Mad Asylum
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Enfin, pas vraiment : vrai phénix, il s'est dépêtré de ses cendres et a fini par renaître quelque part, faisant peau neuve, URL neuve.

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 But God can't help me find the way [Sophia]

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MessageSujet: But God can't help me find the way [Sophia]   Jeu 21 Avr 2011 - 19:56

Un murmure à mi-mots
Que mon cœur veut comprendre ♫
Bienvenue à l'Asile Middleton. Nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle pensionnaire. Merci d'avoir choisi notre établissement.

Comme assommée par le trajet, Claudia ne comprenait que la moitié des mots que cet étrange comité d'accueil prononçait à sa famille. Les grandes portes de bois lourd se refermaient avec une infinie longueur derrière elle, elle qui regardait la liberté faire ses derniers pas hors de sa vie. L'âme éteinte, la petite se réfugia derrière une énorme valise. La marâtre la saisit par les cheveux pour la forcer à se relever. Le père ne put faire un geste, tétanisé par l'apparence du manoir et des âmes qui l'habitaient. Tout avait l'air si... bizarre, anormal. Cela n'avait rien à avoir avec un simple hôpital.

Les sourires de ces employés étaient faussement naturels. Archie Carroll se sentait horriblement mal dans cet endroit. Mais c'était sans compter Claudia, tremblante comme une feuille, proche de l'hystérie malgré son âme presque envolée. Où es-tu, où es-tu? Viens m'aider, j'ai peur. L'enfant ferma les yeux, à la recherche de cet autre qui ne se manifestait pas. Mais où es-tu? Pourquoi ne te réveilles-tu pas?

Why hast thou forsaken me?

L'autre avait toujours été là pour la protéger, pourquoi se cacher maintenant?
Il se reposait, un œil ouvert, appelant en silence les autres démons, ses frères, ses comparses, probablement ses ennemis... Une aura enveloppait le manoir comme les bras d'une mère entourent l'enfant bien-aimé. Ici, on dévoile ses secrets, mais le mensonge règne, silence et cris s'alternent comme le jour et la nuit. Et Claudia qui pleure, qui pleure, qui veut rentrer, qui veut dormir et ne jamais se réveiller.

La porte s'ouvre à nouveau. Etait-ce donc un rêve? Une mauvaise plaisanterie? Horace se présenterait-il à eux, son sourire triste sur le visage, demandant à la petite famille de se dépêcher rejoindre la voiture?
Mais il n'y avait personne. Les portes qui scellaient le destin de la petite s'ouvraient et se fermaient, comme autant d'appels d'air et de liberté aussi faux qu'un reflet dans un lac. Il est temps de partir. Au revoir, Claudia. Un jour, peut-être, papa reviendra te chercher.

Paula sortit la première à pas précipités. Vite, vite, vite, quittons cet endroit misérable, éloignons-nous de ce rat, laissons crever l'ordure, apprenons-lui à rester à sa place. Parmi les monstres. Un poids qui se libère de ces épaules de femme aigrie, c'est une nouvelle vie qui commence pour la méchante belle-mère. C'est un conte de fée qui tourne mal. Elle vécut malheureuse et n'eut jamais d'enfants.

- Papa, où vas-tu?

Glacé jusqu'au sang, le cœur brisé, fou de douleur à l'idée de quitter son seul enfant, Archie prit Claudia dans ses bras, embrassa ses cheveux, pleura des "Désolé, désolé ma chérie, désolé mon amour, désolé mon enfant" à n'en plus finir, sentit le pouls faible mais rapide de sa petite, alors que le sien, lourd, lent comme le glas, faisait tomber son cœur plus bas dans le noir.

- Je reviendrai te chercher, mais ne m'attends pas. Sois sage, promets le moi.

Il la lâcha, la repoussa même, cet avorton qu'il chérissait tant. Les cheveux blancs de Claudia griffèrent ses yeux humides, et l'espace d'un instant, il crut voir le Diable dans ses yeux ambrés. Archie prit peur. Peur de ce petit être qui renfermait tant de grands et lourds secrets. Il fit un pas en arrière, lança un au revoir, puis partit.

Il est parti.
Quelques employés prirent avec douceur les valises de Claudia. Ils jugèrent bon de laisser la plus petite, donnant l'impression qu'elle pourrait se rendre utile en les aidant. Mais l'enfant ne bougea pas un cil lorsque le monde recommença à tourner. Les yeux rivés sur la porte qui se refermait lentement, elle voyait cette silhouette tant aimée, la silhouette de cet homme qui l'avait chérie, qui l'avait élevée, qui l'avait aimé. Comme un bon père. Mais alors, qui est ce monstre qui laisse son enfant parmi les monstres?

- ORDURE! CHIEN! CRÈVE! CRÈVE! CRÈVE! CREVEZ TOUS! JE VOUS HAIS! JE VOUS HAIS! LAISSEZ-MOI RENTRER!

