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Dylan Lockhart
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Ven 5 Nov 2010 - 23:10



La mélancolie est le plus légitime de tous les tons poétiques.


    Son travail n’était pas encore fini qu’un détail attira l’attention de Dylan. Rien, rien au monde pourtant n’aurait été capable d’interrompre le vampire croque-mort dans sa besogne tant chérie et unique. Mais si il n’avait pour loisir que de creuser des tombes, enterrer des cadavres et écrire des nouvelles sordides, il n’avait pas non plus souvent l’occasion de voir une jeune fille creuser à mains nues dans la terre en se plaignant.
    Dylan accorda un dernier pauvre regard à sa dernière victime, au chaud, dans la terre humide., puis, planta la pelle dans le sol. Il fallait qu’il empêche la jeune fille de saccager tout le cimetière… Surtout qu’elle se couvrait de terre toute seule… Elle se couvrait de saleté. La chair de la Terre n’était pas faîte pour les vivants alors pourquoi semblait-elle vouloir se terrer ainsi dans l’ombre ?

    Il se précipita sur elle, récupérant au passage quelques paroles confuses où elle prônait son innocence. Mais contre quel crime ? Il y avait tant de coupables dans les environs. Il agrippa son bras et tenta de l’empêcher de creuser davantage, de se salir davantage. D’un mouvement un peu sec, il l’obligea à se relever pour qu’elle cesse son étrange manœuvre. Un visage étrangement banal qui pouvait s’effacer dans tous les portraits qu’on rencontre dans une vie, même courte. Elle avait un certain sérieux dans sa physionomie : une coiffure stricte quoique un peu chamboulé par on ne savait quelle peur, une robe incroyablement sobre bien que abîmée par l‘effort, un teint beaucoup trop blanc et maladive, puis, la carrure beaucoup trop fine pour plaire à quiconque… Seuls ses yeux semblaient respirer un certain éclat de vie. Dylan songea, l’espace d’un bref instant, que cette jeune fille lui ressemblait quelque peu : un fantôme sans couleurs qui n’inspire que quelque sentiment que grâce à la teinte vive des iris. Mais alors que cette opinion émergeait doucement dans sa tête, le vampire l’ignora bien vite, l’étouffant dans un recoin sombre de son esprit.
    Non, elle ne lui ressemblait : même lui n’était pas autant couvert de terre alors qu’il passait ses journées et ses nuits dans les fossés destinés à accueillir les morts. Le cuir de ses bottines semblait sortir d’une noyade manquée dans de la boue, des traces rougeâtres et désordonnées barraient son visage, la poussière la recouvrait, bien moins élégamment que la rosée sur l’herbe au petit matin. Non, elle offrait un tableau que Dylan n’appréciait pas. Si bien sûr, il acceptait d’apprécier la beauté de temps en temps… Ses longs doigts étaient toujours autour du poignet de la jeune fille. Il grimaça. Qu’il agisse avant que son obsession maniaque ne le mette dans une animosité silencieuse et palpable.
    Le vampire extirpa de la poche de son pantalon un mouchoir, blanc mais usé comme un vieux spectre et le repassa plusieurs fois sur le visage de la jeune fille. Le morceau de tissu épongea la sueur froide, écarta les quelques mèches perdues. Le croque-mort tenta de retirer la poussière qui se collait aux vêtements. L’atmosphère londonienne et hivernale la rendait poisseuse et cela n’accentuait que l’agacement de l’homme. Il passa encore quelque fois sa paume sur les épaules de l’étrange gamine, en gestes rudes et vindicatifs contre la crasse, mais sans plus de succès.
    Il abandonna, tout en songeant qu’il reprendrait sa lutte plus tard. Sa maniaquerie, en plus d’être totalement déplacée, était obstinée. Il observa, avec un dégoût certain, ses paumes qui, à l’ordinaire grises, prenaient des teintes sépia. Tant pis, il sacrifiait l’aspect immaculé du mouchoir en frottant le tissu contre sa peau. Dylan toisa la jeune fille du regard, comme pour l’accuser d’être la source de ce trauma. Il soupira bruyamment bien qu’aucun air chaud ne traversa ses lèvres, juste l’illusion d’un souffle. Le vampire se retint à temps de lui demander si elle était folle… Oui, apparemment, après tout, l’endroit était approprié. Il remplaça sa pique par une autre question qui allait dans la même logique ;

    -Qu’est-ce qui vous a pris ?

    Machinalement, il recommença à épousseter les pans de la robe et le châle de la jeune fille. Plus par habitude, sans doute, par instinct… Il regarda plus attentivement la jeune fille en ignorant -en essayant d’ignorer- les traces de terre. Oui, une patiente, sans l’ombre d’un doute. Mais pouvait-on voir sur le visage de quelqu’un si il avait commis un crime grave ? Pouvait-on lire le meurtre sur des traits aussi brouillés ? Sûrement que non…
    Avec brutalité, mais avec étrangement beaucoup de naturel, Dylan demanda ;

    -Si vous avez une victime à enterrer, demandez-moi de le faire à votre place au lieu de ravager le cimetière ! Vous allez me rendre fou sinon !

    Le ton haussa pour les dernière syllabes : perte de contrôle, mais vite maitrisée. Dylan observa sa main qui tenait toujours le bras si maigre de la fille avant de desserrer les doigts. Lui qui ne supportait pas le contact, son obsession pour la propreté lui avait fait oublier cette antipathie habituelle. Même en tant qu’employé, Dylan avait sa place au sein de cet asile aussi…
    Pour prouver qu’il avait plus ou moins chasser cet accès de rancœur contre lui-même, il jugea bon de se présenter.

    -… Je suis le croque-mort de l’asile, Dylan Lockhart… Me direz-vous où se trouve le corps ?

    Le vampire recula d’un ou deux pas, croisant ses doigts derrière son dos. Il n’y avait pas que de la hostilité contre cette boue qui était toujours là, pour son plus grand malheur -oui, il ne songeait plus qu’à ça-, Dylan avait un besoin constant de conserver une certaine marge entre lui et son entourage. L'annonce du travail, si la jeune fille lui apportait bien un autre être à placer dans un cercueil, le rassurerait sans doute…

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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Sam 6 Nov 2010 - 12:36

Les deux yeux posés sur elle glacèrent littéralement Sophia. La jeune fille n’avait pas crié lorsqu’une main s’était saisie d’elle pour la relever. A vrai dire, elle s’attendait presque à ce que ce soit la main de Dieu qui la punisse. Il n’en était rien. Cette personne là devant elle, c’était la mort.
Dans les yeux d’un immortel, le mépris prend la place de l’humanité. Sophia baissa la tête, quelques mèches brunes échappées de la coiffure vinrent lui cacher le visage. Elle puait la terre et les larmes. Alors seulement, l’autrichienne s’aperçut de toute la saleté dont elle s’était couverte. Il ne devait pas en être ainsi, non bien sûr que non… Le froid la prit avec la fulgurance d’un baiser. Elle voulut se recroqueviller sur elle-même mais ne le pu pas ; Silencieuse, elle laissa le tissu du mouchoir lui écorcher presque la peau tandis que l’homme frottait.
La jeune fille pensa à son père, mais ce n’était pas son père là, devant elle. C’était la mort, c’était le roi des Aulnes. Le roi des Aulnes ? Non, car ce monarque aime et séduit, l’inconnu ne faisait rien de cela. L’inconnu l’accusait, qu’un prêtre l’absolve donc de tous ses péchés, elle en avait trop à porter !
La nuit se resserra autour d’eux, parce qu’il est des heures plus sombres que d’autre, parce que la lumière ne peut pas être partout. Il y eut une question. Sophia la laissa retentir dans l’air sec, comme espérant voir les mots s’échapper. Ainsi elle n’aurait pas à y répondre. De toute manière, cela n’intéressait sûrement pas l’homme.
Et puis soudain, cela arriva. Un écho, un écho monstrueux qu’elle ne pouvait faire taire. C’était lui qui parlait, lui, le petit garçon. Il reprenait les mots de l’homme, les amplifiait, et la jeune femme était même incapable de voir la bouche prononçant tout cela.

-Qu’est-ce qui vous a pris ? Qu’est-ce qui vous a pris ? Qu’est-ce qui vous a pris ? Oh ma tante, qu’est-ce qui vous a pris de me laisser mourir ?!

Et les cris restaient bloqués dans sa gorge, elle s’étouffait avec, elle ne pouvait rien faire. Là, sous leurs pieds, quelque chose creusait la terre meuble. Cela avançait dans le noir, oui ça avançait…
Des ongles pour gratter, de tous petits ongles sournois, insidieux…
On ne pouvait rien y faire, tout remonte un jour ou l’autre : les corps, les larmes, les regrets, les haines et les colères. Il n’y a bien que l’amour pour rester caché. Mais ici, ce n’est pas une histoire d’amour, alors hors de question d’y penser.
Une main blanche troua la terre. Blanche, dévorée par les vers, alors l’os brille dans la nuit à défaut de la peau. Puis c’est au tour de la tête, une petite tête monstrueuse d’enfant démon. Les orbites vides se fixent sur Sophia tandis que les lèvres dévoilent un rictus. La jeune femme recule, mais l’homme tient toujours son poignet. Elle a peur, elle ne sait pas quoi faire. C’est une vision, rien qu’une vision mais la jeune femme n’arrive pas à la calmer. Son cœur s’emballe, son sang se fait de glace, elle ne peut pas lutter, elle ne peut pas ! Chaque coup de terreur empêche un battement de cœur. Et cette peau grouillante de vers, oh cette peau !
La jeune femme pense au Seigneur, aux anges. Elle a beau prier silencieusement, ils ne viennent pas l’aider.
Alors évidemment, elle pleura. Mais toute l’eau de ses larmes ne pourra pas nettoyer la terre sur son visage. Elle ne sait pas, elle ne sait pas comment répondre ! Et que dire sinon qu’elle ne veut pas mourir ? Qu’elle veut vivre, vivre normalement et tout oublier.

Sophia ferma les yeux, l’étau dans sa gorge disparu, elle pu respirer à nouveau. Il n’y eu que le silence de la nuit et le silence du mépris pendant quelques instants. Enfin elle revint à la lumière : les visions s’étaient évanouies.

Peu à peu, son visage délaissa la terreur pour la tristesse. L’homme se présenta, il était croque-mort. Elle coula un regard vers les longs doigts blancs qui l’avaient agrippé un peu plus tôt. Ces doigts avaient déjà touché des cadavres, ça voulait dire qu’elle en était un elle aussi ? Non, bien sûr que non, sœur cœur lui faisait encore mal de battre si violemment dans sa poitrine.

-Il n’y a pas de corps… On l’a enterré il y a longtemps, je crois… Je n’étais pas là, il me le reproche. Mais c’était un trop petit bébé, il était né trop tôt… Je l’ai tenu contre moi, je l’ai bercé. Il est mort, j’ai rien pu faire… C’était peut-être mieux, un enfant sans père c’est malheureux…mais il ne veut pas me laisser tranquille…

Et puis soudain, un peu de lumière sur ce visage. Pour quelques instants, Sophia sembla avoir retrouvé raison et dignité. Parce qu’il n’y eu plus que la douleur dans ses yeux sombres, cette douleur que les fous fuient comme la vie.
Elle se redressa un peu, les épaules droites et croisa les bras pour se protéger du froid. Inutilement, évidemment…

–Herr Lockhart, Dites-moi, qu’est-ce qu’on fait lorsqu’un mort ne veut pas nous laisser tranquille ? Vous devez peut-être le savoir… Aucun défunt ne vous a jamais accusé de l’avoir enterré ?

Ce ne sont pas les défunts qui tuent, mais les remords, petite fille. Tu ne le sais pas ? Non, tu ne veux pas le savoir, c’est différent. Alors tu détournes les yeux, tu ne regardes plus l’homme mais l’horizon. Il n’y a rien à voir, parce que tout est noir. Il y a juste le froid, le vent, la terre sous tes pieds et l’homme à tes côtés. Qu’est-ce que tu attends toi-même, petite fille, une tombe pour t’y coucher ?