Qui avait hurlé? Etait-ce Claudia? Le démon? Ces lèvres angéliques n'avaient jamais dit de mots si laids. Pourquoi donner autant de force à un cri si désespéré? Les employés, impassibles, haussèrent les épaules ou ne réagirent point, continuant leur besogne. Certains ne faisaient qu'attendre que Claudia se relève, saisisse sa plus petite valise et les suive. D'autres étaient déjà en train de préparer la chambre de leur nouvelle venue.

Le manoir était bien vaste, mais il semblait que plusieurs pensionnaires aient entendu les cris de la petite. Curieux, agités par cette nouvelle, il y en avait qui s'excitaient à l'idée de voir un nouveau monstre parmi eux. D'autres, au contraire, en avaient vu tellement passer...

Mais peut-être pas cela.

Un hurlement déchirant, que personne, ô personne, n'aurait voulu entendre de sa vie. C'était une femme qu'on violait, une femme qui accouchait, un enfant battu, un enfant empli de haine, un chien à l'agonie. Un cri venu du fond des âges, résonnant jusqu'à la moelle, brisant tout dernier espoir vain.

Les portes n'étaient pas encore refermées sur Claudia, qui de l'autre côté du seuil, voyait la lumière qui ne devenait qu'un mince rayon vertical, ligne qui coupe son visage en deux parties symétriques.

L'une si douce, l'autre si sale
Pourquoi porter son mal?
Un bruit sourd sur les graviers. La silhouette tant aimée tombe au sol, frappée par la foudre et le chagrin. Plus loin, une robe faussement neuve se confond parmi les ronces et la tête de la marâtre est griffée des roses rouges. Les yeux grands ouverts, Paula fixe la terre, le sang coulant sur son visage. Visage mort.

Les employés qui attendaient Claudia se regardent mutuellement, comme profondément intrigué. L'un d'entre eux s'est soudain senti extrêmement faible, et on doit l'aider à se relever. Les autres tiennent le coup, mais leur tête bourdonne et ils ne peuvent plus penser. Le manoir s'agite, certains patients ont besoin d'être calmés. D'où venait ce hurlement?

A-t-on une Banshee parmi nous? se demande un des membres du personnel. Mais les Banshee ne tuent pas. Qui es-tu, ma pauvre enfant? Quel démon t'habite? Peut-on encore te sauver? Douce enfant, où es-ton innocence?

On ose poser une main sur la frêle épaule de Claudia qui ne donne aucune réaction, sinon des pleurs incontrôlés. Elle tend la main vers ce point noir, ce corps qui autrefois était celui que Teresa avait aimé. L'infirmière prend la main de Claudia, pose un baiser puis la baisse.

- Papa... Papa... Papa...

- Il ne reviendra plus jamais. Viens avec nous. Reste avec nous.

Le démon repousse violemment l'infirmière. Mais elle ne fronce pas un sourcil. Un doux sourire se dessine sur son visage blanc. Laissons du temps au temps. Elle fait signe à ses collègues. Ils partent.
Les portes sont refermées maintenant. Claudia se jette une dernière fois sur elles, griffe le bois, s'enfonce des échardes sous les ongles, martèle, frappe, cogne, jusqu'à ce que le sang marbre ses doigts fragiles.

- Arrête.

Il est revenu. Le démon, il est là, l'entends-tu, Claudia?

- Nous restons-ici. Je t'apprendrai tout ce que tu as à savoir. Mais arrête-toi.

Un dernier cri retentit dans l'immense hall du manoir. Mais il ne parvient pas jusqu'à Horace le cocher, qui attend, attend et attend. On viendra ramasser les corps, on dira au cocher qu'il ne faut plus attendre.

Mais Claudia a besoin de toi, Horace, tu le sais. Mais que peux-tu faire, toi qui n'as jamais été père? Que peux-tu faire, misérable cocher, amoureux transi et ignoré? Tu ne peux qu'attendre, et voir l'horreur. te dire qu'un jour, c'est toi qui viendra la chercher.

- Ma chère Teresa, comme tu dois te retourner dans ta tombe...

Le cocher ne peut rien faire, il ne peut que prier, et attendre. Toujours attendre.

On sanglote, dans le hall. Des ombres se promènent çà et là. Puis Claudia songe enfin à se retourner, posa sa valise devant elle comme un bouclier dérisoire. Et toujours en main, ce caillou poli du jardin des Carroll. Noyé dans le sang.

Claudia, ma petite Claudia, qui viendra te sauver?