-Je vous ai sali votre mouchoir… vous voulez le mien ?

Froid, tellement froid… C’est comme être mort soi-même. Au fond, pourquoi est-ce qu’elle parle ? Le mépris, toujours le mépris… Ce n’est pas de sa faute, elle veut pas être folle. On l’y oblige…oh Seigneur ! Et personne pour l’aider, non car on détourne les yeux, car on détourne les cœurs. La tristesse grandit, grand chien noir dans le creux de sa poitrine. Un chien qui hurle à mort, elle peut pas se boucher les oreilles, c’est à l’intérieur d’elle, ça résonne, ça résonne…
La fièvre fait briller ses yeux, elle ne veut rien regarder. Elle veut qu’on l’oublie, elle veut de l’aide aussi. Juste une main pour rassurer, pas celle d’un fantôme, celle d’un vivant. Il n’y en aura pas, il n’y en aura plus, on l’a envoyé ici pour qu’elle y crève loin de tout. On fait comment pour mourir, on arrête de respirer ? Elle veut pas, bien sûr qu’elle veut pas…

Le monde devient monochrome, plus de nuance, de beau, de laid, plus rien. Il y a juste le croque-mort et son dégoût. Elle lève les mains, un ongle s’est brisé lors de ses efforts, elle saigne. Un peu, juste un peu… Le sang, la terre, la peau et les larmes. C’est de cela que sont fait les hommes.

De cela et du froid, ce froid qui les quitte à la mort pur hanter mépris et remords.
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Dylan Lockhart
Vampire † Croque-Mort Cynique
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Dim 7 Nov 2010 - 1:44



Fantôme. n. m. Signe extérieur évident d'une frayeur interne.


    Si seulement elle avait un cadavre à offrir, un travail à additionner à cette nuit de besogne qui promettait d’être longue, il aurait sûrement pardonné à la jeune fille d’avoir mis un peu de désordre au beau milieu de l’enterrement toujours inachevé si seulement elle avait eu une bonne raison… Or, elle n’avait rien, juste elle et sa frimousse décalée dans un lieu pareil.
    Un enfant sans père, oui, c’était malheureux, mais Dylan ne s’accorda aucun jugement sur ce triste destin. Son père à lui était mort depuis bien longtemps… Depuis tellement longtemps que le croque-mort en venait à tenter de se remémorer leur portrait effacé. Déjà, avait-il eu des parents comme toute personne normale ? Car enfin, un cadavre qui déambule pour en enterrer d’autres, était-ce bien normal en soi ?
    En plus de la confirmation qu’il s’agissait bien d’une patiente -elle avait plus ou moins avoué d’être hanté par un esprit vengeur… après, si c’était qu’une hallucination ou un vrai tourment, Dylan n’en savait rien, il n’était que croque-mort et non médecin-, l’homme percevait un certain accent étranger, faisant écho à des racines germaniques. Où se trouvait le foyer où elle était née ? Très loin, très très loin. Il fallait qu’elle oublie maintenant, car jamais le directeur, même dans un élan de bonté, ne l’autoriserait à mourir sur ses terres, à rejoindre sa famille près des racines d’un chêne, au chaud dans du velours et du bois. Il y avait dans cet asile des français, des russes, des allemands… Il y avait dans ces tombes des français, des russes, des allemands loin de chez eux. En somme, l’asile était un cercueil fait de pierre, un avant-goût de la claustrophobie des morts. Si Dylan avait eu un peu plus de cœur, il aurait éprouvé de la compassion à l’égard de cette jeune fille. Or, il préférait oublier qu’il en avait un : après tout, il ne battait plus. À vrai dire, il ignora même jusqu’au malaise de l’étrange patiente. Leur esprit était si confus qu’il se savait incapable de l’aider. Même si il l’aurait voulu… ! En revanche, l’odeur du sang l’interpela, mais brièvement. Il s’était déjà nourri : il n’était pas comme ses compères, des bêtes jamais rassasiés. Il ne se rabaisserait jamais à ce statut ignoble !

    Elle réussit cependant à se maîtriser, bien différente de certains patients qui ne pouvaient faire autrement que de s’apitoyer sur eux-mêmes. Tant mieux. Si elle gardait la tête froide malgré tout, c’était tant mieux. Car personne ne viendrait l’aider ici. La confiance devait être supprimer du vocabulaire dans ce bâtiment macabre. Le vampire interdit cependant qu’un sourire ne s’affiche sur ses lèvres. C’était si inhabituel… Si… Incroyable qu’une émotion un tant soit peu enjouée se dessine sur ses traits !

    –Herr Lockhart, Dites-moi, qu’est-ce qu’on fait lorsqu’un mort ne veut pas nous laisser tranquille ? Vous devez peut-être le savoir… Aucun défunt ne vous a jamais accusé de l’avoir enterré ?

    Une question bien étrange à laquelle le croque-mort était incapable de répondre. Il côtoyait la Mort : elle était partout. Il enterré les morts dans son quotidien, il décrivait les morts dans ses nouvelles, il offrait la mort à chaque fin de repas… C’était l’esprit de la Mort elle-même qui la suivait sans cesse. Mais Dylan avait appris qu’il ne fallait pas s’encombrer des sentiments peinés. De toute façon, est-ce que le chasseur était hanté par la biche qu’il avait abattu pour se nourrir ? Décidément, non, il ne voulait pas s’encombrer de ce genre de tracas.
    Ce qui le hantait actuellement, c’était que sa victime n’était qu’à moitié ensevelie et n’attendait que lui pour enfin reposer en paix !

    -Je vous ai sali votre mouchoir… vous voulez le mien ?

    Instinctivement, Dylan eut un nouveau mouvement de recul. Les gens accompagnaient parfois ce genre de phrases avec un geste. Ce qu’il supportait difficilement. Toutefois, il la considéra un moment ; il plaçait la politesse à une certaine importance, même si lui-même n’était pas le modèle de la courtoisie par excellence. Il se pouvait qu’en fin de compte il lui pardonne.

    -Ça ira, il était déjà sale de toute façon…

    Le vampire s’écarta jusqu’au fossé creusé pour reprendre son travail. Elle lui avait demandé si les défunts le hantaient : uniquement lorsqu’ils n’étaient pas enterrés. Cette obsession de l’ordre et de la propreté était un vrai problème : Dylan avait failli être percé à jour par d’autres humains à de nombreuses reprises durant ses repas car il était incapable d’abandonner sa victime pour déguiser l’attaque en un simple meurtre. Non, il se sentait obligé de traîner la victime dans une forêt, parfois un cimetière public, et de lui trouver une place convenable. Les fosses communes étaient son plus grand cauchemar… Pathétique quand on y pensait, car de toute façon, les cercueils qu’il empilait année après année, aucun ne lui était destiné. Il aimerait se garder une petite tombe, dans un recoin reculé de son lieu de travail, mais l’habiterait-il un jour ? Quelqu’un saurait-il l’enterrer convenablement ou serait-il obligé de le hanter ?
    Ce genre de pensées lui procuraient véritablement de l’effroi. Il pensait trop. Il ne devait pas philosopher ainsi alors qu’il avait du travail.

    -Les cadavres que j’enterre ne me hantent pas. Il ne s’agit que de bétail pour moi… Et puis, tant qu’ils sont bien installés, ils préfèrent rester dans leur confort que de sortir vous hanter.

    Ses doigts empoignèrent la pelle pour terminer de jeter les derniers jets de terre sur la boîte en chêne. Quel nom avait-il cet altruiste ? Impossible de le savoir. Mais à quoi bon graver son patronyme puisqu’elle finirait par s’effacer. D’ici quelques décennies, les noms de ceux qui ont trouvé la mort en 1889 seront illisibles et on les oubliera. Les morts pourraient reposer en paix une fois leur visage effacé.

    -L’enfant a dû être enterré par un bien mauvais croque-mort, il n’aurait pas fait tout ce chemin sinon.

    Le vampire s’autorisa ce commentaire formulé à voix haute. Il n’avait pas de mépris contre ceux qui ne traitaient pas respectueusement les défunts, lui-même n’accordait pas vraiment d’importance à ce devoir de mémoire. Il méprisait ceux qui reliaient l’enterrer à un cadavre que l’on jette simplement dans un trou. Pour l’y laisser pourrir.
    Depuis qu’il était arrivé ici, aucune tombe n’avait échappé à sa maniaquerie et chaque occupant était passé au formol et à l'alcool ciciampa. Pas un seul squelette gardait encore une trace de poussière sur lui. Un psychologue dirait sûrement que, si Dylan travaillait autant, c’était pour fuir des songes ou s’empêcher de penser. C’était peut-être vrai. C’était sûrement vrai. Mais jamais Dylan ne donnerait raison à ce médecin de la raison.

    Les derniers coups de pelle étaient destinés à tasser la terre, aplatissant la surface avec cette langue de métal froid. Dylan se rendit compte que le sol avait prit des teintes noires, comme si elle se noyait sous de l’encre de chine. Oui, il faisait nuit et si lui, cela ne le dérangeait pas plus que ça, la jeune fille, elle, risquait d’en pâtir. Le vampire se souciait plus de retrouver un cadavre perdu et sale que du confort oculaire de la patiente. C’est pourquoi, il s’arma de la lampe à pétrole et en fit jaillir une flamme. Le sol retrouva un peu ses couleurs brunes. Puis, il désigna d’un signe de tête la pierre tombale vierge.

    -Voilà, celui-ci ne m’ennuiera pas.

    Il aurait aimé ajouté qu’il dormirait sur ses deux oreilles cette nuit. Mais non. Si un esprit devait le hanter, ce n’était pas dans ses songes ; il n’avait pas rêver depuis près de trois siècles. Il en avait oublié la sensation léthargique que l’on ressent. Si l’impression d’être perdu dans un monde étrange était détestable, il fallait avouer qu’elle finissait par manquer.
    Encore des pensées vagabondes. Le vampire ressortit le mouchoir usé et frotta sur la pierre qui n’avait pourtant ni lierre, ni mousse, ni saleté. Ce n’était pas la surface déjà blanche qu’il astiquait, c’était son propre esprit.

    -C’est une chance de savoir se maîtriser comme vous le faîtes : vous vivrez assez longtemps ici, je suppose.

    Bien qu’elle semblait malade… Oui ! C’est ça ; elle semblait malade, par sa maigreur. Pas seulement mentalement… Mais Dylan ne faisait pas attention aux autres et cette idée lui effleura à peine l’esprit. Qu’aurait-il fait après tout ?

    -Je ne sais pas comment on calme les esprits vengeurs et puis, c’est peut-être votre imagination qui vous joue des tours… Mais ce dont je suis certain, c’est que les esprits n’ont jamais tué personne.

    Pas directement en tout cas… Mais est-ce que cela la rassurerait pour autant ? Peu importe, si l’illusion disparaissait ce soir, si cette peur s’envolait, elle succéderait à une autre demain. Telle était la triste vérité de l’existence…

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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Lun 8 Nov 2010 - 0:33

L’homme s’éloigna de quelques pas pour terminer une tombe. Machinalement, Sophia le suivit, elle fronça légèrement le nez devant l’odeur putride qui s’exhalait du trou béant mais ne dit rien ; le corps n’était même pas recouvert d’un linceul. La jeune femme n’y connaissait trop rien en cadavres, elle ne savait que la sensation du corps de bébé mort. Ca, c’était un homme adulte, impossible pour elle de dire ce qui l’avait emporté. L’Autrichienne n’avait pas voulu se pencher plus en avant sur la question… par automatisme, elle fit le signe de croix. Cette personne méritait au moins ça à défaut d’une prière, non ?

Attendez…

La jeune fille se mit à genoux près de la tombe à moitié terminée. Maladroitement, elle étendit un de ses bras maigrelets sur le visage du mort. Au contact de la chair froide, un spasme de dégoût la secoua. Heureusement, elle parvint à réprimer la nausée. Rapidement, Sophia se remit sur ses jambes, le regard fuyant. Regarder dans les yeux de l’homme, c’était lire tout le mépris du monde…

Il avait encore les yeux ouverts, il fallait les lui fermer.

Il y avait une pierre non loin, la jeune femme s’y assit. Elle regarda l’herbe agitée par le vent, elle regarda les nappes de brumes qui se formaient à leurs pieds, elle regarda le ciel d’encre et les étoiles éloignées et soupira.
A côté d’elle, l’homme parla. Sa voix possédait les tristesses et les intonations des personnes ayant trop vécu pour pouvoir sourire. Elle l’écouta, cet homme qui savait la mort, qui la connaissait et ne lui accordait que le regard que l’on donne aux maîtresse d’un coup trop lasses et trop vieilles.

Il n’y a pas besoin de ce pauvre corps pour vous ennuyer, vous vous suffisez à vous-même, Herr

La nuit avait jeté son drap de soie au dessus de leurs têtes, la lanterne brillait faiblement, combien de temps avant qu’une ombre ne l’engloutisse ? Sophia ne pouvait détacher son regard de cette pauvre flammèche agitée. Elle ne releva la tête qu’à la dernière phrase de Dylan. Lentement, la jeune femme se remit debout, les mains croisées devant elle. Dans son regard, les larmes qu’elle n’avait pas le courage de verser. Vivre plus longtemps ? Non, elle était la flamme vacillante dans le noir, elle était le sang dans sa gorge et la pâleur de sa peau, elle était la maladie, elle n’était plus Sophia. La maladie et la folie…

Creusez ma tombe, mein Herr. Faites là petite, car il ne reste que peu de moi, non point de linceul, non point de croix. Je veux juste moi aussi reposer les yeux fermés. Je ne suis pas forte, ce n’est pas de la maîtrise… Et non, cet esprit ne me tuera pas. Parce que quelque chose est déjà en train de le faire. Creusez, Maître ! C’est votre rôle, le mien est de mourir et la Providence veut que cela soit tôt.

La corde d’un luth trop tendu, un luth de mélancolie n’ayant plus rien à chanter. C’est cela le corps de Sophia. Quelque chose prêt à se briser. Elle se tient droite, elle regarde sans ciller… A quoi bon ? La mort est proche, on le sait sans le comprendre. Quant à ce qui est de l’accepter…

Elle détourna la tête et offrit son visage à la brume du soir. En son cœur résonnaient les lieder aux défunts et les ave maria. Elle savait les chanter pour les autres, non pour elle. L’herbe s’aplatit sous ses pas tandis que l’étrangère s’éloignait. Etrangère du monde, étrangère de la vie, étrangère de ses propres déraisons.
Chaque malheur porte en lui son propre poème. Mais Sophia ne connaissait pas les mots pour les dire. Elle ne savait que le silence des incompris à qui jamais personne ne répond. Parce qu’il n’y a rien à dire, que les choses sont ainsi et que toutes les larmes du monde ne peuvent y changer quoi que ce soit.

Elle marche, elle marche entre les tombes et respire à pleins poumons la brise nocturne. Il n’y a que la nuit et le froid. Est-ce que là bas, la flamme s’est éteinte ? Cette petite lumière n’est plus dans la lanterne, non elle brûle dans le regard de Sophia. L’autrichienne l’a volé, cette lumière maladive. Elle aurait pu prendre le soleil si sa force était autre, mais le sang dans ses veines était celui des mourants, alors elle ne méritait rien de plus.

La jeune femme croisa les bras. Elle aimerait bien pleurer un peu, juste un peu mais ne le pouvait pas. Parce qu’elle n’avait pas de raisons, de toute manière les sanglots c’est quand on a quelqu’un pour nous écouter.

Les croix anonymes et les mottes de terre laissèrent alors place à la tristesse du marbre. Sur une des tombes, se tenait un angelot, bras levé comme pour interpeller les passants. Le temps avait effacé son visage, lui aussi était mort. Sophia laissa ses doigts glisser sur la pierre glacée. Glacée comme la peau d’un mort et roide comme le cœur d’un homme. Fatiguée de marcher, elle s’assit, les genoux repliés contre elle.
Pitoyable fille, tellement pitoyable avec tes pieds nus, tes souliers perdus, ta robe boueuse et déchirée. Honteuse de ce qui allait se passer, la jeune femme se recroquevilla sur elle-même, les mains devant sa bouche ; elle toussa, toussa, espérant que ses paumes effaceraient tout bruit de la maladie.
Que l’on fasse comme si de rien n’était, que l’on fasse ainsi. C’était ce que voulait le monde.

Dans le ciel, la lune se couvrit de nuages …
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Dylan Lockhart
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Lun 27 Déc 2010 - 0:43



L'immortalité est inutile : avoir vécu suffit.


    Aussi désagréable que cela puisse paraître, Dylan était pris au dépourvu. Il ne voulait pas se l’avouer, mais la demande de la petite patiente l’interpella. Il s’y arrêta, l’écouta attentivement. Pourquoi ? Parce qu’elle était importante. Les pauvres malheureuses âmes de l’asile demandaient des étreintes, mais les bras du vampire étaient trop maigres et trop incapables pour soutenir un corps chaud et palpitant, seuls les cadavres, froids comme la pierre perdue dans la mer, avaient leur place contre lui. Parfois, des patients demandaient une écoute, juste une écoute, mais Dylan ne savait pas écouter la voix des vivants, juste les lamentations d’un être en train de pourrir, les croix en train de se salir. Il avait beau être immortel, il n’avait pas le temps de leur apporter la moindre aide. C’était aberrant : certaines personnes lui courraient après, les doigts tendus vers lui, réclamant une chose que le croque-mort était incapable de leur offrir. En revanche, cette petite germanique, aussi pitoyable et sale qu’elle soit, lui demandait un service qu’il pouvait accomplir. Les morts, dans leur expression peinée et douloureuse, suppliaient un foyer, une dernière demeure. Mais jamais un vivant n’avait formulé ce vœu face à lui.
    Le vampire se concentrait sur la pierre lisse face à lui. En tant que serviteur assidu de la Mort, il devait accomplir son travail jusqu’au bout et graver le nom de cet homme. Mais il n’était pas si loyal que ça : il ne connaissait pas le patronyme de sa victime et était incapable de terminer complètement sa besogne. Tant pis, une autre tâche l’appelait déjà.

    Au loin, comme le murmure d’un gémissement, il entendit la maladie tousser dans la gorge de la jeune fille. Elle aussi n’était qu’une morte ambulante, mais destinée à un repos très proche. Dylan se demandait si répondre à son vœu, si l’aider lui procurerait une sensation de bien-être. Elle avait parlé de la Providence, qui disait aussi que, secourir son prochain apportait une grande satisfaction, une agréable quiétude. Même si Dylan s’était écarté du chemin des anges, même si le Seigneur avait, depuis près de quatre siècles, oublié de le rappeler à lui, le laissant errer dans ce qui semblait être un purgatoire éternel, le croque-mort serait-il capable de se sentir mieux après avoir enterré la jeune fille comme elle le lui avait supplié ?
    Ses sourcils se froncèrent : le bonheur, la paix en soi, toutes ces sottises n’étaient pas infinies. Elles étaient même éphémères. Contrairement à la peine, qui marquait plus profondément l’esprit, dont la douleur devenait une partie de soi pour ne jamais se faire oublier. Toutefois, le vampire ne pouvait refuser ce service : morte ou vivante, c’était son devoir d’enterrer cette patiente quand son heure viendrait.

    Ignorant les besoins humains, les faiblesses d’un mortel, Dylan ne s’encombra pas de la lanterne, avançant dans l’ombre, s’engouffrant dans l’allée que la petite autrichienne avait traversé quelques minutes plus tôt. Il connaissait son cimetière par cœur : ces couloirs de marbre et de granit, ces fossés et ces butes… Dylan connaissait bien mieux l’allure de son cher cimetière que son propre visage qui ne changeait jamais. Ce cimetière, en revanche, se modifiait chaque jour : ce sanctuaire des morts pouvait vivre grâce à un zombie assoiffé de sang. Décidément, le quotidien du vampire était plein d’ironies… !

    -Sans vanité, je peux vous dire que j’ai rencontré bien du monde durant toutes ces années. Mais vous êtes bien la première à me demander une telle chose. Les morts sont encore plus vaniteux que vous et vous êtes plus raisonnables que les vivants.

    Il désigna la tombe qui venait d’être terminée. Dylan désigna plus précisément la pierre vierge de toute inscription, aucune épitaphe, pas même des initiales. Bien que ce détail n’était pas particulièrement important pour lui, ce tombeau restait inachevé. Ce n’était pas par soucis de moral, d’humanité. Simplement d’utilité, une esthétique perfectionniste.

    -Cette pierre restera vide et cela me chagrine. Je ne lui ai pas demandé son nom, j’ai uniquement pris son sang… Je n’aurai qu’une condition pour votre demande ; savoir votre nom pour l’inscrire. Votre tombe restera la plus sobre qui soit, mais sans croix, elle se perdra dans un gouffre. Je risquerais alors de l’oublier et elle se salirait.

    Pour la jeune fille, Dylan se surprit à accorder une importance capitale au nom, comme un geste spécial. Un vampire ne devait pas s’encombrer de souvenirs. Mais dans quelques années, dans ces prochaines décennies, peut-être que Dylan éprouverait une certaine satisfaction à passer un chiffon, imbibée d’eau et de savon, sur la surface de granit où était gravé le nom de « Sophia von Müssel ». Il se dirait alors que c’était l’unique personne qu’il avait consciencieusement enterré, en connaissant son identité et surtout, pourquoi il se souviendrait d’elle. En soi, son nom n’était pas important mais cela aiderait le tombeau à se démarquer des autres.
    Tant mieux si elle voulait que sa tombe soit sobre : les fleurs fanaient rapidement et demandaient trop d’attention, de la délicatesse, ce dont le croque-mort était totalement dépourvu. Les statuettes, anges et roses immortalisées dans la pierre, s’effritaient rapidement sous les violents orages et devenaient encore plus hideux. Sans compter que le soin méticuleux qu’apportait Dylan était parfois dévastateur pour ce genre de décorations superflues. Pourquoi l’homme accordait-il tant d’importance à la beauté ? Ne pouvait-il pas se contenter de ce qui était de plus utile, du minimum ?

    Le vampire tourna les talons, invitant tout de même la jeune fille à le suivre : sa tombe, si elle devait être creusée, devait occuper une place logique et se rallier à la rangée qui débutait l’année 1890. C’était un privilège ; peu de patients pouvaient voir l’endroit où leur corps reposerait pour l’éternité. D’habitude même, ils fuyaient ce genre de question !
    Arrivés devant l’allée encore bien jeune et très courte, Dylan désigna une place.

    -Tout dépend du temps qu’il vous reste. Je peux commencer à creuser votre place ici.

    C’était toutefois un suffit : que se passerait-il si la patiente ne mourrait qu’en 1893 ? Trois ou quatre rangées de sa vraie place ? Cela faisait tiquer Dylan. Une autre idée lui parvint en tête : et si, par malheur, une Crone venait la ressusciter. Ou pire, qu’un autre vampire ne vienne lui voler son sang empoisonné et la condamnerait pour l’éternité ?
    Il grimaça, pesta presque contre ses propres tourments de maniaque.

    -Je suis incapable de prévenir l’avenir. Cette place ne conviendra peut-être pas.