Pourquoi sacrifions-nous les belles âmes?
Comment brise-t-on un cœur d'or?
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Sophia von Müssel
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MessageSujet: Re: But God can't help me find the way [Sophia]   Ven 22 Avr 2011 - 20:52

Dors mon enfant, derrière tes paupières closes toutes tes blessures doivent apprendre à se soigner. Apprends donc ici le sommeil des fous, cette semi veille où il est impossible de rêver et ne pleure plus, car les larmes ne sont désormais rien qu’un trésor précieux qu’on garde au fond de soi pour se rappeler notre propre nom.
Dors la vie, dors l’amour et dors la mort. Ne prends pas garde aux murs qui t’observent et oublie toutes ces personnes, ces fantômes qui déambulent sur les ponts des soupirs. Il y en a une qui approche en cet instant même. Elle n’a pas le visage d’une mère, d’une sœur ou d’une amie. Non, ses traits sont ceux d’une morte ou presque et c’est à peine si on la remarque sous le bruit fragile de ses pas. Mais elle, elle t’a vu mon enfant, et son visage se ferme encore un peu plus à la recherche de ses propres peurs.

En ces lieux, peut-on espérer trouver la moindre aide ? Ce n’est pas que Dieu ne regarde plus par ici, car il est le Bon Pasteur et chaque âme a pour lui la douceur du bêlement de l’agneau. Non, c’est juste qu’ici on ne veut pas que Dieu regarde et peut-on faire alors Père plus triste et compréhensif puisque oui, il accepte de fermer les yeux ? Sophia effleure le mur du bout des doigts, tout le temps de sa marche. Elle peut imaginer la pierre froide sous le revêtement de la pièce aussi sûrement que l’on imagine le cadavre sous le bois du cercueil.
Ici, maintenant, il n’y a qu’une poupée aux yeux crasseux de larmes. Sophia n’a rien à dire, rien à faire, elle observe juste un instant la valise en cuir bouilli, pensant à son propre sac où furent transportées toutes ses affaires. Elle en avait eu bien peu : quelques vêtements, son châle, un autre venant des habits d’Ilke, quelques livres… Notre vie se résume en un néant total lorsqu’il s’agit de plier bagage.

De toute manière, aucun bien sur terre ne vaut la peine que l’on s’y attache. Même pas la vie, lorsqu’on ne sait même pas ce dont il s’agit. Toute séduction se trouve dans la fiction, c’est pour cela que l’on écrit des livres, que l’ont peint des tableaux ou que l’on chante des chansons en composant des symphonies. C’est pour ça qu’un mariage heureux n’existe pas, que les hommes vont voir des prostituées et que les femmes bien élevées meurent de désespoir en élevant leurs enfants.

Sophia se laissa aller à sa propre enfance, elle n’avait pas l’instinct maternel, ne l’aurait jamais mais en souvenir de cette propre petite fille qu’elle fut, elle s’avança. Fantôme vivant, fantôme oublié avec cette gorge d’où ne se déchirait plus aucun mot, elle tendit un long bras trop pâle, trop maigre.
Combien de temps avant la mort, maintenant, Sophia ? Oui elle allait mal, de plus en plus mal et rien ni personne ne pouvait la soigner. Tout ce qu’il restait à l’Autrichienne, c’était cette attente trop longue face à un destin dont elle ne voulait pas mais qu’un quelconque mauvais génie avait choisit de lui infliger.
Ouvrir la valise, même si elle ne nous appartient pas, et fouiller. C’est quelque part, c’est ici… Parce qu’il faut obligatoirement ce genre de chose dans les affaires d’un enfant. Voilà, ça y est, la jeune femme l’avait trouvé… Entre deux piles propres d’affaires bien pliées, les yeux aveugles d’une poupée de porcelaine. Délicatement, elle s’en saisit, lissant du bout des doigts les longs cheveux blonds. Et puis, les yeux trop tristes, trop vides trop morts, elle mit la poupée dans les bras de l’enfant avec toute la tendresse avec laquelle on confie un nouveau-né à sa mère.
Lentement, elle referma la valise et recula de quelques pas. Lèvres closes, cœur perdu, que peut-on dire à la jeune fille sans la Mort ? Cela faisait trop de temps que Sophia était ici, à présent plus aucune étincelle ne semblait l’animer. Ah quoi bon, hein ? A quoi bon…

Tout s’écroule, c’est la fin du monde, la fin de tout. Dans son corps brûlent les plaines, les forêts, le ciel et les eaux. Et tant d’oiseaux hurlent en ses jambes, en ses bras mais ils sont prisonniers, ils ne peuvent pas s’échapper. Parfois il ne suffit pas de viser le soleil pour que la vie aille mieux…

Dors enfant, dors petit sucre, petite douceur, les voleurs arriveront bien assez tôt, ils emporteront tous tes rêves, toutes tes espérances…

Dors, pauvre petite âme infortunée…

Ce n’est pas un endroit pour les enfants ici. Pas pour toi, pas pour ta poupée non plus… vous y serez malheureuses toutes les deux…
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