    Dylan ne se permettait jamais de conseils, ni d’avertissements. Chacun devait être assez grand pour se débrouiller de lui-même, chacun devait être capable de se protéger : un monde comme celui du Middleton Asylum n’était pas clément. Il enchaîna pourtant :

    -Gardez-vous d’accepter les promesses des autres employés : ce cercueil resterait alors vide pour toujours. Et ce ne sont pas les fantômes qui me hantent, mais ce genre de travaux inachevés.

    La colère était encore un sentiment rare chez lui, pourtant, cela suffirait pour que l’envie de maudire la patiente se manifeste. D’autant plus qu’elle baisserait dans son estime : chose facile et tellement courante dans le jugement du croque-mort.

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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Mar 28 Déc 2010 - 0:31

Elle regarda là où l’homme lui montrait de regarder. La pierre blanche se confondait avec les ténèbre… Un nom, le sien ? Les syllabes se bloquaient dans sa gorge, Sophia n’avait pas encore dit son nom à quiconque, ici. Elle s’y était toujours refusée, comme un trésor à garder. Et puis qu’est-ce qu’on en a faire, du nom des gens ? La jeune femme n’avait personne à appeler. Alors lui revint en mémoire que le croque-mort lui avait jeté le sien à la figure.

Il n’y a aucune raison de mettre mon nom sur la tombe, qui donc voudrait se souvenir de moi ?

Elle leva ses yeux, ses trop grands yeux, mais peu importait qu’ils soient posés sur Dylan. Parce que Sophia ne le regardait pas, elle l’écoutait certes, mais sans l’entendre. Après tout, il ne fallait pas oublier qu’elle était folle…La jeune femme se décida néanmoins à sourire. Elle était tout sauf heureuse, alors cela n’éclaira pas son visage. Au contraire, la tristesse se grava encore plus sur ses traits, on aurait pu croire qu’elle allait mourir à l’instant. Parce que personne n’arrive à supporter la peine…

Herr Dylan Lockart…. Et vous, qui mettra votre nom sur votre tombe?

Alors Sophia se remit debout. Là, à l’intérieur d’elle-même, quelque chose la tuait à petit feu, elle ne pouvait lutter contre. Très bien, alors jouons à un jeu ? Oui, jouons au jeu des biens portants, on marche, on avance, on suit comme si le temps n’était pas compté. Et ses pas se posèrent dans les empreintes laissées par le croque mort tandis qu’ils déambulaient entre les allées.
Lorsque l’homme s’arrêta, ce fut pour lui montrer un emplacement vide de tombes. Elle serait là alors ? La jeune fille voulut s’agenouiller et toucher la terre, s’en imprégner comme pour s’en exorciser. Elle amorça un mouvement mais se retint bien vite, rougissante. Le brun détestait les gens sales…

J’ai demandé à Dieu le jour de ma mort, il ne m’a pas répondu. J’aurai bien questionné le Diable mais celui-ci a de meilleures choses à faire.

La lune choisit alors de se montrer de derrière son nuage. Dylan était un être fait d’ombres et de ténèbres, Sophia le sentait. Etait-il en réalité d’encre et de papier ? Après tout, il avait tout d’un héros byronien. Peut-être était-il sorti d’un livre du poète ? La lumière pâle buta contre la face en lame de couteau. Encore une fois la petite Autrichienne le regarda sans le voir. Quelque chose le chagrinait, cela était certain. Alors à nouveau, elle décida de sourire malgré son envie de pleurer.

1890 ira très bien je pense… Et pour que le cercueil se remplisse…hé bien tuez moi maintenant ? Morte je ne m’enfuirai plus, vous pourrez prendre votre temps pour creuser

S’en rendait-elle compte, cette petite fille ? Tandis qu’elle parlait et s’horrifiait elle-même de ses mots, les larmes dévalaient ses joues. Elle resta un instant immobile puis secoua la tête. Un rire sans joie secoua la gorge meurtrie.

Quelle idiote, pleurer comme ça… Il y a quoi de beau dans la vie, Herr Lockart ? Est-ce que ça vaut le coup de tomber amoureux, de passer une nuit dans les bras d’un homme, d’avoir des enfants ou tout simplement de se lever chaque matin ?

Andrea, Andrea Tapp.. Il l’attendait à Vienne, il devait l’épouser. Un mariage d’intérêt, il ne l’aimait pas…Et jamais au grand jamais il ne l’avait appelé par son nom. Son nom à elle… Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas entendue ? Assez pour qu’on l’oublie, assez pour qu’on le trouve laid et disgracieux…D’un geste brusque, presque brutal, elle s’essuya les yeux.

Je…je…je m’appelle Sophia… Sophia von Müssel

Ca y est, elle tremblait. C’était pas sa faute, tout sonnait faux maintenant… La mort, la vie. Et personne pouvait l’aider. La boule dans sa gorge se mit à grossir un peu plus, elle essaya de la ravaler. Ca servait à rien de pleurer, personne ne viendrait la consoler. Les larmes sont le luxe des gens bien entourés. Elle, elle n’avait que la nuit et un mort.
Brusquement, l’idée de voir le soleil demain lui donna envie de vomir. Trop, c’était bien trop ! Il n’y avait rien de beau dans les cauchemars et l’attente, non elle ne voulait plus jouer. Alors une indicible paix remplit ses yeux. Sophia faisait face à Dylan. Oui, la tuer et la mettre dans son petit trou de terre. Au fond il n’y avait rien de plus à faire. Et s’il ne voulait pas… alors il lui suffirait de marcher jusqu’à l’asile et de se jeter d’une fenêtre ?
Elle frissonna.

Les larmes ne tarderaient pas à réapparaître. La jeune femme tâcha de ne pas y prêter attention. Ce n’était pas important…
Il ne restait plus qu’à attendre, qu’elle sache enfin si elle aurait un choix à faire. Celui de partir, de mourir ou bien de courir à en perdre haleine, là où elle pourrait se cacher, là où le fantôme la retrouverait, là où elle ne saurait même plus prononcer son propre nom.
Il n’y avait personne pour l’arrêter, même la Solitude ne parvenait pas à l’étreindre. La Solitude n’existe pas, sinon nous ne serions jamais seuls. Non, il y a juste ce vide énorme dans la poitrine et cela est bien suffisant. Quelque chose qui ne se remplit pas, jamais… C’était comme ça à l’intérieur de Dylan.
Sophia l’envia l’espace d’un instant, elle ne savait pas pourquoi.

Un seul nom, le mien … Ce sera amusant peut être. Dans quelques années, s’il est encore lisible, on se demandera qui donc était cette Sophia. Les gens voudront savoir pourquoi on aura pris la peine d’écrire mon souvenir sur la pierre. Peut être m’imagineront-il très belle, magnifique ?

Elle éclata de rire, comme une enfant. On ne l’avait jamais complimenté sur sa beauté. Toutes les éloges allaient à sa grande sœur. Savoir que l’on pourrait penser cela d’elle la mettait curieusement en joie. Après tout, belle, elle ne l’était pas.

Ils s’imagineront des histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres et me donneront une vie palpitante et tragique, à moi qui n’ai rien vécu

La lune de nouveau se cacha. Les Ténèbres… Alors encore une fois s’éleva la voix de Sophia. Pas de tristesse, juste une invitation. Son désespoir, il était là caché tout au fond de son cœur, elle ne le laisserait pas sortir, préférant le porter en elle comme un oiseau blessé.
Car c’est ainsi…

Tuez moi ?
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Dylan Lockhart
Vampire † Croque-Mort Cynique
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Lun 3 Jan 2011 - 2:40



La mort est une victoire et quand on a bien vécu, le cercueil est un char de triomphe.


    Qui voudrait se souvenir d’elle ? Lui, peut-être. Lui, sans doute. Mais avait-il conscience qu’il désirait inscrire son nom sur la tombe comme on grave un souvenir dans un médaillon ? Probablement que non. Cette petite autrichienne n’était pas une de ses innombrables victimes, il n’avait pas besoin de son sang, pas besoin de sa chair, uniquement de son nom, son souvenir. Mais comme à son habitude, le croque-mort s’enferma dans son mutisme, ignorant lui-même pourquoi.

    Herr Dylan Lockart…. Et vous, qui mettra votre nom sur votre tombe?

    Pourquoi diable ses questions sortaient autant de l’ordinaire pour le déstabiliser ? Était-ce volontaire alors que ses grands yeux, presque vides, presque morts, ne semblaient briller d’aucune intention mesquine ou supérieure ? La jeune patiente n’était sûrement pas consciente de toute l’ironie qui empoisonnait sa phrase, la soulevant en réflexion pour le vampire. Et puis, autre chose l’étonna : l’absence de larmes nouvelles, de peur interpella Dylan. Elle ne semblait nullement effrayée, comme si savoir que ce petit terrain de terre serait sa dernière demeure pourrait la rassurer. Quant à lui, avec son minuscule cœur qui avait certainement disparu, décomposé dans le néant de chair inanimée, il ne savait quel sentiment éprouver si il était face à son tombeau. Entre la quiétude, la crainte, l’angoisse, toutes ces sensations si lointaines, perdues dans le passé qu’il n’arrivait plus à ressentir. Parce qu’il s’empêchait de les éprouver, s’obligeant à mourir tout en s’articulant. Et pourtant, quelle joie il ressentirait en apercevant une tombe avec son nom, son propre patronyme gravé et des dates précises : l’annonce de la fin de son calvaire d’immortel et épuisant, lassant… Chut, si il se reprenait à rêver, à espérer, son cœur se réveillerait peut-être, se sortant d’une torpeur de macchabée pour lui procurer une vive douleur. La joie était futile, la joie s’oubliait : ce n’était qu’un espoir perdu, à lâcher dès qu’on l’effleurait.
    Il remarqua, avec un certain soulagement, que la jeune fille ne se vautra pas dans la terre. Sans le traiter de vieux fou ou de maniaque, elle avait pris en compte son tic dérangé et s’était abstenue de se salir davantage. La main du vampire lui aurait agrippé le bras, de cette même rudesse pour effacer les nouvelles taches de boue sans doute. Ce n’était plus un geste, c’était un réflexe. Un effrayant réflexe d’automate.

    Et comme pour continuer dans la générosité, elle proposa au croque-mort de la tuer maintenant pour qu’il puisse accomplir son travail dans les meilleures conditions. En effet, si il la tuait maintenant, il lui suffirait de la mettre dans un cercueil et la jeter dans une cave fraîchement creusée. Mais avant que Dylan ne réagisse à ces paroles totalement folles, la jeune fille se mit à pleurer. Désemparée par ses propres mots, chagrinée par la triste réalité. Sa réalité.
    Toutefois, Dylan ne bougea pas.

    Quelle idiote, pleurer comme ça… Il y a quoi de beau dans la vie, Herr Lockart ? Est-ce que ça vaut le coup de tomber amoureux, de passer une nuit dans les bras d’un homme, d’avoir des enfants ou tout simplement de se lever chaque matin ?

    Parmi toutes les étranges réflexions qu’elle avait relevé jusqu’à maintenant, celle-ci était bien la plus difficile. La plus étrange. Qu’y a-t-il de beau ? Savait-il seulement ce qu’était la beauté, alors qu’il répugnait cette notion, lui, monstre de la Nuit, orphelin du Diable qui n’avait rien de beau. Certains de ses confrères usaient du charme, lui, même la morsure de l’ange perdu ne l’avait pas embelli. Le bonheur était trop loin, trop rare pour que l’on reconnaisse son parfum. Et lui, il ne l’avait pas senti depuis trop longtemps.
    Était-il déjà tombé amoureux ? C’était pour lui une sensation tabou, à ne jamais ressentir. Mais comment fuir une chose dont on ignorait tout ? N’était-ce pas un jeu de hasard et de fatalités, puisque la vie était échafaudée sur le triste désir du Destin ?
    Dylan était un homme qui avait suivi ses crépuscules seul. Toujours, toujours il s’était enfoncé dans le sommeil -quand il pouvait encore dormir- seul, sans personne près de lui. Chaque aube, il les avait observé seul. Jamais aucune femme, partageant en tous cas une intime relation, ne l’avait accompagné, ne serait-ce que cinq petites minutes. Bien sûr, quelques personnages, durant toute sa longue vie qui n’en finissait plus, avait bien tenté des approches, lui offrant des intentions délicates. Mais à chaque fois, Dylan se fondait dans sa carapace et repoussait ces avances. Un monstre n’avait pas besoin de ces beaux sentiments, il n’avait que faire de ces déclarations superflues. Tomber amoureux d’un monstre n’amenait rien de bon. Surtout quand il était aussi odieux, aussi peu délicat, aussi peu soucieux d’autrui.

    Ses réflexions chaotiques se brisèrent en éclat lorsque la jeune fille accepta enfin de répondre :

    Je…je…je m’appelle Sophia… Sophia von Müssel

    Ainsi donc, elle était bien arrachée d’un royaume germanique, trop lointain pour qu’elle puisse y retourner un jour. Dylan répéta deux, trois fois le nom dans sa tête : inutile de se le remémorer plus, c’était dans son esprit qu’il l’avait gravé pour le projeter sur la pierre. C’était important.
    Peu importe ce que penseront les gens dans les prochaines décennies lorsqu’ils verront son nom. Lui, au moins, se souviendrait de son visage banal, dénudé de charme. Lui, au moins, se souviendrait de son esprit farfelu, innocemment ironique mais intelligent. Les gens n’osaient parler des morts à voix haute et Dylan était bien heureux de ne pas lire dans les pensées des autres : leur imagination ignorante n’abîmerait pas le souvenir de cette petite patiente du nom de Sophia von Müssel.

    Tuez moi ?

    Ses sourcils se froncèrent : n’était-elle pas effrayée par cette idée ?
    Contrairement aux créatures de la pénombre qui éprouvaient un plaisir malsain en arrachant la peau, en mordant les veines en tordant les os, Dylan n’avait jamais été tenté par cette curiosité de fou-furieux. L’homme n’était que gibier pour lui, son sang versé était suffisant : il se nourrissait d’hémoglobine, non de la souffrance. Comme si son côté sombre essayait de le pousser à attaque Sophia, Dylan imagina ses mains, trop longues, trop sèches, s’enrouler autour du cou de la jeune fille et l’étreindre dans un étau violent. Il arriva même à entendre le son de la nuque se briser sous sa force terrible. Quelle sensation éprouverait-il ? Était-ce donc ça le bonheur qu’il n’avait jamais connu ? Le mariage et le foyer pour les mortels, le carnage et la folie pour les damnés ?
    Non, voyons, bien sûr que non…

    Quoique…

    Ce n’était pas ainsi qu’il tuait. Il n’avait pas besoin de couteau. Pas besoin d’arme à feu. Les muscles dans ses bras et ses mâchoires suffisaient à mettre fin à la vie du meilleur homme dans la plus parfaite santé. Le vampire n’avait pas faim, et pourtant, une monstrueuse curiosité le poussait vers la jeune fille. Ses doigts anormalement longs saisirent le bras de Sophia. Lui qui avait horreur du contact, lui qui répugnait à toucher la chair palpitante et chaude, il maintenait le poignet fébrile de la jeune autrichienne. Son échine tordue se courba avec lenteur, tandis que sa seconde main retroussait la manche au tissu sobre jusqu’au coude de Sophia. Tout comme lui, les veines se démarquaient de la peau : le bras d’une malade. D’un malade ?
    Soulevant le morceau de viande, car tel était la triste vision que lui imposait sa nature présente, Dylan approcha sa bouche de cette ligne violacée semblait avoir froid alors qu’elle guidait un fluide chaud et poisseux. C’est ainsi qu’un prédateur de la Nuit chassait, les lèvres emprisonnant un point précis pour y aspirer la source de vie. Ses mains comme étau, ses dents et sa langue en guise d’armes. Sans oublier l’odorat en guise d’avertissement : ce sang était abject, pourquoi ne s’était-il pas souvenu de ce détail important avec de saisir ce bras ?

    D’un mouvement presque compulsif, Dylan relâcha le bras, le repoussant presque et se redressa de sa taille filiforme. Il étouffa une injure, appliquant ses paumes son ses tempes : depuis bien des années, il avait cédé à la faim futile, celle qui n’alimente que la gourmandise et non la survie. Il prit quelques secondes pour se calmer, avant de fixer à nouveau Sophia.

    -Méfiez-vous des employés, Miss von Müssel. Si vous commettez la folie d’accepter une promesse de l’un d’entre nous, cette tombe restera vierge pour l’éternité. Malheureusement, je ne peux vous tuer.

    Pourquoi ? Lui connaissait si bien la Mort, lui qui n’éprouvait aucun remord, lui qui buvait la vie des pauvres passants en peine, pourquoi refusait-il de tuer lorsque l’on lui demandait ?

    -Mon métier est de vous enterrer, non de vous jeter dans un cercueil. Je tue uniquement pour me nourrir, non pour rendre service.

    Comme dégoûté par son propre geste, Dylan retira le mouchoir de sa poche et s’y frotta les mains, retirant ce qui semblait être, pour sa pauvre conscience malade, les restes de contact. Sa peau était rugueuse, sèche, presque parcheminée. Celle de Sophia était trop fine, trop fragile et Dylan jeta un regard nerveux au coude : pas une trace de sang ne maculait la surface blanche. Tant mieux.
    La noirceur de la nuit, bien qu’elle n’affectait pas ses yeux, embrumait davantage sa maladresse qui aurait pu avoir des conséquences bien dangereuses, bien redoutables. C’est sa voix, désormais, qui avait pris un timbre grave.

    -Je vous interdit de me redemander une telle chose.

    Sur cette phrase catégorique, le croque-mort s’assura qu’une certaine distance se maintenait entre eux deux. Qu’elle ne devienne pas l’une de ces bêtes déjà beaucoup trop nombreuses. Machinalement, il passa le dos de sa main sur ses lèvres, comme pour en retirer les dernières traces de soif animale, pour effacer ce qui n’était pas de lui. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec lui. Qu’il était dangereux de vivre ainsi… Si, par un terrible malheur, il faisait de Sophia un être comme lui, tout le monde, sauf lui, se souviendrait de l’effroyable beauté mortuaire qui l’habillerait pour l’éternité. Si, en revanche, elle s’endormait paisiblement, une matinée, prête à rejoindre sa place dans le cimetière, alors, Dylan se souviendrait d’elle, comme la petite autrichienne qui avait réussi à l’approcher, qui avait réussi à l’étonner.
    Le silence aurait duré plus longtemps si Dylan ne s’était pas senti obligé de répondre au triste humour de Sophia.

    -Les gens auront tort si ils se souviennent de vous comme une splendide femme, car vous êtes loin d’être ravissante. Pour votre vie, elle sera trop courte pour vous apporter la célébrité.

    Il se risqua à avancer de quelques pas, non pour rejoindre la jeune fille mais pour s’approcher de la pierre lisse. Le bout de son index effleura la surface encore grise, entièrement dénudée ; pas de mousse, ni de feuille, elle était propre, agréablement propre.

    -Mais quant à celui qui vous enterrera, il se souviendra de la vraie Miss von Müssel : celle dont les traits n’étaient pas charmants mais à l’esprit singulier.

    C’était peu, mais au moins, quelqu’un se souviendrait d’elle. Sans le penser distinctement, Dylan songeait que, lorsque son chiffon passerait sur cette pièce de granit, il vérifierait minutieusement si le nom et les dates étaient encore visibles tout en se remémorant qui était cette autrichienne perdue à Londres.

    -… Ce n’est pas un homme comme moi qui vous dira ce qu’est le bonheur, Miss von Müssel, et vous ne le connaitrez certainement pas ici. Mais vous attendrez votre tour.

    Il hésita un instant : cette tombe, il en allait de sa propre tranquillité, surtout si l’occupante était si importante désormais. Aucun son dans la pénombre ne vint perturber ses pensées. Même la brise, légère, se faisait silencieuse pour l’autoriser à parler :

    -Je creuserai votre tombe petit à petit. Si quelqu’un meurt d’ici-là, occupant la prochaine place, je vous tuerai alors pour respecter l’ordre des tombes.

    Ce n’était pas une proposition, c’était un événement sûr pour lui : Dylan était incapable de tuer inutilement. Mais si son côté maniaque en dépendait, serait-il capable de succomber à ce que tous les autres vampires appelaient « le plaisir du meurtre » ?…

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Dernière édition par Dylan Lockhart le Lun 3 Jan 2011 - 23:45, édité 1 fois
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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Lun 3 Jan 2011 - 23:24

La nuit est mère de cauchemars. On se plait à imaginer toutes nos peurs en chacune des ombres qui nous entourent… Pour Sophia, Dylan représentait une personnification parfaite de la Mort. Cependant, elle n’accordait aucune nature surnaturelle à l’autre homme, et si cette rencontre semblait surnaturelle, alors la fièvre devait être mise en cause.
Cependant quelque chose changea : lorsque un homme en tue un autre, c’est un meurtrier. Pas Dylan. Sophia le comprit trop tard, cet être devant elle était un prédateur.
La jeune fille venait d’un pays extrêmement croyant, elle ne niait aucunement l’existence de Dieu et faisait ses prieurs chaque jour, par mécanisme. Du diable, elle savait peu de choses, des « on dit », des rumeurs, des romans… Et voilà qu’à présent, l’existence de ce diable lui paraissait bien plus tangible que celle de Dieu.
Un spasme de dégoût la saisit alors que cette créature devant elle lui saisissait le bras. Sophia ne cria pas, mais ses yeux exprimaient quelque chose de pire qu’un hurlement : la terreur, l’incompréhension et le refus. Non, ne me touche pas, va t’en ! La jeune fille et la Mort…

Vorüber! Ach, vorüber!
Geh, wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.


Hélas de cette emprise là nul ne peut se défaire. Et certainement pas une pauvre petite Autrichienne ne sachant même pas ce qu’elle haïssait le plus, de vivre ou mourir.

Gib deine Hand, du schön und zart Gebild!
Bin Freund, und komme nicht, zu strafen.
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen!


Mais le croque-mort n’était pas aussi impartial que la Faucheuse. Monsieur avait ses préférences, cette jeune fille là n’était pas digne de lui. Avec violence, il la rejeta. Sophia sentit ses jambes la trahir, elle ne sut si elle était soulagée de ce dénouement ou non. L’espace de quelques instants, derrière l’horreur pure, il lui avait semblé sentir un parfum d’éternité…
A genoux dans la boue, le souffle court, une nouvelle quinte de toux la prit. Le goût du sang, la tête qui tourne, l’univers qui ne nous appartient plus…. Lorsqu’elle releva la tête, le regard de Sophia avait changé. Plus dur, plus triste aussi, moins humain. Car est-on encore un être humain, une personne créée par la Grâce de Dieu alors que l’on se met à haïr son propre corps encore plus que l’on peut se haïr soi même ?
Il y avait des gouttes de sang au coin de sa bouche, la jeune femme les essuya.

Ainsi donc, même le sang qui est rouge pour tous, permet de rejeter autrui ? Voilà qui ferait bien frémir tous ces humanistes prônant une égalité des races derrière la couleur universelle de tout ce rouge dans nos veines. Pardonnez-moi, je ne sais pas soigner mon sang. Je ne vaux pas grand-chose apparemment… J’aurai du me taire. Je devrai toujours me taire… C’est idiot, je ne le fais pas alors que je n’ai aucune envie de parler. Surtout pas ici, surtout pas à tous ces gens à qui je n’ai rien à dire qui croient malgré tout deviner ce que je pense ou bien faire preuve d’une amabilité extrême en me demandant mon nom. Moi je ne leur demande rien, je ne les regarde même pas…Je ne peux plus jouer les idiotes fantasques qui s’émerveillent de tout et ne se souvient de rien. Qui ne s’inquiètent pas parce qu’on leur dit que tout va s’arranger… Je comprends rien, absolument rien

En face d’elle, l’homme la regarda. A nouveau une mise en garde, à nouveau un sourire tordu pour la jeune femme. Vide pour l’éternité ? Elle éclata de rire. Qui voudrait donc garder ici la petite Sophia von Müssel ? Ses jambes tremblaient tandis qu’elle se remettait debout, mais quelle importance ? L’Autrichienne se tourna complètement vers Dylan, les bras ouverts comme dans l’attente d’une étreinte. Il n’en était rien, juste ses bras griffés, juste le sang coulant de ses lèvres, juste la pâleur de la peau, juste la trop grande tristesse des yeux….
Juste la dignité qu’elle avait.

Regardez-moi, Herr Lockart. Quelles promesses ais-je à craindre? Je suis déjà presque morte, je ne présente aucun intérêt pour quiconque si ce n’est le croque-mort. Sa promesse à lui, je peux cependant la croire n’est-ce pas ? Ne me donnez pas plus d’importance que je n’en présente.

L’homme ne pouvait la tuer, voilà, il l’avait dit. Alors subitement, le sourire de Sophia devint plus doux, comme un parfum de ciel bleu dans les ténèbres environnantes. Elle secoua la tête :

Je n’ai pas à vous blâmer pour quelque chose que je suis incapable de faire moi-même. Merci cependant d’avoir essayé, bien que la Mort que vous promettez est tout bonnement effrayante. Plus encore que celle que je pensais me donner moi-même .

La jeune femme considéra ses mains. Chacun des gestes de Dylan pour se nettoyer d’elle lui donnait encore plus l’impression d’être laide et méprisable. A Ilke, jamais cela ne serait arrivé évidemment. Tuer pour enterrer, pas pour rendre service…mais enterrer, n’était-ce pas aider ? Pour un chrétien, une âme ne peut trouver la paix tant que son corps ne repose point dans un tombeau. Elle ne se sentait cependant pas le courage d’en deviser avec l’homme. Quelque chose cependant se fraya un chemin dans son esprit : une idée sans mots, sans nom qui n’éclata qu’avec la dernière phrase de Dylan. L’interdiction…

Quelle solitude que celle de l’homme sans chaleur, du prince sans royaume ! Hélas pour vous, Herr Lockart, hélas pour celui qui n’éprouvait pas le moindre sentiment pour autrui mais en ressentait trop pour lui-même. A-t-on déjà vu ça, un homme refusant de s’agenouiller devant chacune des passions de ce monde, rejetant même la folie ? Je ne sais si c’est l’orgueil ou la fierté qui vous pousse à rejeter tout ce qui constitue l’essence même de l’humanité. Votre solitude, je ne veux même pas y penser, vous qui êtes sans doute la personne la plus sincère sur cette terre. Qu’est-ce qui vous habite, mein Herr ? Non point un cœur, alors quoi, un travail ? Hélas encore, nul travail ne sera jamais parfait ! Vous le faites pourtant, et il y a des erreurs. Il y en aura toujours, telles sont les lois de ce monde. Et Dieu que cela vous chagrine, parce que le travail, vous n’avez que ça ! Personne pour comprendre cette peine, personne pour saisir son importance… Il n’y a que vous, vous et les morts.

Le silence, il est là, il s’installe. Ses ailes ont la noirceur des corbeaux et sa méchanceté, la douleur d’une larme. Voilà ce qu’il y a entre eux désormais. Et la lune dans le ciel ne peut rien dire, ses rayons caressent à peine la pierre tombale. Quelle intérêt ? Il n’y a pas de nom à dévoiler… Mais la lune le sait, dans quelques jours, quelques semaines, alors sa lumière pourra jouer avec une inscription toute fraîche sur une tombe promise.

… Merci.

Est-ce que l’on est un esprit avant d’être un corps ? Sophia aimait les mots, elle aimait le son de sa langue natale, les poésies chantées sur un piano, les phrases tristes des romans sans espoir et les mots que l’on ne pouvait trouver devant la beauté des choses. Savoir que quelque part, quelqu’un se souviendrait qu’elle avait été capable d’utiliser ces mots la remplit d’une triste joie.

Dylan lui disait d’attendre. Au fond, cela changeait peu de choses, quelqu’un qui crache du sang n’en a jamais pour très longtemps à vivre. Il fallait se faire une raison, aucune larme ne changerait cela malgré toute la douleur portée.
Mais la décision du « compte à rebours », fit manquer quelques battements à son cœur. Sophia essaya à nouveau de regarder l’homme dans les yeux et acquiesça. Au fond, ce trou dans la terre sera le seule endroit rien que pour elle.
Elle sourit, les larmes coulant sur ses joues. Cela ne la soulageait pas, cela ne la soulagerait jamais. Juste qu’elle ne pouvait se retenir. Pas cette fois.

Une vieille douleur coulait dans ses os, dans ses veines, dans sa peau. Cela ne se calmait jamais, voilà le compte à rebours qui aurait du l’essayer : savoir quand est-ce que les souffrances reprendraient. Pas attendre la mort, la mort c’est la fin, pas de douleur, juste rien… Et là elle avait mal, tellement mal !
Le froid qui l’étreignait, le sang voulant s’échapper loin d’elle. Elle essaya de déglutir, s’étouffa. A nouveau sa main effaça une trace rougeâtre de son visage. Calme toi, respire… Pourquoi est-ce que l’on doit aller si mal ?
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Dylan Lockhart
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Mar 4 Jan 2011 - 23:01



Domine tes passions pour qu'elles ne te dominent pas.


    Ainsi il avait froissé la jeune fille, la blessant à un point qu’il n’avait pas imaginé touché. Dylan avait songé qu’elle s’enfuirait en courant, le traitant finalement de monstre, ce qu’au final, il était réellement. Mais non, elle avait cru que ce repoussement soudain était lié à du mépris, du mépris envers elle, alors que c’était lui-même qu’il redoutait, qu’il reniait. Son for intérieur, celui qui était né de la nuit et de la peur. Et pourtant, elle lui tendit ses bras, comme la Belle généreuse qui compatit à la Bête stoïque. Pourtant, Dylan resta immobile, refusant de répondre à la jeune fille. Il l’avait déjà touché, trop brutalement. Lui qui n’avait jamais tenu quelqu’un par tendresse, il la briserait à coup sûr.

    Regardez-moi, Herr Lockart. Quelles promesses ais-je à craindre? Je suis déjà presque morte, je ne présente aucun intérêt pour quiconque si ce n’est le croque-mort. Sa promesse à lui, je peux cependant la croire n’est-ce pas ? Ne me donnez pas plus d’importance que je n’en présente.

    Obéissant, il la regarda : la pauvre avait tout à craindre ici, dans ce lieu sournois. Si elle réussissait à avoir de l’importance pour le croque-mort trop renfrogné, qui sait si un démon, passant par là, ne voudrait pas la prendre sous son aile abîmée ? Si un vampire, contrant le goût du poison, ne voudrait pas la garder vivante pour la Fin des Temps ? Dylan, avec effroi, essaya d’imaginer Sophia, les traits plus beaux mais le teint plus pâle, plus séduisante mais absolument repoussante par sa nature. Il chassa immédiatement cette vision : pourquoi tenait-il tant à ce qu’elle ne devienne pas comme des immondes monstres ?
    Les lèvres serrées, refusant de parler, il se contenta d’un hochement de tête à sa question : sa promesse à lui n’était pas vénéneuse, juste honnête. Il ne lui imposerait aucun choix, car il ne lui promettait pas un dilemme mais un foyer, puis, il se promettait à lui-même un autre travail.

    Avait-elle seulement conscience qu’elle était l’unique personne à qui Dylan répondait ? Il était maladroit, brutal et sans sentiment, pourtant, il attachait une importance à cette tombe, à cette fille qui n’avait rien d’extraordinaire au premier abord. La faute revenait sûrement à toutes ces questions profondes qu’elle avait partagé avec lui. Oui, elle arrivait à voir : lui, le pauvre solitaire et sans passion qui ne désirait se rattacher à rien. Qu’est-ce qui l’habitait désormais ? Lui-même l’ignorait… Comme honteux d’entendre la vérité, son sombre regard fouilla le sol, observant l’étendu obscur et sale. Ce parterre était comme un miroir, car comme lui, il était trop noir, trop secret.

    … Merci.

    Si un cœur palpitant vivait dans sa poitrine, Dylan en aurait presque sursauté. Il observa longuement la petit autrichienne, presque perdu. Cela faisait, à n’en pas douter, plusieurs siècles que ce mot ne lui était plus adressé. Les morts ne parlaient plus, leurs yeux vides n’exprimaient plus aucune reconnaissance. Si cela avait été le cas, le croque-mort aurait été béni par des remerciements une centaines de fois en une semaine. Malheureusement, ce vieux mot s’était oublié. Lui-même ne l’avait plus dit depuis une éternité. Au point qu’il se demandait si il ne s’agissait pas d’un nouveau mot ? Déconcerté, à nouveau, le vampire reposa son regard sur elle. Il la fixa tout en ne trouvant aucune réponse à lui offrir. Le silence n’était pas beau, il était presque inconfortable. Là encore, il y avait bien longtemps que Dylan n’avait pas vu le silence dans son aspect négatif, celui qui est troublé, celui qui est gêné. Le croque-mort, surmontant son dégoût pour le contact, aurait tout de même fait un effort en s’avançant ne serait-ce qu’un peu : mais il s’obstinait à s’en sentir incapable. Néanmoins, ses mains ne se rejoignirent pas derrière son dos cette fois.

    -À mes yeux, les passions ne conduits qu’à des peines terribles. Je n’aime personne, Miss von Müssel… Et je ne veux aimer personne. Pas même moi, me bornant simplement à enterrer les autres tout en espérant, qu’un jour peut-être, je profiterai aussi d’un sommeil libre.

    Pour se préserver de la peine morale, lui, dont le corps ne se courbait plus sous la douleur physique, il chassait toute joie pour n’éprouver qu’un sentiment équilibré entre le bonheur et le désespoir. Se dévoiler ainsi lui faisait comprendre combien il pouvait être faible, il cherchait à fuir, il cherchait à oublier…

    -Ce n’est pas de l’orgueil… Je ne veux être aimé de personne, mon travail seul me suffit. Je ne serai ni l’amant, ni l’époux, mes mains sont faîtes uniquement pour creuser et nettoyer, non pour caresser.

    Machinalement, Dylan retourna ses paumes vers le ciel, pour mieux les voir. Sa peau était trop sèche pour qu’une peau s’y complaise, ses muscles trop rudes pour être réconfortants et ses paroles trop franches pour être paisibles ou rassurantes. Voilà pourquoi il ne voulait pas répondre aux bras de la jeune fille qui se tendaient vers lui. Si elle avait enfoui son visage contre la veste du vampire, c’était l’odeur de la Mort qu’elle aurait respiré, non pas celle d’un homme. Ni lui, ni elle ne savaient dans le fond ce qu’ils perdaient… À condition de perdre vraiment quelque chose.
    En voilà la preuve : sa rudesse, une fois de plus, avait blessé la jeune fille et elle s’était mise à pleurer. Ne pouvait-il autrement que de contrarier les gens ? C’était à cause de ça que le croque-mort parlait si peu, qu’il ne prononçait aucune parole. Car une fois que les larmes avaient disparu, on lui reprochait son insensibilité, on tentait de lui causer une blessure identique. Mais là encore une fois, le vampire restait insensible. Toutefois, il voyait dans le sanglot muet de Sophia une occasion. Mais une occasion de quoi ? Pour se racheter ?… C’était idiot… Il hésita cependant encore quelques instants, enfin de se décider à lui tendre le mouchoir. Il n’était pas très propre, c’est vrai mais il supposait que ça suffirait.

    -Pourtant, je vous demande de me croire si je vous dis que vous êtes la première à qui j’accorde tant d’attention. J’ai beau détester vos réflexions, vos questions qui me mettent mal à l’aise…

    Le croque-mort n’acheva pas sa phrase. Peut-être qu’il ne pouvait pas la détester, éprouver l’envie de la tuer tout simplement parce qu’il n’avait pas faim, qu’il avait déjà bu une dose considérable de sang il y a à peine quelques heures. Peut-être aussi parce qu’il savait que son sang à elle avait un goût abominable, qu’il ne le nourrirait pas mais au contraire, il l’empoisonnerait probablement. Ou peut-être tout simplement parce qu’il ne voulait pas lui faire du mal, la protéger en la mettant en garde contre les dangers de l’asile. Il en se voyait pas comme un ange-gardien, loin de là, il savait qu’il était définitivement banni du Paradis, même de l’enfer. Il vous dirait plutôt que c’est pour s’assurer que la tombe serait bel et bien occupée et qu’il accomplirait son travail, sans pour autant mentionner que la petite autrichienne représentait une certaine importance. L’avait-il compris lui-même ?
    Sa main avec le mouchoir se souleva comme si il allait nettoyer à nouveau de visage de Sophia, pour débarrasser ses joues d’une saleté qui ne se voyait pas mais qu’il ne supportait pas de voir. Dylan immobilisa son bras de justesse, se rendant compte de ce qu’il s’apprêtait à faire : il prit rapidement la main de la patiente et y plaqua le morceau de tissu, coupant vite le contact. Fronçant les sourcils, il se détourna légèrement, observant plutôt la tombe.

    -Et vous ? Avez-vous déjà connu un semblant de bonheur, Miss von Müssel ou vous interdisez également d’y goûter ?

    Dans le fond, eux-deux n’étaient peut-être pas vraiment différents ?

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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Mer 5 Jan 2011 - 1:07

Puis que par son dard rigoureux,
La mort devint ma maîtresse
Et me laissa seule, langoureux,
En la conduite de Tristesse


La voix de l’homme avait changé depuis ses premiers mots. Sophia pouvait percevoir à présent toute la douleur immortelle habitant chacun des sons. La souffrance était vécue, sincère. Une peine quotidienne pour Dylan Lockart, quelque chose de tellement intense que lui-même devait certainement l’avoir enfoui au fond de lui-même. La jeune femme ressentit un grand vide en elle. Elle ne savait pas si c’était là de la tristesse, du désespoir ou de l’indifférence.

Pardonnez-moi, je ne cherchais pas à vous accuser de rien. Vous avez raisons, les passions détruisent les hommes. J’ai pu le voir de mes propres yeux, mais l’être humain n’est pas animal à accepter ses erreurs. Et il y aura toujours des sentiments de ce genre pour nous déchirer. Vous, vous réussissez à vous en protéger. Vous êtes fort et honnête, Herr Lockhart.

Elle n’avait rien à dire pour apaiser une quelconque peine, alors sa bouche resta close. Il n’y eut que ses yeux pour s’animer, regardant les longs doigts effilés du croque-mort. Des mains ayant vu passer bien des travaux physiques. Quel sentiment éprouvait-on à ne caresser que le manche d’une pelle, tous les soirs de notre vie ?

Attention mein Herr, vous voilà idéaliste. Les époux, les amants…caressent-ils vraiment ? Ils ne sont pas là pour aimer eux non plus. Ils s’amusent, de temps à autres ils font des enfants. Mais la tendresse… Je suppose cependant que vous avez fait le bon choix. Nos mains peuvent mentir lors des caresses, mais il n’y a aucun mensonge pour creuser une tombe ou frotter une tache. Et de ce fait, vous ne recevez aucune hypocrisie en retour. Juste du silence…

La jeune femme n’attendait rien de son interlocuteur. Pour elle, il était une statue de chair et d’os qui ne bougerait de son emplacement que pour empoigner ses outils et creuser. Creuser sans fin jusqu’au Jugement Dernier. Alors elle ne prit pas gade au bruit du tissu, restant plongée dans ses pensées.
Les mots de Dylan parvinrent cependant à son oreille. Sophia n’aurait su dire s’ils étaient doux, elle croyait cependant en leur sincérité. Son regard devint lointain quelques instants, elle n’avait jamais conscience de la portée de ses questions. A vrai dire, elle en posait peu le plus souvent. Dans les conversations mondaines de sa vie d’avant, elle avait plus eu à acquiescer à tout ce que disaient les autres, comme un gentil chien savant.

En ce cas veuillez me pardonner… Je n’ai pas pour intention d’être méchante. Enfin…

La jeune femme ne put empêcher un rougissement. Elle baissa les yeux, petite fille prise en faute, se souvenant de son comportement avec certains pensionnaires.

Pas avec vous… Je vous le jure ! Je… Je me suis sûrement montrée cruelle avec d’autres fous. Je crois même avoir été violente… Mais mes questions, elles ne sont pas là pour faire mal, croyez-moi !

Elle inspira profondément, comme pour prendre son courage à deux mains et le regarda dans les yeux, cet homme froid. Il n’y avait rien à voir dans les pupilles glacées de son vis-à-vis, rien de ce que l’on attend d’un être humain normal, tout du moins.

C’est que… vous êtes la première personne à ne pas y répondre par des mensonges. Vous dites la vérité, avec vous il n’y a pas d’espoir. C’est comme cela que ce doit être… Il n’y a rien de plus dangereux que l’espoir, ça me brise le cœur. Vous me dites que je vais mourir, c’est vrai… Et tout parait alors si… si… normal, que je me sens presque prête.

La grande main se leva. Sophia rentra la tête dans les épaules, s’attendant inconsciemment à un geste violent. L’homme déposa quelque chose au creux de sa paume. Elle regarda, vit le mouchoir. C’est vrai, elle pleurait… La jeune fille regarda Dylan, il lui tournait cependant le dos.
Et à présent, c’était son tour à lui de poser des question. Sophia essuya les traces de larmes au coin de ses yeux, réfléchissant à ce qu’elle pourrait bien dire. Une chose était certaine : des personnes plus malheureuses qu’elle existaient, est-ce que cela voulait cependant dire que l’on connaissait le bonheur ? Cela, l’Autrichienne en doutait. Elle n’avait lu aucun livre de philosophie de sa vie, ce n’était pas pour les jeunes filles après tout, mais en bien des conversations dites intelligentes, l’on répétait l’adjectif « personnel », pour parler des sentiments. Quelque chose de propre à tout un chacun… Elle repensa également à un livre qu’elle avait lu, d’un certain monsieur Voltaire. La dernière phrase ravissait les étudiants, qui trouvaient toujours mille choses à dire à son sujet : « il faut cultiver son jardin ». Bien des auteurs donnaient une définition au bonheur, tous avaient tort et tous avaient raison.

Le bonheur….je crois qu’en vérité je n’ai jamais voulu y penser. Le bonheur pour une femme, ce serait d’avoir un amant jeune et beau ou même de rêver à cela. Je ne vous apprends rien, les rêves ne deviennent jamais réalité. Si je dois être idiote, alors je veux l’être autrement que ces femmes là qui ne comprennent que trop tard que leur mari aura vingt ans de plus qu’elles. En fait, je ne sais rien du bonheur… Mais je sais avoir été heureuse quelque fois. Souvent mon père se mettait au piano et alors on me demandait de chanter. La seule chose que je sache convenablement faire, là où je ne souffre d’aucune rivale… en chantant j’ai été heureuse. Je suppose que cela suffit dans une vie ?

Un voile de tristesse s’abattit alors sur son visage. Sophia comprit alors qu’elle avait envie de parler. Mais son histoire n’intéresserait certainement pas le croque-mort non loin d’elle. Qu’importe, il fallait qu’elle le fasse, voilà tout.

J’ai vu ma sœur aînée goûter au bonheur…Elle avait un bel amant, elle que tout le monde considérait comme la plus ravissante créature qui soit. Ils s’étaient fait des serments d’amour et… hé bien la fin est classique, vous devez la deviner. Elle tomba enceinte et l’amant disparut… Ma sœur mourut en mettant le bébé au monde et moi… moi on me fit tenir le nourrisson dans mes bras. Il était petit, bien trop petit… il était né trop tôt, voyez-vous ? Peu à peu il a perdu de sa chaleur tandis que je le berçais. Il est mort tout contre moi… Ma sœur avait voulu goûter au bonheur, ses passions l’emportèrent dans la tombe de même que son enfant. Pitoyable…

Le mouchoir se crispa dans sa main. Il lui semblait encore sentir la chaleur du bébé contre elle, les battements précipités du petit corps, les cris qui peu à peu s’éteignaient. Elle ferma les yeux, réprimant de nouvelles larmes.
Sophia releva la tête. A présent, elle l’avait compris : elle ne voulait pas goûter au bonheur. On ne pouvait faire chose plus trompeuse, à croire que cela était un châtiment de Dieu.

Vous savez, vous me faites penser à un poème de Keats : La Belle Dame sans Merci. Peut-être le connaissez-vous ? Un chevalier est entraîné par une fée dans une contrée hors du temps. Parce qu’il est chevalier, il ne doit pas lui aussi succomber à ses passions, il doit juste faire son travail…Malheureusement cet homme n’est pas aussi fort que vous, alors pour le punir la fée lui apparaît et l’emmène jusqu’au Royaume des Morts où il ne trouvera jamais le repos et devra errer encore et encore et encore et encore… Vous aussi vous errez il semblerait. Malheureusement, pour des fautes que vous n’avez pas commises et que vous ne commettrez jamais
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Dylan Lockhart
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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Ven 7 Jan 2011 - 23:00



Moins une œuvre est comprise, moins vite elle ouvre ses pétales et moins vite elle se fane.


    Les sourcils de Dylan se froncèrent : il n’aimait pas recevoir de compliment, même si ils étaient vrais, même si ils étaient faux. Recevoir des éloges alors qu’il était incapable d’en formuler. Son être tout entier s’était-il donc figé dans la pierre insensible à jamais ? Ou finirait-il par s’effriter et retrouver l’humanité qu’il avait depuis longtemps perdu. Il se souvint que, même en tant qu’humain, Dylan s’était toujours privé de relations sentimentales. Il redoutait l’idée du mariage qui était si populaire lors de son époque. La faute en revenait au manque d’argent dans la famille Lockhart et il devait lutter la pauvreté du matin jusqu’au soir, tout en sachant qu’il ne pourrait s’en dépêtrer totalement. Dans un sens, c’était une sorte de protection, mais se protéger de quoi, de ces passions ? À force de monter, de solidifier cette forteresse, le croque-mort ne savait même plus ce qu’il redoutait derrière ces blocs de granit. Peut-être une peine au cœur qu’il avait déjà ressenti mais qu’il avait préféré oublier très rapidement. Peut-être un triste spectacle d’un homme rongé par ses propres démons. Il ne savait plus, tout simplement qu’un désert torride s’étendait au-delà de ce mur protecteur. Quoiqu’il en soit, il ne voulait pas y faire face.

    Idéaliste ou bien ignorant ? Lui-même qui n’avait jamais su comment exprimer l’affection, puisque tout homme l’avait bien ressenti au moins une fois, ne savait comment réconforter un autre corps encore chaud. Et désormais, il était trop tard, ses lèvres, étroites et sèches, étaient son arme, non plus instrument d’amour. Quant à ses mains, même si elles survivaient à l’effroyable effort de plusieurs siècles, elles n’étaient plus destinées à choyer. Quoique, ses doigts étaient encore agiles et précis, assez pour tenir sa plume et exercer son écriture linéaire pour des idées qui manquaient de saveur.

    En ce cas veuillez me pardonner… Je n’ai pas pour intention d’être méchante. Enfin…

    En observant la jeune fille, Dylan s’aperçut combien son visage s’était effondré sous le coup de la honte. Elle n’était pas accablée par une quelconque peur mortuaire, mais d’une crainte d’enfant.

    Pas avec vous… Je vous le jure ! Je… Je me suis sûrement montrée cruelle avec d’autres fous. Je crois même avoir été violente… Mais mes questions, elles ne sont pas là pour faire mal, croyez-moi !

    Le vampire n’offrit aucune réponse, pour le moins visible, se contentant d’un acquiescement de la tête, furtif et transparent. Cela ne voulait pas dire cependant qu’il ne la croyait pas : il l’avait bien vu, dans ses prunelles éclairées, malgré toute la douleur qui empoisonnait l’émeraude qui s’y tenait, que Sophia n’avait pas la volonté d’être méchante à travers ses questions. Quant aux autres, Dylan n’en avait que faire, personne n’était un sain ici, si ils infligeaient la douleur, ils pouvaient la recevoir tôt ou tard à leur tour.
    Le mensonge, bien que sa nature le forçait à en abuser parfois, n’était pas tellement son domaine. Sa franchise pouvait en devenir d’autant plus blessante, mais la réalité et la vérité étaient des prêtresses sans tabous ni générosité. Lui, il avait décidé bien assez tôt de se plier à leurs cruelles exigences.

    Le lugubre vampire écouta distraitement les paroles de la jeune fille qui s’écoulaient comme un flot de chagrin, comme un trésor de chair qui ne peut contenir plus longtemps les peines qui le tourmentent de l’intérieur, expirant ses fantômes du passé. Il en avait bien entendu des plaintes, aucune n’était belle, aucune n’était laide, preuve orale que les faits resteront inchangés malgré les écoutes et les aides. Contrairement à beaucoup, Sophia savait déjà que Dylan ne l’aiderait pas à s’apitoyer, il savait néanmoins désormais d’où lui venait cette peur insensée d’un fantôme vengeur, esprit farceur au masque d’enfant. Il savait aussi que, en effet, ils n’étaient pas tellement éloignés l’un de l’autre.

    Le fait qu’elle mentionne le poème de Keats lui donna la douce envie de sourire, piqué par l’ironie la plus hilare.

    Vous aussi vous errez il semblerait. Malheureusement, pour des fautes que vous n’avez pas commises et que vous ne commettrez jamais

    -Ce n’est pas sur une fée que je suis tombé, mais plutôt un démon ou une sorcière impitoyable dans ce cas…

    Souffla-t-il, l’amertume plein la voix : si durant toutes ces décennies à la fois lentes et rapides, il n’avait certainement pas oublié le jour où ce vampire, Aaron Mondaigne, lui mordit sauvagement le cou pour boire à la veine-même, avant de se saigner à son cou et appliquer la plaie contre la bouche d’un Dylan réticent. Il lui avait dit fais-toi vomir si tu veux, ça ne changera rien ! Tu es condamné toi aussi !. Cette phrase horrible avait marqué la fin de sa première vie. De sa vie. Puisque maintenant, tout n’était qu’errance.

    -L’audace est peut-être ma faute : lorsque j’étais humain, j’ai frôlé la Mort à de nombreuses reprises, dans des situations vraiment improbables, dangereuses. Sûrement s’est-elle lassée de moi et a envoyé l’un de ses serviteurs sur mon chemin. Ou bien la chance en a tout simplement eu assez de me tenir sous son aile, qui sait ?

    Tout en se traînant une malchance incroyable, qui attirait les loups, les balles perdues, les maladies, Dylan côtoyait en même temps une chance qui tenait du miracle, qui retournait les situations en faveur de sa survie. Le survivant, c’est ainsi qu’on aimait le surnomme lorsqu’il était adolescent : celui qui pouvait fuir la Mort sans malice, qui la trompait sans qu’il ne le sache. Lorsque son créateur l’avait laissé mourant derrière ce petit bar en joie, Dylan avait bien cru qu’il passait dans l’au-delà et jamais il n’avait autant éprouvé l’envie de se jeter dans les bras de la Faucheuse. Mais voilà qu’elle avait refermé son étreinte à jamais. Tandis que lui, son esprit, s’était perdu en chemin entre deux mondes, destiné à rester dans les limbes, piégé comme un rat pathétique.
    Il finit par regarder à nouveau la jeune fille : elle aussi frôlait la main moite et osseuse de la Faucheuse. Il s’écarta du sentier brumeux, se dirigeant vers la crypte qu’il occupait habituellement. Une allumette craqua et la lanterne à l’entrée, au-dessus de la porte, se raviva d’une flamme frivole. Derrière ce panneau de bois, un vrai chantier de papier tenait lieu.

    -Je n’aime pas mentir, Miss von Müssel, mais vous dire que je ne connais aucune passion serait m’écarter de la vérité.

    Inexplicablement, sa voix se bloqua dans sa gorge. Que faisait-il ? Il n’en savait rien. Le croque-mort se consola, se répétant que la folie, bien qu’éloignée de son lieu de travail, avait fini par le contaminer. Il tourna le loquet et poussa légèrement la porte : la poussière n’avait pas lieu ici, il y avait trop de livres maladroitement reliés, trop d’encre, trop de papier.

    -L’écriture est le seul divertissement que je m’autorise, mon seule refuge contre la réalité. Mon démon m’a privé du sommeil et des rêves, ma muse a pourtant survécu.

    Cet être, fleur sans parfum, femme sans visage, était la chose que Dylan serait capable de pleurer pour sa disparation, car il serait comme le veuf abandonné, le prisonnier sans l’espoir rêvé. D’un air distrait, ses doigts filiformes caressèrent les quelques tranches qui se coltinaient sur une étagère près de l’entrée. C’était une pièce si petite, mais suffisante pour un bureau sobre et des trônes de fortune pour chaque texte qu’il écrivait. Sans être un grand poète, il aimait voir, en ces quelques bouts de papier, les derniers monceaux de son âme disparu. Le peu d’humanité qui lui restait, tatoué sur ces surfaces blanches, scellé par l’encre et l’inspiration fade. Instinctivement, il jeta un regard à Sophia, redoutant une erreur qu’il avait commise par imprudence.

    -Les autres employés ignorent que je tiens un tel endroit. Je ne vous autorise pas à les toucher et encore moins à en parler.

    Dylan se souvint alors que Sophia était une jeune fille discrète, différente des femmes mondaines et criardes. À qui pourrait-elle dire le secret, bien qu’il semblait de pas en être un, du vampire ? Où était l’intérêt de le divulguer ? Sans vraiment en prendre conscience, ses traits se radoucirent à cette pensée. Après tout, elle emporterait bientôt cette vision dans sa tombe… Peut-être…

    C’était toutefois là son sanctuaire et c’est là qu’il trouvait le repos, à défaut d’être incapable de mourir. C’était aussi dévoilé le peu d’homme qui luttait avec la bête sombre au fond de lui. Dans un mouvement de recul, il referma la porte dans un claquement, comme à la fois timide et honteux. S’était-il senti obligé de vendre une part de lui-même comme Sophia l’avait fait ? Ou pensait-il qu’il devait effectivement ne pas user de mensonge avec elle ? Il n’en savait que trop rien, quoiqu’il en soit, il avait vendu sa faiblesse à un être qu’il jugeait assez digne de confiance.

    -Ou alors, je mérite bien mon châtiment, puisque ma passion est largement consumée. Peu importe maintenant, cela ne changera plus.

    Sa main, telle une araignée obstinée, restait accrochée à la poignet. Du silence, il voulait savourer un peu de silence…


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MessageSujet: Re: N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]   Sam 8 Jan 2011 - 1:17

Un sursaut d’émotion parvint à s’accrocher sur les chairs mortes de Dylan. Ainsi, ce masque de papier pouvait s’animer ? Sophia osa le dévisager alors qu’il parlait. Elle essaya de l’imaginer avant…avant quoi ? Sa rencontre avec la fée –ou la sorcière comme il se plaisait à le penser-. La jeune femme lui aurait bien expliqué que fée avait exactement le même sens que ce dernier mot, étant donné que peu de fées bénéfiques existaient à part dans quelques contes français, mais l’homme l’aurait certainement fusillé d regard alors… non.
Se représenter Dylan Lockhart jeune n’était pas une mince affaire, à vrai dire elle n’y arrivait pas. Elle lâcha prise et soupira, très bien qu’il reste adulte alors.

Le vent se leva un peu plus fort, comme pour étouffer les mots du croque-mort. Ah Muse, es-tu donc si jalouse pour nous empêcher d’entendre ? Sophia garda ses yeux grands ouverts. Sans qu’elle ne puisse se l’expliquer, une grande tristesse s’abattit sur elle alors que Dylan poussait la porte de son sanctuaire. Toute la solitude de cet homme, Sophia savait très bien que même s’il devait lui raconter chaque année de sa vie, jour par jour, elle ne parviendrait jamais à la toucher du bout des doigts, à la comprendre.
Et tant de livres s’étalaient désormais sous son regard. Ainsi cet homme qui ne ressentait rien arrivait à faire éclore la vie de ses mots ? Quelle genre d’histoire avait à raconter un homme sans cœur ?
Avant même que l’Autrichienne n’ai pu parler, il demanda de ne pas toucher, de ne rien divulguer.
Les autres ne savaient rien. Ses ongles sales agripperont un secret cette nuit, et ne le lâcheront plus.
Sophia adorait les bibliothèques, les lectures. Elle mourait d’envie de dévorer ce que pouvait bien avoir écrit Dylan.
Dans ses yeux, comme une petite leur de vie à présent. Alors pour la première fois, elle offrit à la nuit son sourire d’enfant. La jeune femme s’approcha, à présent côte à côte de l’homme. Mesdames les histoires, qu’avez-vous à me raconter ? Les mots les plus douloureux et les plus tristes qui soient. Les mots d’éternité…

Pas d’amour, pas de haine, juste une douleur pure et immense, une de celle qui ne part jamais. Voilà ce que Sophia avait envie de lire, comme pour apaiser un peu de sa propre peine.

J’aimerai bien savoir écrire moi aussi, c’est un bon compromis lorsqu’on ne se soucie pas de vous entendre parler. Et puis inventer des histoires, des histoires douloureuses pour bien faire comprendre comme le monde est laid…. Jusqu’ici je n’ai jamais trouvé de romans me convenant. Les poèmes ont plus de grâce à mes yeux… Je ne sais ce que vous écrivez et, même si cela ne se fera pas, j’aimerai bien vous lire

Encore un sourire, maintenant elle y arrivait mieux. Et puis une pâleur soudaine à la lueur de la lanterne. Alors le plis amer revint bien vite au creux de ses lèvres… De toute manière la porte se refermait, il n’y avait plus rien à voir.

Je ne vais plus abuser de votre temps à présent. Personne ne saura rien de vos passion, quant à votre mouchoir… Permettez que je le garde, je vous le laverai. Je le déposerai ici si je ne vous trouve pas ou que vous ne désirez pas me voir. Il sera propre et plié, je vous le promets.

Et, comme un songe dont on se réveille, Sophia disparu. Elle bondi dans le brouillard avec ses joues pâles et ses yeux tristes et courut là où personne ne la verrait. En son corps, la maladie hurlait. Elle le sentait, le malaise était proche… Partir avant de s’évanouir, partir avant même que l’on remarque ce filet de sang à son nez. Et les brumes l’engloutirent, comme elles engloutissaient fées et sorcières.

Elle n’était pas belle, elle n’était pas sauvageonne, elle n’était pas souillon. Ce n’était pas là n personnage de conte de fées, juste une jeune fille un peu trop malade, un peu trop rêveuse, un peu trop questionneuse.

Il ne serait que trop aisé de l’oublier à vrai dire, sauf si elle partait en emportant un petit bout de vous.

Un mouchoir par exemple…

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N'abusons pas des bonnes choses ! | [PV Sophia von Müssel]

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